Accueil > Politique | Par Marion Rousset, Rémi Douat | 1er septembre 2008

Profs, un tableau pas si noir

Comment vont les profs ? Assommés par les suppressions de postes et les réformes, mais souvent passionnés. Erwan, Marjorie, benjamin, Emily, Pierre et les autres racontent leur métier, au-delà des clichés qui pèsent sur leur image. Portrait de groupe.

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LEUR IMAGE : PLEIN LA GUEULE.

Le prof est un fainéant, gréviste compulsif et privilégié. Les clichés ont la vie dure. Tous les profs que nous avons rencontrés estiment souffrir de cette image qui leur colle aux basques. Erwan raconte une anecdote édifiante : « Cet hiver, à la montagne, une serveuse nous a insultés, disant que nous étions des fainéants. J’en viens à réfléchir à deux fois avant de dire que je suis professeur. » Le sentiment est partagé d’une chute vertigineuse du statut en quelques décennies : « Notre image a beaucoup évolué, raconte Pierre. Je n’ai pas connu ça (contrairement à mes parents, profs tout deux), mais il y a eu un âge d’or, en termes de prestige du métier. Mon père était prof de latin/grec, il y avait quelque chose de noble dans ce métier de transmission de langues immortelles. Son statut social n’en avait que plus de vernis. Les professeurs bénéficiaient alors d’une aura plus grande qu’aujourd’hui. » Pour Marjorie, il s’agit d’une « campagne de dévalorisation du métier. Hier, nous étions des notables, aujourd’hui, nous sommes des feignants. On nous reproche la sécurité de notre emploi et nos vacances, c’est du nivellement par le bas. C’est une philosophie qui consiste à monter le public contre le privé » . Pour Nathalie, ce regard négatif s’est accentué en 2003, lors des mouvements de grève sur les retraites : « Les profs ont alors été désignés comme des nantis. » « C’est la fin du modèle du prof respectable et respecté dans la société, poursuit-elle. On se croyait inatteignable, à tort. » Emily, fraîchement débarquée dans la profession, a déjà appris la parade : « Avec mes 1500 euros nets par mois, est-ce qu’on peut vraiment dire que je suis privilégiée ? » Excédée, Nathalie a même dû brandir une fiche de paye lors d’une réunion organisée avec les parents. « Ils étaient persuadés que j’avais des primes ! » Seule Muriel pondère volontiers un tableau bien noir, en faisant allusion aux récentes mobilisations : « Le cliché sur les profs se casse la figure. En manif, les élèves disent « rendez-nous nos profs ». Quant aux parents, ils signent les pétitions contre les suppressions de postes. Les clichés sont manipulés par les médias. »

LA VOCATION : L’AVOIR OU PAS.

