Accueil > Société | Analyse par Marion Rousset | 17 octobre 2012

Pourquoi la grève enseignante manque d’efficacité

Les syndicats enseignants s’interrogent : que pèsent leurs grèves reconductibles, comme celles de 24 heures ? La SNCF ou les raffineries peuvent bloquer le pays, mais le monde de l’éducation ? La FSU, en collaboration avec le SNES, en ont débattu lors d’un colloque organisé jeudi 11 octobre 2012 à Paris.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

« Les grèves de l’Education nationale ne bloquent pas l’économie du pays. » Jean-Michel Drevon, membre du bureau de recherches de la FSU, participait au colloque sur « la grève enseignante en quête d’efficacité », organisé jeudi 11 octobre 2012 par son syndicat, en collaboration avec le SNES, majoritaire dans le second degré. Un constat posé à la lumière des quatre grandes mobilisations de ces quinze dernières années – contre la réforme de la Sécurité sociale en 1995, les mesures de décentralisation dans l’éducation en 2003, le Contrat Première Embauche (CPE) en 2006, la réforme des retraites en 2010. Que pèsent les grèves reconductibles, comme les « grévettes de 24 heures » ainsi rebaptisées par la tendance Ecole émancipée ? De fait, face à la puissance de frappe des cheminots qui ont les moyens d’arrêter la circulation ferroviaire, les enseignants ont du mal à lutter… D’où un sentiment de découragement, la tentation du renoncement, nourris des échecs rencontrés dans la rue. La suspension des cours, de courte ou de longue durée, est un mode d’action qui peine à déboucher.

C’est pour cette raison qu’a surgi, en 2003, l’idée de bloquer le baccalauréat. Seulement voilà, les refus controversés d’assurer la surveillance de l’examen sont restés marginaux. Ce type de blocages administratifs remonte à loin. Loïc Le Bars, historien, a ainsi rappelé que, quoique rare, il est historiquement « la quintessence de la grève enseignante ». Peut-être pour d’autres raisons que celles qui furent invoquées en 2003 : « Pour les profs de lycée qui sont des « demi bourgeois », l’arrêt du travail est un moyen d’action typique du monde ouvrier. Il n’est pas assez distinctif, voire il déclasse. La grève du baccalauréat permet en revanche aux enseignants de montrer leur importance sociale. Du coup, elle est prônée à la fois par les progressistes et par les plus conservateurs. » Le 12 février 1965, trois personnels de l’ancienne Fédération de l’éducation nationale (FEN) appellent à la grève administrative : refus de remplir les carnets scolaires, de fournir des sujets d’examen, de participer aux conseils de classe et de transmettre leurs notes aux élèves. Ce n’est pas la solution miracle : l’échec est au rendez-vous.

Quid de l’articulation des combats enseignants avec ceux du secteur privé ? « Pour que le gouvernement tienne compte de nos revendications, il faut que le mouvement ait des capacités de nuisance et de blocage. Il doit avoir un coût économique », estime Michel Drevon. En 2010, la CGT et la FSU débattent quotidiennement de la stratégie à adopter. « Se pose la question de savoir quel sera le secteur porteur. Nous ne voulions pas que cela parte du public mais du privé. » Quand la raffinerie de Dunkerque se met en grève, plusieurs syndicats enseignants décident de saisir l’opportunité qui se présente à eux. Des collectes sont organisées, le gouvernement réagit. « Le mot d’ordre de la grève générale est indispensable. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?