Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 15 mars 2012

Rassembleur, mais jusqu’où ?

Mélenchon prend la main.

Quel sera le résultat
du candidat
du Front de
gauche ? Autour de 10 % ?
Plus ? Moins ? Le score final
dépendra aussi de la
fin de campagne. D’ores
et déjà, Jean-Luc Mélenchon
émerge comme une
des révélations de cette
élection et la gauche de
gauche a retrouvé de la
voix. Forces et faiblesses
d’une candidature.

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Sans conteste, le principal
atout de Jean-Luc Mélenchon
est d’être le candidat d’un espace
politique qui a de solides
racines en France. Le niveau
actuel des intentions de vote
(proche des 10 %) ne surprend
qu’au regard de l’histoire toute
récente marquée par l’effacement
du PCF, par la montée
de l’extrême gauche et par
l’éparpillement de la gauche
radicale. Pourtant dans l’histoire
politique française, ces forces –
qu’elles soient séparées ou rassemblées
– n’ont jamais pesé
moins de 10 % (Lire encadré).
Mais vouloir occuper un espace
politique, lui redonner du tonus,
ne suffit pas pour réussir. La
candidature de Jean-Luc Mélenchon
bénéficie d’un alignement
exceptionnel des astres
politiques : le PCF le soutient
au moment même où les figures
de l’extrême gauche passent la
main, alors que Chevènement
s’éclipse et qu’Eva Joly patine. Il s’impose alors que toute
la gauche critique est rincée
par ses éclatements passés et
mesure le péril qu’il y aurait à
persister dans cette voie. Une
candidature de rassemblement
être la seule voie pour redonner
du sens politique. Jean-Luc Mélenchon
a eu la prescience de
ramasser le drapeau rouge jonché
au sol. Mais l’ancien sénateur
n’a rien de Charlie Chaplin
dans les Temps modernes ; il n’a
aucune des naïvetés de ce prolétaire
à la démarche gauche. Il
a au contraire construit méthodiquement
sa campagne.

Séduction

Comme un valseur, il sait qu’il
faut trois temps pour être dans
le rythme. Premier temps,
séduire l’espace communiste.
Et il n’a pas lésiné. Il n’a pas
hésité à se rapprocher de
Marie-George Buffet toujours
traumatisée par son résultat
catastrophique à la présidentielle.
Accolades à répétition
et standing ovation pour la
première secrétaire sont les
gages pour conclure un pacte
qui conduira le PCF à le choisir,
lui, le socialiste républicain,
comme candidat à la présidentielle.
Ironie de l’histoire quand
on se souvient de l’hostilité du
parti à toute candidature non
estampillée PCF en 2007. Jean-
Luc Mélenchon ne manque
jamais de remercier à sa façon
ces communistes qui lui permettent
d’être là aujourd’hui.
Il le fait en homme qui n’aime
guère les communistes et les
connaît mal. Ses hommages
sont souvent surannés, parfois
déplacés, comme sa filiation
proclamée avec le Georges
Marchais de fin de partie qui irrite
et désole aujourd’hui encore
tant de communistes.

Le deuxième temps est celui de
l’effraction. Il sait que sa place
dans le débat de la présidentielle
ne lui est pas acquise.
L’espace politique se porte très
bien de l’éviction de la gauche
de gauche. Alors, Mélenchon
ajuste et cogne. Il proclame
dès son entrée en campagne :
« Je serai le bruit et la fureur, le
tumulte et le fracas.
 » Promesse
présomptueuse, promesse
réussie. Son style fait mouche,
ses formules passent le mur du silence médiatique. On parle
de cette candidature. Mais bien
vite il apparaît que Mélenchon
n’est pas un vulgaire populiste
au langage de charretier. Au
contraire, sa langue est riche, la
réflexion profonde, le discours
élevé. Il faut écouter les discours
de Mélenchon. Ce ne sont pas
que des effets de manches –
même s’il y en a - mais la perspective
est ample. Ses meetings
tournent à l’université populaire.
Le truculent personnage attire,
le public écoute.

Et voici le troisième temps de
la danse, celui où l’on emballe.
Jean-Luc Mélenchon déroule
un discours à la façon d’un
tribun ou d’un hussard de la
république. Il ose remettre de
la conflictualité politique. Sa
candidature est sans conteste
en décalage avec les bases
communes aux trois autres candidats,
celles d’une réduction
de la dette par la compression
des dépenses publiques. Il le
dit, le martèle, soutient les luttes
des travailleurs et des Grecs,
se moque des triples buses,
les agences de notation, en
appelle à la construction d’un
rapport des force politique et
au courage politique que n’ont
pas eu les socialistes au pouvoir
en Grèce, en Espagne, au
Portugal. Il fait rire, fait vibrer
son auditoire, lève un espoir.
Conflictualité encore, violente
cette fois, avec Marine Le Pen.
Les syndicalistes, les militants
de terrain se retrouvent dans
cette lutte sans concession
contre les idées qui divisent et
abîment ceux qui les partagent.
Tranchant du discours, personnalité
haute en couleur, qualité
du verbe : Mélenchon a les
atouts pour porter un message
politique qui ne se distingue
pas par sa nouveauté mais par
sa nécessité. Cela lui assure le
vote du socle de la gauche antilibérale.
Pas encore le soutien
de tout l’espace de la critique
sociale. À l’inverse d’un José
Bové ligoté par son entourage,
Jean-Luc Mélenchon a choisi
de s’exprimer à sa façon, selon
ses propres engagements, sans
trop de compromis. Il en tire le
bénéfice de la puissance de
conviction. Il efface le spectre
des couleurs présentes dans
cet univers qui n’est pas, loin
s’en faut, dominé par les idées
républicaines et socialistes.

Un score à deux chiffres ?

Difficile d’apprécier le potentiel électoral
d’une gauche de gauche. Si l’on
prenait pour seul repère le vote Marie-
George Buffet de 2007, on peut être à
peu près sûr que Jean-Luc Mélenchon
va crever le plafond. Mais l’espace à la
gauche du PS est bien plus large que
cela. Quand il a été représenté avant
tout par le vote communiste, il s’est
trouvé majoritaire à gauche jusqu’en
1978. Il a reculé depuis mais sans se
marginaliser à l’extrême. Si l’on prend
en considération la seule élection présidentielle,
le total du PCF et de l’extrême
gauche a été de 14,1 % en 1995, de
13,8 % en 2002 et de 9 % en 2007. En
2002, si l’on tient compte de ce qu’une
part non négligeable de l’électorat
« gauche de gauche » s’est portée sur
Chevènement, Mamère et Taubira,
le pourcentage dépasse peut-être les
20 %.

Un score Mélenchon à deux chiffres ?
Mélenchon « troisième homme » ? Sur le
papier, cela n’a rien d’absurde.

Roger Martelli

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