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Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 17 juin 2011

Politique extérieure européenne, le business d’abord

Difficile d’accorder les violons
diplomatiques de 27 Etats aux
intérêts parfois divergents. Pourtant,
l’Union européenne noue des partenariats
économiques qui, si la volonté
était là, pourraient lui permettre de
peser sur des processus politiques. Par
exemple en Palestine.

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Appuyer la dynamique enclenchée en Palestine
par la récente « réconciliation » entre le Fatah
et le Hamas : c’est ce qu’a demandé, fin avril,
Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine
à Bruxelles. «  L’Union européenne devrait
considérer cela comme un réel pas en avant et
montrer son soutien.
 » [1].
« Nous examinons toujours
la situation
 », a déclaré en retour Michael
Mann, porte-parole de la Haute représentante
Catherine Ashton.

Cette réticence à adopter un positionnement
politique doit être comparée au volontarisme
affiché deux semaines plus tard par Kristalina
Georgieva, commissaire européenne responsable
de la Coopération internationale, de
l’aide humanitaire et de la gestion des crises :
« Au moment où tous les yeux sont tournés
vers les énormes changements sur la scène
politique (…), nous ne devons pas oublier la
situation humanitaire dans les territoires palestiniens
occupés (…). (Nous) nous engagerons
avec les parties concernées pour assurer non
seulement la fourniture continue des secours
mais aussi l’accès à l’aide humanitaire et la
protection des civils.
 »

Premier financeur de l’ANP

Ainsi se caractérise, depuis la signature des
accords d’Oslo en 1993, la position de l’Europe
sur la question palestinienne : générosité de
l’aide matérielle et faiblesse du politique. La première
peut se chiffrer : depuis 2008, 500 millions
d’Euros en moyenne, hors aide humanitaire, sont
versés chaque année à l’Autorité nationale palestinienne
(ANP) par l’UE à travers le mécanisme
Pégase. Des sommes qui font de la Commission
européenne le « premier pourvoyeur d’aide
financière aux Palestiniens
 ».

Ronflant. Sauf que cette préeminence de l’UE
comme partenaire économique rend encore plus
visible son manque d’influence politique dans la
région : début mai, Israël décidait de bloquer unilatéralement
le transfert de plus de 100 millions
de dollars de taxes, notamment douanières, collectées au nom de l’ANP pour sanctionner
l’accord Fatah-Hamas, Tel Aviv refusant de financer
cette organisation politique. Quelle réaction
de l’UE ? Quelques jours plus tard, Bruxelles
annonçait le versement de 85 millions d’euros
supplémentaires (100 ont déjà été approuvés
pour 2011) pour aider l’ANP à payer les salaires
et venir en aide aux familles les plus vulnérables.
Un coup de pouce aux victimes plutôt qu’une
injonction politique aux coupables…

Maintenir le statu quo

A court terme, ce fonctionnement arrange tout
le monde : les Palestiniens qui ne sont pas en
position de refuser quelque aide que ce soit ; les
Israéliens qui savent que quoi qu’ils fassent, les
Européens paieront la note (à Gaza, Bruxelles a
déjà financé à plusieurs reprises la construction
et la reconstruction d’infrastructures détruites par
Israël) ; les Etats-Unis qui comptent sur la « vieille
Europe » pour subventionner l’ANP ; et l’Europe
qui s’achète une bonne image dans la région tout
en contribuant à y maintenir le statu quo.

Elle dispose pourtant d’atouts pour jouer une
partition politique plus offensive : premier financeur
de l’ANP, l’UE est également membre
du Quartet (avec les Etats-Unis, la Russie
et l’ONU). Elle est surtout liée à Israël par un
accord d’association (signé en 1995 et entré
en vigueur en 2000) facilitant les relations
économiques, commerciales et stratégiques
entre les deux parties. C’est-à-dire un levier
potentiellement très efficace pour peser sur
la politique israélienne. La suspension de cet
accord est l’une des exigences phares, depuis
des années, du mouvement de solidarité avec
la Palestine en Europe. Sans succès. L’Europe
a les outils mais pas la volonté.

La construction d’une diplomatie commune

Le principe d’une Politique étrangère et de sécurité
commune (PESC)
est consacré par le traité de
Maastricht en 1992.

L’UE se dote en juin 1999,
d’une Politique européenne de sécurité et de défense
(PESD)
présentée comme « l’instrument » de
la PESC.

En 2009, le Traité de Lisbonne donne
naissance au Service européen pour l’action extérieure
(SEAE)
, un « corps diplomatique » visant
à développer une véritable politique étrangère
de l’Union. Fonctionnant depuis le 1er décembre
2010, il est mené par la Britannique Catherine
Ashton qui en est la Haute Représentante
.

A lire

l’article « Service européen pour l’action extérieure : quels
défis ? »
du 13 novembre 2010, par Pierre Verluise (directeur
de recherche à l’Iris) sur www.diploweb.com

Notes

[1sur EurActiv, site d’information spécialisé sur
les questions européennes, www.euractiv.com

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