Accueil > Economie | Par Samuel Lehoux | 12 janvier 2009

Pôle emploi : une fusion contestée

Les 2 millions de demandeurs d’emploi ont depuis janvier 2009 un nouvel interlocuteur nommé Pôle emploi, né de la fusion de l’ANPE et de l’Unedic Censé simplifier les démarches, cet organisme fait l’objet de vives critiques par une partie des 45000 employés. Le responsable syndical Stéphane Guillou résume la situation.

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C’était une des promesses faite lors de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy : fusionner l’ANPE et l’Unedic pour proposer un service unique aux demandeurs d’emploi. Ce qui est chose faite, depuis le 5 janvier dernier, avec l’ouverture officielle de Pôle emploi. Malgré plusieurs journées de grève et d’actions s’opposant à la fusion, le processus, déclenché par la loi du 13 février 2008, n’a pas failli.

La fusion s’est donc opérée entre l’ANPE et l’Unedic (organisme de gestion de l’assurance chômage, dont les Assedics font parties), respectivement créés en 1967 et en 1958. Réformer et unifier deux administrations relativement anciennes est un enjeu de taille. D’autant que ces organismes, censés prendre en charge entre 50 et 60000 chômeurs à l’époque de leur création, gèrent désormais l’indemnisation et le retour à l’emploi de 2 millions de personnes. Á première vue, et le gouvernement ne se prive pas de l’invoquer, l’unification de ces deux services est potentiellement simplificatrice. Mais pour un certain nombre d’employés des Assedic et de l’ANPE, l’opération s’effectue sur fond de démagogie. Selon Stéphane Guillou, un des représentants CGT de Pôle Emploi, « la soi-disant simplification administrative s’est faite dans la précipitation, sans véritable concertation, et surtout sans les moyens nécessaires » . Le responsable syndical dresse ainsi une longue liste de problèmes mettant à mal l’optimisme du gouvernement et des dirigeants de Pôle Emploi. Le rapprochement de deux sphères professionnelles, « relevant du droit privé pour les Assedic » , et provenant du « giron public pour l’ANPE » , se fait « trop brutalement » . « Les modes de fonctionnement des personnels ne sont pas les mêmes, mais en plus, leur reconversion n’est pas assurée correctement, explique-t-il. Aucun agent n’a la double compétence et 6 à 7 mois sont nécessaires pour être formé aux métiers du placement de l’ex-ANPE, ainsi qu’aux métiers de l’étude des droits Assedic » . Difficile en effet pour le gouvernement de faire valoir les 7 et 3 jours de formation proposés respectivement aux personnels des Assedic et de l’ANPE. Pour le syndicaliste, « le système mettra des années avant d’être véritablement opérationnel » .

« TOUT ÇA N’EST QUE VITRINE ! »

Du côté des demandeurs d’emploi, ils disposent désormais d’un « interlocuteur unique » , au sein d’un « service public de l’emploi modernisé, unifié et personnalisé » . Mais, s’appuyant toujours sur l’argument du manque de formation des personnels, Stéphane Guillou prévient : « selon la demande de la personne au chômage, et le professionnel à qui il aura à faire, ce sera la loterie ! » Selon lui, « cette simplification n’est que vitrine » . Á commencer par le numéro de téléphone unique : « le 3949 poursuit la déshumanisation des relations entamées depuis quelques années à l’ANPE ou à l’Assedic » . Le serveur vocal, mis en place il y a 5 ans pour les allocataires « au nom d’une amélioration de la qualité du service, ne fait que compliquer les démarches » . « Après le premier et désormais unique entretien du demandeur d’emploi, celui-ci doit désormais tout faire par téléphone ou internet. Or, comment fait la personne qui prononce difficilement le français, ou qui ne maîtrise pas bien ces outils » questionne-t-il. Après essai, le 3949 propose effectivement 12 filières vocales pour par exemple « s’inscrire » , « actualiser » , « s’informer » , ou encore « annoncer un changement de situation » , un parcours de touches téléphoniques au sein duquel on peut aisément se perdre.

CATASTROPHES EN CHAINES

En lutte contre cette fusion, le personnel de l’Assedic avait mis en avant les 100000 dossiers de demande d’allocation non traités en décembre dernier. Selon Stéphane Guillou, à ces dossiers en retard « s’ajouteront tous ceux qui seront incomplets - une proportion habituellement d’environ un cinquième des dossiers déposés-, et toutes les demandes rétroactives, de plus en plus nombreuses. » « Or, les problèmes se réglant désormais dans le virtuel, et les réponses par courrier mettant un mois à parvenir à l’allocataire, la demande peut s’étaler désormais sur plusieurs mois » prévoit-il. Autrement dit plusieurs mois sans assurance chômage, ni proposition d’emploi, avec tous les risques d’expulsion locative, d’interdiction bancaire... Si on ajoute aux prévisions du responsable syndical le contexte économique actuel et la hausse du nombre de demandeur d’emploi, la période choisie pour appliquer cette fusion semble plutôt mal choisie.

POLICE DES CHOMEURS

Mais fallait-il s’attendre à ce que le volontarisme du gouvernement de Nicolas Sarkozy, par ailleurs très accroché à cette réforme, ne soit ébranlé par ces quelques inquiétudes conjoncturelles ? La fusion cache sans doute d’autres objectifs que celui d’une éventuelle simplification pour le demandeur d’emploi. Á l’image du mot d’ordre de la CGT-ANPE lors de la manifestation du 1er décembre 2008, « non à la police des chômeurs » , les précédentes mobilisations mettaient ainsi en perspective l’application favorisée par la fusion de la loi sur l’offre raisonnable d’emploi, votée pendant l’été 2008. « Pôle emploi est une parfaite machine administrative pour faire pression sur les demandeurs d’emploi afin qu’ils acceptent des métiers souvent difficiles et mal rémunérés, dans les secteurs dits en tension, explique Stéphane Guillou. Avec le rapprochement de ces deux organismes, on peut jouer du lien entre indemnisation et « bonne volonté » du chômeur » .

Nicolas Sarkozy a promis un taux de chômage descendu en dessous de la barre des 5% d’ici à 2012. Un objectif que Pôle emploi est censé permettre d’atteindre. « Sauf que le problème est pris dans le mauvais sens. C’est trop facile de dire que les gens sont des fainéants, ou que la gestion des offres d’emploi est mauvaise. Le problème global est la nature de l’offre, trop restreinte et précarisée » assure-t-il. Et ce dernier de conclure : « durcir et augmenter la volumétrie des justificatifs, suspecter et punir les chômeurs, diminuer les chiffres du chômage à tout prix, voilà ce que cache Pôle emploi. On est passé d’un outil d’aide aux chômeurs à une machine de coercition sociale et de fabrication de chiffres. » La CGT-Pôle emploi donne rendez-vous le 29 janvier, journée de grève interprofessionnelle appelée par tous les syndicats, qui devrait démontrer réellement le mécontentement des personnels et des allocataires.

S.L.

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