Accueil > Culture | Créations par Diane Scott | 21 janvier 2012

Quizz culturel pour 2012

Entre l’« accès à la culture pour tous » et « la culture accessible à tous » se
glisse la question du « bon » objet culturel. De Céline Dion à Novalis, de
Visconti à Lady Gaga… Quizz.

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Contrairement à ce que pourrait nous laisser
croire le rapport de loisir que nous avons à
la culture, la question du statut de la culture
est hautement problématique, et actuellement
très polémique. On se bat, de-ci, de-là,
à ce sujet. Qu’en attendre et, en conséquence, que financer ?
Qu’est-ce qui vaut d’être pris en charge par l’État, c’est-à-dire
par nous tous ? Et la question n’est pas loin d’être aussi,
même si elle en est distincte, de savoir ce qu’il en est de
l’art, c’est-à-dire de la possibilité d’une catégorie spécifique
d’objets. Je recours à une définition a minima car c’est en
tant que « chose à part », avant même que l’on définisse en
substance ce « à part », que l’art semble aujourd’hui drainer
bien des reproches. Le discours sur l’« élitisme » n’est-il pas
précisément une accusation à l’adresse de choses qui réclament
du particulier (un mode particulier d’approche ? Un
mode particulier d’usage ? Voire, un usage sans utilité. Un
mode particulier d’adresse ?). La Princesse de Clèves serait
inutile, et les objets complexes, artistiques ou intellectuels,
seraient antidémocratiques. Que raconte le blockbuster français
du moment, Intouchables (Toledano, Nakache, 2011),
à ce sujet, sinon que la lutte des classes, ça n’existe pas,
mais que la seule chose qui nous empêche vraiment d’être
tous les mêmes et tous ensemble, c’est Baudelaire et la musique
classique ? Et de façon symptomatique, la riche « bourgeoise
 » du film Mon pire cauchemar (Anne Fontaine, 2011),
jouée par Isabelle Huppert, dirige une fondation d’art contemporain…
Pour le dire autrement, une phobie se développe
à l’heure actuelle, à gauche comme à droite, à l’égard de
l’art, qui ne donnerait pas tous les
signes de l’« accessibilité » à tous,
qui serait nuisible à la démocratie.
Mais qu’est-ce que l’accessibilité ?
Qu’est-ce qu’un objet accessible ?

Le bon objet culturel

Derrière cette exigence à être accessible,
qui pèse sur les objets
des arts, il y a un enjeu politique :
si la culture parvient à promouvoir
un espace où « tous » pourraient se
retrouver, cela signifie que le politique
pourrait s’en inspirer, pourrait
même s’y résoudre (et entre s’en
inspirer et s’y résoudre, il y a probablement
un saut illégitime qui
est actuellement franchi). Parler
de culture dans son sens moderne
d’outil d’émancipation, c’est poser
la question du peuple. Définir ce
que serait un bon objet culturel, un
objet culturel « juste », c’est donc
induire une définition du « commun
 ». D’où le caractère épineux
de la chose, qui va bien au-delà de
savoir comment on va occuper son
samedi soir.
Chers lecteurs, pour bien commencer l’année, voici alors un petit quizz culturel, autant pour
tester vos connaissances, que je sais étendues, multiples et
sophistiquées, pour vous révéler votre profil culturel inconscient,
que pour faire retour sur les questions elles-mêmes et
interroger ensemble ce qu’il en est des injonctions en surchauffe
adressées à la culture ces temps-ci. Puisse l’année
2012 apporter un vent nouveau.

A - Vous êtes sous les ors du théâtre de l’Athénée à Paris
devant La dernière bande de Beckett mis en scène et
interprété par Bob Wilson himself et après une heure
d’un travail aussi étrange que pénétrant, votre vénérable
voisine dit tout haut à son vénérable mari : « Oh, il a
quand même de belles chaussettes rouges.
 »

 Vous vous tournez furieusement vers elle en fronçant
aussi méchamment que possible vos sourcils pointus.

 Vous poussez un soupir sonore et commentez à voix
haute à votre tour : « Quand on ne fait pas la différence
entre le théâtre et la télévision, on reste devant son poste !
 ».

 Vous fulminez en silence et de retour chez vous, vous lancez
une pétition sur Internet pour instaurer une chasse aux
vieux à l’arme blanche, tous les premier dimanches du mois.

B - Quel est l’objet culturel qui exige le plus de connaissances
pour être compris intégralement ?

 Un spectacle de Claude Régy.

 Matrix (Andy et Larry Wachowski, 1999)

 N’importe quel épisode des Simpson.

 Hors Satan (Bruno Dumont, 2011)

C - Une référence ne figure pas dans les clips « Telephone
 » et « Alessandro » de Lady Gaga, trouvez laquelle.

 Les Damnés de Luchino Visconti

 Les films Grindhouse, eux-mêmes ultra-référentiels,
de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez.

 Les défilés d’Alexander Mc Queen.

 Ezra Pound

 Shakespeare

 La vie de Lady Gaga elle-même.

D - Quel est pour vous le comble de l’art ?

 Un dessin planétaire au pastel où tous seraient invités
à colorier un petit bout.

 Le Roi lion (long métrage des studios Disney, 1994)

 Marlon Bradon dans Un dernier tango à Paris collant
son chewing-gum sous la rambarde du balcon et mourant
(Bernardo Bertollucci, 1972).

 Le jeu vidéo Shadow of the Colossus (version HD
en 2011)

 Pink Flamingos du réalisateur John Waters, sommet de la
provocation trash et magnifique symbole contre-culturel (1972).

 Le premier cri du nourrisson
à sa naissance.

 Le mineur de Novalis, dans
Henri d’Ofterdingen, mort au
sommet de sa jeunesse et de sa
beauté au fond de la mine et dont
le corps tombe en poudre quand
on le remonta à la surface (début
du XIXe siècle).

 Céline Dion chantant
« All by myself ».

E - Quand les promoteurs de
l’accessibilité de la culture
réclament que l’on se mette à la
hauteur des gens, cela veut dire :

 vers le haut.

 vers le bas.

F - Classez les objets suivants sur
une échelle d’accessibilité, et
justifiez-le en votre for intérieur :

 Saw 7 en 3D
(Kevin Greutert, 2010)

 Le poème « La terre vaine »
de Thomas Elliot (1922)

 Mulholland Drive
de David Lynch (2001)

 Une armure de samouraï
au musée du Quai Branly.

 Une Adoration des mages
de Tiepolo (1696-1770)

G- Vous tenterez de répondre
à l’ultime et fatidique question :
qu’est-ce que s’adresser à tous ?

Ce quizz n’a évidemment pas de
réponse, sauf en ce qui concerne
Lady Gaga, qui fera l’objet de
notre prochaine chronique. D’ici là,
vigilance et aristocratie du jugement !
Portez-vous au mieux, lecteurs avisés.
Et bonne année.

Portfolio

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