Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er février 2006

Que les bas salaires lèvent le doigt

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Le sport est un marché du travail comme un autre. Pas tout à fait, certes. Les meilleurs salaires, les dieux du stade, sont médiatiquement surexposés. D’ailleurs, le profil de ces quelques centaines de personnes donne une image plutôt faussée du problème. Aujourd’hui on estime à plus de 200 000 le nombre de postes liés au sport, dans le public ou le privé, à temps plein ou partiel, sachant que ce secteur a connu depuis dix ans une croissance de 40% de ses effectifs. Un levier non négligeable qui explique pourquoi les gouvernements successifs incitèrent cette composante du monde associatif à souscrire massivement aux diverses formules censées encourager l’emploi chez les jeunes (des emplois jeunes aux contrats premières embauches à venir).

A la fin du XIXe siècle, le sport était une affaire de notables et de dilettantes bourgeois, qui ne recherchaient d’autre rémunération que le plaisir et parfois la notoriété qu’ils en retiraient (logique qui persiste chez les présidents de certaines fédérations prestigieuses). La démocratisation de la pratique amena un besoin impérieux d’encadrement et de gestion (secrétaire, comptable, etc.). La politique de l’Etat a progressivement accompagné le processus. D’abord par le biais de l’installation des profs d’EPS au sein de l’Education nationale. Mais aussi par la formation d’une administration spécifique, douloureux chemin de croix depuis la création par le Front populaire du sous-secrétariat de Léo Lagrange. En outre, les municipalités, conseils généraux et régionaux vont accentuer leur intervention en faveur du sport, démarche confortée par la décentralisation (les collectivités locales regrouperaient 11% des professionnels du secteur). Ces évolutions vont de pair avec une professionnalisation croissante de l’animation depuis les années 1970, s’appuyant sur la multiplication des diplômes, parfois légalement indispensables pour certaines activités (plongée, par exemple). Sans oublier le lancement à la Sorbonne, en décembre dernier, du premier diplôme universitaire consacré au droit du sport.

La précarisation de l’emploi et le retrait de la puissance publique (avec la décentralisation) s’observent également dans le domaine du sport. L’Etat se désengage, que ce soit avec la réorganisation des infrastructures du ministère, mais aussi par la marginalisation de l’EPS qui se traduit par son éviction du socle commun et la baisse drastique du recrutement en Staps (1). Enfin, les pressions pour que le monde sportif contribue à servir de gomme statistique (sur le nombre de jeunes chômeurs), affecte profondément le fonctionnement du sport associatif à la base (sans oublier la récente crise des banlieues qui pousse beaucoup à y voir un remède miracle). Que reste-t-il alors des valeurs associatives pour celui qui gagne un salaire au rabais pour un emploi dont il sait pertinemment qu’il ne sera pas pérennisé ? Une convention collective propre au sport est en cours d’élaboration (que la CGT a refusé de signer). Cela suffira-t-il ? Les travailleurs du sport, peu syndicalisés, soumis fortement à toutes les logiques de précarisation, happés de plus en plus par le privé et abandonnés par les pouvoirs publics, ont beaucoup de souci à se faire.

/BREVES/

/Mécénat privé.../

/de bon sens ?/

/Questionné sur le rôle du sport dans les banlieues après les récentes émeutes, Pierre Dauzier, ex-patron d’Havas, qui dirige la fondation du sport, entièrement financée par des fonds privés, explique : « Il devient urgent d’être reconnu d’utilité publique pour inciter de nouvelles entreprises à nous rejoindre. » (La Lettre de/

/l’économie du sport, 13/01/06). Peut-être serait-il plus louable que ces mêmes entreprises commencent par embaucher sans discrimination pour éviter que les voitures flambent.../

/La Bourse ou l’équité ?/

/Jean-François Lamour, ministre des Sports et fidèle de Jacques Chirac, a-t-il pris le nouveau pli présidentiel, qui court de nouveau après la fracture sociale et le « non » au référendum ? Il s’est insurgé,/

/« au nom de l’équité sportive », contre la décision de la Commission européenne d’imposer à la France l’entrée en Bourse des clubs de football (L’Equipe du 15/12/2005). Après moult déclarations contradictoires sur le sujet, on finit par ne plus trop comprendre la position réelle de L’Etat. Ou bien doit-on décoder ce coup de sang de la sorte : un peu de politesse, messieurs de Bruxelles, si l’exception française doit disparaître, laissez au moins le temps à notre ministre de s’en charger lui-même.../

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