Difficile de tenir le coup devant une classe sans y croire un tant soit peu. C’est une spécificité du métier que de ne pas laisser indifférent. De là à parler de vocation... Tous les enseignants n’ont pas la constance d’Erwan qui réalise un rêve d’enfant lorsqu’il devient professeur d’histoire-géographie, dans les traces de ses parents, deux « instituteurs de la vieille génération, juste avec le bac ». Mais beaucoup de ses collègues ont la même « envie de transmettre des connaissances en amenant l’élève à se poser des questions, en développant chez lui un esprit critique. » L’idée a germé plus tard dans l’esprit de Benjamin, au moment où s’est posé le problème de l’orientation. Il sortait de khâgne et allait intégrer un cursus universitaire. « Je cherchais un métier d’utilité sociale. L’enseignant a un rôle : c’est un passeur. Il est là pour faire baisser les inégalités sociales. » Son père l’aurait bien vu avocat. Lui, n’a pas fermé cette porte. Mais on le sent gagné à l’école de la République, version prof autoritaire au grand cœur. Il insiste sur l’ascension familiale. Des grands-parents ouvriers, un père informaticien au ministère des Finances et une mère employée à la Mairie de Paris. « Mes parents ont débuté en catégorie D. Ils sont l’exemple d’une réussite sociale. » Surtout, « ils n’étaient pas des fonctionnaires honteux. A la maison, la notion de service public était importante » . Marjorie évoque aussi ses origines pour tenter d’expliquer ce qui l’a conduite à enseigner en lycée professionnel. « Ça vient de mon père, ouvrier en sidérurgie. Il faisait des fautes d’orthographe et je détestais qu’on se moque de lui. » Sa mère est ouvrière dans le textile, puis éducatrice. « Je voulais m’adresser à ceux qui n’ont pas les outils pour comprendre le monde. Une trop grande partie de la population ne bénéficie pas du savoir, du coup les inégalités sont criantes. » Mais ce n’est pas tout. « Ça m’a donné la possibilité de ne pas devenir ouvrière », admet-elle. Bien souvent, la dimension pragmatique n’est pas absente de ce choix, même si elle ne le résume pas. « J’avais un besoin de stabilité : il faut pouvoir payer les études de ses enfants ! Et puis je voulais vivre plus en lien direct avec la société », explique Muriel, ancienne archéologue passée prof d’anglais. La vocation, on l’a ou on ne l’a pas. Pour certains, c’est un pis-aller. Plus amoureux de la matière que du métier, ils deviennent profs pour la sécurité de l’emploi. Ou parce qu’ils ne voient vraiment pas ce qu’ils pourraient faire d’autre. « On ne peut pas dire que c’est la vocation qui m’a mené dans une salle de classe, même si j’y trouve aujourd’hui du plaisir et des avantages », raconte Pierre. « Pendant longtemps je me suis plutôt vu à la fac, donner des cours de littérature à des élèves spécialistes de la discipline. Et puis je suis allé au plus rapide. Mais je ne suis pas sûr d’en avoir fait le deuil. » Nathalie est encore plus catégorique : « Moi, c’était tout sauf prof, je détestais l’école et j’étais régulièrement virée. » Alors, pourquoi ce choix ? « Parce que je me suis aperçue que dans l’édition, si je n’étais pas parisienne je n’arriverais jamais à rien. Je suis rentrée à Rennes, et j’ai décidé de passer le Capes parce que je me sentais un petit peu vieillir. Je me suis dit qu’il était peut-être temps que je me mette à bosser. » Elle souffle malgré tout : « Coup de bol, j’aime ça. » Et même davantage au fil du temps. Nathalie n’en revient pas, elle qui est restée longtemps remplaçante pour garder ses distances avec l’institution. « Quand tu arrives à aider un gamin et qu’il réussit à décrocher quelque chose, tu es fière de lui mais de toi aussi. » Alors tant que l’usure n’a pas tué le désir, ils apprécient de travailler dans des établissements réputés difficiles. « Certains profs font tout pour obtenir leur mutation dans des lycées parisiens, pointe Benjamin. Moi, je me trouve plus utile à Créteil qu’à Janson-de-Sailly. »

LES ÉLÈVES : UNE RELATION SUBTILE.

La qualité du lien élèves-professeurs n’obéit à aucune règle, tant cette fragile relation semble varier avec le territoire, la personnalité d’un prof, l’alchimie d’une classe. Pour Marjorie, qui communique son amour du métier avec passion, le rapport aux élèves est tout simplement « fabuleux ». « C’est humainement très riche, détaille-t-elle. Ils vous prennent en entier, donnent beaucoup, pètent un plomb pour un oui pour un non avant de revenir vers vous en quelques secondes. » Erwan, pion pendant quatre ans avant de devenir prof, évoque, lui, « la violence » et « la confrontation », dans un univers où il estime que quatre cinquièmes des élèves sont en difficulté. « L’institution pratique le tri social et les moins bosseurs ne peuvent pas accéder aux formations auxquelles ils aspirent. » Et, en bout de course, « les gamins nous rentrent dedans ! » , explique-t-il. Tout en refusant l’angélisme, Marjorie tente d’expliquer : « Dans mon lycée, nous avons été privés de photocopieuse pendant six mois, faute de moyens. C’est anecdotique, mais entre la vétusté, la désorganisation et la brutalité de l’institution scolaire, je trouve finalement que les élèves encaissent beaucoup. On veut les faire avancer à la méritocratie en niant les spécificités sociales. On se plaint de l’absentéisme ? Eh bien, parfois je croise des élèves qui sèchent... pour aller bosser au MacDo. D’autres ne peuvent même pas se payer la cantine et certains sont même SDF. Sans compter les sans-papiers. Il y a une véritable dégradation sociale des élèves. » Nathalie admet être un peu paumée vis- à-vis d’élèves qu’elle ne comprend plus : « J’ai des gamins qui me fichent la trouille, que je ne sais pas comment aider. Tu ne peux pas te bagarrer avec un gamin s’il n’est pas sur ton terrain. J’en ai eu trois cette année dans une classe : pour eux, je n’existe pas. C’est terrible. Ce sont des gamins qu’on lâche ensuite dans la nature, sans leur brevet, orientés vers des BEP qu’ils n’ont pas choisis. » Nathalie est parfois dépassée, jusqu’à douter de cette « très belle idée » , le collège unique. « C’est un constat que j’ai toujours refusé de faire jusqu’ici, mais le fait est qu’il y a des gamins plus bêtes que d’autres. C’est un peu difficile à dire mais c’est comme ça. Il faut arrêter l’hypocrisie. » Pas du tout le point de vue de Marjorie pour qui « un élève est un bloc de granit. Beaucoup de qualités, mais qu’il faut le travailler » .

