Accueil > Culture | Par King Martov | 1er mars 2004

Rap : islam et culture urbaine ?

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Le nom de Kery James ne vous dit sûrement rien. Il s’agit pourtant d’une des figures les plus charismatiques du rap français. Ancien membre d’Ideal J et de la Mafia K’1 Fry, autrement dit une des branches les plus dures du hip-hop hexagonal, il a décidé brutalement, suite au décés violent d’un de ses proches, de changer de vie. Converti à l’islam, il a sorti en 2001 un disque très remarqué, rompant radicalement avec son ancienne posture. Sans jamais tomber dans le prosélytisme, il faisait, à l’aune de son propre parcours, l’autocritique d’une génération en perdition, dont il blâmait le manque d’humilité et la faiblesse devant les épreuves de la vie.

Son nouveau projet prolonge cette logique, mais la pousse encore plus loin. Cet album n’est pas exclusivement le sien, puisqu’il a réussi à y associer de nombreux acteurs de la scène rap, du moins connu jusqu’aux stars telles que Diam’s. L’ensemble se présente comme une explication, une explicitation, des vertus humanistes de l’islam, à l’intention aussi bien des enfants de l’immigration que plus largement du public français.

L’ambition est de casser les amalgames qui sévissent dans les médias mais également dans la tête des jeunes « en bas des tours ». Dans ce but, les sujets d’actualité, comme le voile ou le conflit israélo-palestinien, ont été volontairement écartés. De même les bénéfices iront à une œuvre désirant ouvrir un centre culturel musulman, mais également à une association non-confessionnelle d’aide aux handicapés, basée à Gennevilliers. Si la présence de morceaux traditionnels signale le désir d’enraciner le propos, ce projet est bien de son époque, un produit de la culture urbaine, comme le démontre le dernier titre, comptant pas moins de 24 artistes intervenants sur le sample du mythique « The message », le premier titre historique du hip-hop conscient.

Le fond du discours, les textes, peuvent paraître d’une extrême simplicité, d’une moralité voire d’un moralisme que l’on a peu l’habitude d’entendre et qui devrait souvent laisser perplexes de nombreux militants laïques (l’ode à Maeriem, Marie, la mère de Jésus, ne pourra toucher qu’un croyant). Toutefois, cette appropriation citoyenne de l’islam, au sens de l’apprentissage d’un vivre-ensemble, d’un islam qui se veut autant respectueux que respecté, ne peut laisser indifférent dans le contexte actuel. La gauche et le mouvement ouvrier ont su faire une place aux catholiques soucieux de refuser les logiques d’oppression et ayant rompu avec le cléricalisme. Saura-t-elle entendre les nouvelles aspirations qui émergent d’une des grandes religions désormais présente dans notre pays ?

King Martov

Kery James & alii, Savoir Vivre ensemble (Naive)

Kery James, Si c’était à refaire (Warner)
Si tu roules avec la Mafia K’1 Fry , DVD, réalisation Philippe Roizes

Paru dans Regards n°3 mars 2004

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