Accueil > Culture | Par Marcel Martin | 4 décembre 2004

Petite histoire du cinéma politique

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//« Il n’y a plus de cinéma politique en France dans les années 80 : le constat péremptoire de Jacques Siclier est peu discutable. L’élection de Mitterrand a paralysé l’inspiration des cinéastes qui mettent en question les injustices sociales et les dévoiements idéologiques. Le cinéma politique avait fait florès au cours des années 70, dans la foulée des événements de Mai 68 qui avaient impulsé la création de groupes de production militante et la multiplication des films d’« agit-prop » tels que les Ciné-Tracts du groupe Dziga Vertov de Godard ou le cri du cœur d’une gréviste frustrée dans Repris d’Hervé Le Roux. La contribution de Godard est, par ailleurs, décisive dans Tout va bie (des ouvriers séquestrent un couple d’intellectuels bourgeois) et Comment ça v (réflexion sur l’activité syndicale). Autre figure majeure du cinéma militant, Marin Karmitz avec Camarade , l’histoire d’un fils d’ouvrier condamné au travail à la chaîne, et Coup pour cou sur des ouvrières du textile, engagées dans l’élaboration du scénario. Quand tu disais, Valéry// de René Vautier, raconte la résistance d’ouvriers face à la menace de fermeture de leur entreprise.

Le monde ouvrier apparaît alors comme une zone de non-droit, dans un contexte de révolte et d’impuissance qui fait songer à l’univers de Zola. Ces films qui abordent les conditions matérielles et psychologiques du travail salarié ne présentent pas la lutte des classes comme une guerre sociale mais comme une circonstance aggravante d’un constat existentiel irrémédiablement pessimiste. Les cinéastes engagés dans cette dialectique concilient les impératifs de leur conscience de gauche et les exigences de la distribution commerciale. Ainsi Claude Sautet dans Mado et Jacques Doillon avec Les doigts dans la tête .

La décennie 80 s’est ouverte sur un espoir de justice sociale peu à peu déçu. Sous un titre reprenant la formule caractéristique du début de l’ère Mitterrand, L’état de grâce , Jacques Rouffio traite en forme de comédie de mœurs l’appétit du pouvoir et la recherche du bonheur. Non moins métaphorique, Etats d’âme de Jacques Fansten suggère le désenchantement de personnages déstabilisés par la rupture de l’Union de la Gauche. Une chambre en ville de Jacques Demy, qui met en scène la répression d’une grève des travailleurs des chantiers navals de Nantes dans les années 50, est l’un des rares films à montrer la réalité d’une lutte sociale. Dans une veine intimiste, Romain Goupil, dans Mourir à trente ans , fait le bilan des illusions perdues en hommage à un ami gauchiste suicidé.

Récemment, plusieurs chroniqueurs des frustrations de la « France d’en bas » sont apparus : Dumont, Guédiguian, Cantet. Selon Matthieu de Xavier Beauvois mêle sexe et social en campant un jeune cadre qui venge la mort de son père au travail en séduisant la femme du patron. L’intrusion d’une problématique prolétarienne semble se borner à un rôle de plus en plus anecdotique dans la fiction. Dans les années 30, l’enthousiasme suscité par le Front populaire engendre un romanesque ouvrier nourrissant des classiques tels La bête humaine , La belle équipe , Toni , Le jour se lève , Lumière d’été ... Rien de tel dans les dernières décennies, comme si la condition ouvrière était décidément un scandale et un tabou.

M.M. 

Paru dans Regards décembre 2004

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