À CHACUN SA PÉDAGOGIE.

Rarement question n’aura suscité autant de polémiques dans les milieux enseignants. Y compris entre profs « de gauche » et d’accord sur le reste. La pédagogie est le lieu de joutes serrées entre partisans de méthodes alternatives et défenseurs du cours magistral à l’ancienne. Autorité du prof ou liberté de l’élève, chacun se cherche selon ses principes et son caractère. « Quand je suis entré dans l’enseignement, on nous demandait de partir des représentations des élèves. On ne devait pas imposer le savoir, il fallait travailler à partir d’études de documents. Le principe : l’élève est au cœur du système. C’est une catastrophe. » Benjamin reproche à l’IUFM, l’institut de formation des maîtres, d’avoir été trop loin. « C’est bien de mettre les élèves en situation de participation. Mais le savoir, c’est moi qui l’ai. Et puis les études de documents, honnêtement, ça les emmerde » , affirme-t-il. « A 12 ans, j’ai écouté un prof me parler de l’Empire romain en fermant les yeux. C’est un grand souvenir. » Muriel n’est pas du tout d’accord. Elle a fait sien le combat de sa grand-mère, « une des pionnières de la pédagogie des années 1930. Dans la Drôme, elle défendait la pédagogie Frénet et Piaget. J’ai baigné là-dedans ». Pour elle, « l’enfant doit être acteur de son projet ». Concrètement, ça passe par des analyses de documents variés : supports de communication, films, articles de journaux... « Ma pratique peut paraître bizarre. Je laisse beaucoup de place à la parole. Mais ce sont quand même des cours bétonnés », tient-elle à préciser. La grammaire et le vocabulaire ne sont pas oubliés. L’âge : elle a la cinquantaine : et le recul : elle n’a pas toujours été prof : lui facilitent sans doute la tâche. Mais c’est plus difficile pour un prof débutant d’asseoir sa position sans manier la baguette. « J’ai des collègues très autoritaires dont certains élèves ont peur. Ils ont peu de souci de comportement », raconte Erwan, 28 ans. « Dans mes cours, la parole est libre. Comme ils ne sont pas habitués, les élèves sont perdus. Donc ils foutent le bordel. Des élèves m’ont reproché de ne pas être assez sévère. » Pour autant, il tient à ses principes. Il ne donne pas d’heures de colle et limite les sanctions aux insultes lourdes et aux actes de violence. Certaines règles, comme le travail à la maison, se négocient avec les élèves. « J’en ai qui n’habitent pas tous les soirs au même endroit. » Parmi ses collègues de Rosny-sous-Bois, il a le sentiment de détonner. « A l’IUFM, on nous dit de ne pas oublier qu’on est le maître. C’est faux, un élève qui ne veut pas travailler, on ne peut pas le forcer. On a juste l’espoir d’une pédagogie qui lui donne envie de se mettre au boulot. » La recette miracle n’existe pas.

LES LENDEMAINS QUI DÉCHANTENT.

Ils ne s’en sont toujours pas remis. L’année 2003 revient comme un leitmotiv. Plusieurs mois de grève contre la réforme des retraites et la décentralisation, pour rien. Pas la moindre concession. « Un coup de bambou », dit Erwan. « Une claque », pour Nathalie. « Grosse », précise Sandrine. « Les ponctions sur salaire ont été pratiquées à l’aveugle de manière à casser les revendications, comme Thatcher avec les mineurs », raconte Muriel, qui a fait deux mois de grève. C’est une des raisons de la faiblesse des mobilisations contre les suppressions de postes annoncées par le gouvernement et les réformes en cours. Le problème, selon Marjorie, « c’est le manque de confiance des profs dans leur capacité de gagner. Il faut dire que ça fait des années qu’on n’a rien gagné » . Le point de vue semble partagé. Sandrine confirme en effet : « On est tous d’accord pour dire que ce qui se prépare n’est pas bon pour nous, seulement c’est comme si on était muselé. Les profs ne veulent plus perdre de l’argent dans des luttes qui risquent de ne pas aboutir. » Si Erwan reconnaît qu’aujourd’hui on est dans « le creux de la vague », il en veut beaucoup aux syndicats. Et notamment au Snes, l’organisation majoritaire : « Il a lâché les plus précaires. Chez les pions, par exemple, il n’a jamais appelé à la reconduction de la grève. » Plus proche de la CNT, il n’a pas changé d’avis en changeant de statut. « Cette année, l’intersyndicale a publié un communiqué pour se réjouir de la réussite de la mobilisation, alors qu’on n’a rien gagné. On a l’impression d’avoir à se battre contre des institutions syndicales qui veulent être à l’origine des mobilisations et les contrôler. » Il n’est pas tout seul à poser ce diagnostic. Même Muriel, pourtant syndiquée au Snes, juge son organisation « trop timorée » et trouve qu’elle « n’écoute pas sa base » . Déçue, elle hésite à renouveler son adhésion. « Il faut voir leur mollesse dans les AG ! » , s’emporte Benjamin, qui sait se faire entendre en assemblée générale. Marjorie est aussi combative. Face aux collègues qui se mobilisent « tièdement » , elle assume son appartenance à la CGT éducation. « En lycée professionnel, ce syndicat réagit à chaque attaque. C’est pour ça que j’y suis. » Emily, en revanche, est plus désabusée. La CGT, elle y a adhéré « pas vraiment par conviction », confie-t-elle. En toute honnêteté. « Mais ils m’ont aidée au moment des vœux. » Une chose est sûre, les profs sont fatigués. Ils peinent à se mobiliser à force de rebuffades. Jusqu’au désabusement. « En fait, il y a quelque chose de rituel dans les grèves enseignantes qui me gonfle » , lâche Pierre. Alors quoi ? Faut-il continuer sans y croire, comme Audrey qui fait grève « tout en étant pessimiste »  ? Espérer l’impossible, comme les collègues de Sandrine qui « attendent des choses des syndicats, mais n’ont plus confiance dans leur pouvoir »  ? Cette prof d’arts plastiques anticipe déjà le pire : « Les lendemains vont être durs et on se sera laissé faire. » Mais les plus politisés savent que le vent peut tourner. Pour Erwan, « militer, c’est rester debout même si ce n’est pas réjouissant, s’opposer et garder à l’esprit l’école qu’on aimerait voir exister ».

LES SUJETS QUI MOBILISENT.

Que veulent les profs ? Pierre, un rien désabusé et qui n’a « pas envie de tout envisager comme un combat » , dénonce, un rien provoc « un syndrome de victimisation » . Mais chez la plupart des profs que nous avons rencontrés, qui, comme Marjorie, veulent garder leur capacité de révolte » , ce sont les suppressions de postes qui sont au centre des revendications. Pour Audrey, « le nerf de la guerre, c’est le nombre d’élèves par classe. Mais cela demande des moyens. Aujourd’hui, on peut être jusqu’à 35, ce sont des classes « paquebot » ingérables, on sent les élèves décrocher et comment pourrait-il en être autrement ? A 20, ça fonctionne très bien, ça change complètement le rapport aux élèves » . « Au final, cela laisse moins de temps pour des conseils individualisés » , estime Benjamin. Même analyse pour Muriel, pour qui « il faut plus de profs, pour dédoubler à nouveau les classes » . Et c’est « dans les lieux les plus défavorisés, qu’on a le plus de suppressions » , complète Marjorie. « Il existe un vrai décalage entre le discours et la réalité, estime Nathalie. Darcos justifie les suppressions de poste de la rentrée en vue d’une meilleure efficacité, mais je ne vois pas comment on peut être plus efficace avec moins de surveillants, moins de profs, ça m’échappe ! » Plus globalement, les enseignants que nous avons rencontrés trouvent la période critique et dangereuse. « Le gouvernement est dans une logique comptable, analyse Audrey. Plus le temps passe, plus ce métier me plaît et plus je suis pessimiste sur les conditions d’exercice. J’ai l’impression qu’on ne nous demande plus de former des esprits critiques mais des salariés. Par exemple, en Première STG, on perd une heure de français alors que ce sont des élèves en véritable difficulté avec la langue. C’est du mépris. » Sur la question des salaires, Benjamin observe que cela a longtemps été tabou, mais « depuis 2003, il y a une déculpabilisation. Le tabou est tombé, même si les profs continuent à avoir du mal à soutenir des revendications économiques avec force, vigueur et conviction... Les pêcheurs ou les cheminots n’ont pas tant de retenue »  ! Les profs, enfin, qui prennent des initiatives personnelles hors temps scolaire pour les élèves voudraient y être plus encouragés. « Il faut montrer aux élèves que la culture n’est pas inaccessible, estime Audrey. Alors j’ai envie de construire un projet extrascolaire en cinéma ou théâtre, et de l’investir ensuite dans l’univers scolaire. Mais le problème, c’est que c’est du bénévolat. » « Les sorties et les projets extrascolaires permettent de modifier les rapports avec les élèves, argumente Nathalie. On se parle, le collège n’est plus le lieu unique de l’échec, il devient un lieu de vie. Malheureusement, pour des raisons financières, le pédagogique et l’éducatif passent à la trappe. » Pour l’heure, quand Audrey emmène ses élèves au théâtre, c’est sur son temps libre et bénévolement.

BIENTÔT COMME DANS LE PRIVÉ ?

En guise de big boss, un principal ou proviseur. Aux manettes, des professeurs principaux passés petits chefs. Et en bas de l’échelle, des enseignants aux ordres qui se tirent dans les pattes. Au programme, savoir rédiger un CV et répondre aux besoins de l’entreprise. Et en bout de course, « la mise en concurrence de tous par tous » . C’est le cauchemar de Muriel. « On sent déjà un déchirement des équipes autour de la répartition des classes pour l’an prochain tel qu’on n’en avait jamais connu. » Sans compter les enseignants qui acceptent des stages intitulés, par exemple, « Ce que l’entreprise attend de l’école » . Tous ceux qui empilent les heures supplémentaires sans broncher. « Je crains beaucoup l’autonomie des établissements qui pourront recruter eux-mêmes leur personnel » , avance-t-elle. Ce qui l’effraie : que la France se rapproche du modèle britannique. « En Angleterre, le professeur coordonnateur écrit des rapports sur ses collègues. Et ils ont parmi leurs sponsors privés des évangélistes qui essaient d’imposer qu’on ne parle plus du darwinisme à l’école. » Même constat du côté d’Erwan : « On a de plus en plus de chefs d’établissement qui se comportent comme dans le privé car on demande à l’école de remplir des objectifs de rentabilité immédiate. Pourtant, les effets de l’enseignement se calculent à l’échelle d’une vie. » Nathalie, elle, nuance le propos. Sa chef, elle la comprend, elle ne lui en veut pas. Elle est comme les autres, « le cul entre deux chaises », « coincés entre des objectifs ministériels et nous », obligés de « faire des choix difficiles ». Pour garder son projet autour du cinéma, elle a dû batailler. Il a fallu renoncer à un autre. « Le rapport à la hiérarchie tourne principalement autour de l’argent » , admet-elle, consciente qu « au final, cela crée des tensions dans les équipes. Chacun défend son projet, mais la concurrence est rude ».

R.D. et M.R.

Paru dans Regards n°55, septembre 2008

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