Accueil > Société | Reportage par Nicolas Kssis | 23 juillet 2012

Red Star, un autre club parisien est possible !

Un club mythique, plus que centenaire, qui évolue en Nationale (la
troisième division), un stade historique qui porte le nom d’un héros de
la résistance, des supporters qui chantent « étoile rouge »... Bienvenue
au stade Bauer, à Saint-Ouen, l’antre du Red Star FC 93, ou la banlieue
populaire du ballon rond tente de résister au Grand Paris
du foot business !

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Loin des ors de la L1 et d’un PSG
qui enflamme le mercato à coup
de pétrodollars en rêvant de
venir taquiner le Real Madrid ou
Manchester City en Champions
League, la saison de Nationale s’est
paisiblement conclue. Dans cette troisième
division un peu bâtarde, pas vraiment pro, dont
le profil des participants oscille entre cimetière
des éléphants (Rouen, Metz qui vient d’y descendre) et le réseau des sous-préfectures
(Quevilly, Fréjus-Saint Raphaël, etc), le Red
Star, l’un des trois représentants franciliens à
y figurer (avec Créteil et le Paris FC), occupe
une honnête onzième place.

Une heureuse surprise pour son président
Patrice Haddad. Ce monsieur venu de la pub
gère ce club atypique en caressant l’espoir
d’en refaire le second grand club parisien.
« On a eu un début difficile mais on a très bien
conclu notre parcours. Et l’objectif reste de
monter en L2 à l’horizon 2015
, prophétise-t-il.
Et nous avons été plutôt bien soutenus par la
Mairie pour les infrastructures, notamment le
passage au synthétique.
 »

C’est un peu finalement ce qu’avait résumé
la maire de Saint-Ouen, Jacqueline Rouillon,
pour saluer le retour en Nationale du club :
« Je sais que les Audoniens auront à coeur
d’encourager cette équipe qui leur est chère.
Au-delà de notre ville, le Red Star porte une
image positive de nos territoires, de notre
jeunesse, avec la promotion de valeurs
fondatrices de notre identité : solidarité,
respect, citoyenneté.
 » « C’est vrai que nous
attachons une vraie importance à l’éducation,
par exemple avec le projet le Red Star lab
 »,
prolonge Patrice Haddad, une initiative qui
ambitionne de faciliter l’accès à la culture
« grâce à des ateliers pédagogiques gratuits,
organisés lors des vacances scolaires, mariant
sport et culture, et encadrés par des artistes
reconnus et des éducateurs du club.
 » Le club
a également signé un étonnant partenariat avec
Sciences po, les étudiants s’investissant dans
des actions culturelles et artistiques, pendant
que le Red Star accompagne l’association
sportive de la noble institution parisienne.

Un club historique

De fait, ce club représente à lui seul un pan
entier de l’histoire du foot hexagonal. Fondé en
1897, il aura brillé entre les deux guerres, offert
un héros de la résistance (Rino Della Negra
de la FTP-MOI du groupe Manoukian, fusillé
le 21 février 1944 avec ses compagnons de l’Affiche rouge), plongé en seconde division
en 1955 pour « malversation » avant de quitter
définitivement l’élite en 1974. Mais même en
deuxième division, les rares spectateurs et
supporters (Partizans 93, Perry boys, etc.)
pouvaient encore contempler le grand Safet
Sušić y clôturer sa carrière parisienne en 1992,
le temps d’une petite aventure en coupe de
France, ou voir le 9 septembre 1994 le Red
Star battre l’ OM, le tout entre fumigènes et
bagarres. Des supporters plutôt nombreux
au regard de l’envergure sportive du club,
comme par exemple le journaliste Claude
Askolovitch qui twittait fébrilement lors de la
rencontre au Stade de France contre Marseille
en janvier dernier.

« C’est bien plus tard, m’étant plongé dans
l’histoire du Red Star
, raconte ainsi Didier
Braun – mémoire vivante du journal L’équipe
dans son son dernier livre L’armoire à maillot,
que je découvris que ce club à l’étoile rouge,
ainsi nommé par pure anglophilie par son
fondateur Jules Rimet – qui n’avait rien d’un
bolchevik – avait connu la célébrité avec un
maillot à larges rayures marines et blanches,
avant d’adopter le vert de l’Olympique, lorsque
les deux grands rivaux du football parisien des
années 1920 avaient uni leurs destinées.
 »
Signalons néanmoins que Jules Rimet, pour
l’époque une sorte de « catho de gauche »
(l’inverse de Coubertin), était un ancien du
Sillon, qu’il inventa la coupe du monde de football, et refusa de cautionner la politique,
certes très anti-foot de Vichy. Ce fut en quittant
la capitale et ses beaux quartiers au début
du xxe siècle et en s’installant au coeur de la
cité laborieuse de Saint-Ouen, à deux pas des
puces, que le club va changer de destin et
d’image. Pierre Laporte, son historien officieux,
membre de l’Amicale des anciens joueurs, en
détaille les étapes. « Le stade Bauer a été
construit sur des anciens jardins ouvriers en
1909 quand le club est venu y jouer. On y
accueillera même les premières rencontres
de l’ancêtre de l’équipe de France avant la
guerre de 1914. Longtemps, il s’appellera
simplement Stade de Paris ou Municipal. Son
actuel patronyme, il le doit au changement, à la
libération, du nom de la rue où il est domicilié
en hommage à un résistant fusillé, et surtout à
l’habitude prise par Le Parisien de le nommer
ainsi. Comment oublier qu’en 1964, le Red
Star, premier en D2, reçoit le Stade de Reims.
La rencontre se déroule devant 22 000 entrées
payantes quand la veille le Racing de Paris
matchait l’OM au Parc des Princes devant à
peine 2 200 spectateurs.
 »

Du foot populaire

Ce riche passé constitue le principal facteur
explicatif de la séduction qu’opère encore
cette modeste équipe auprès de ses
jeunes supporters. Ces derniers s’avèrent
particulièrement attachés au très vétuste Stade
Bauer. En effet, un projet dans le quartier des
docks existe dans les cartons de la mairie.
« C’est Bauer à domicile, point. C’est l’âme
du club et de ses supporters, on n’est pas
Créteil.
 » Charlie des Perry Boys, un des plus
vieux groupes ultra du club, avec ses aires
de vieux skin sorti d’un roman de John King,
évoque l’enjeu comme les gars de Tottenham
qui refusent de quitter White Hart Lane. Son
groupe de ska et reggae, le bien nommé 8°6
Crew a mis sur sa dernière pochette une photo
du lieu du crime. Au-delà de l’affectif, tous
veulent souligner cette singularité qui ne soufre
aucune concession à l’air du temps. Vincent
Chutet-Mézence, président du collectif des
Amis du Red Star, une association née en 2001
au moment du dépôt du bilan et de la plongée
dans l’enfer de la division d’honneur, en parle
avec émotion : « Moi, j’ai commencé à venir
au Red Star avec mon grand-père. Quand je
suis revenu, j’ai adoré Bauer, l’ambiance, ce
côté stade à l’anglaise, au coeur de la ville.
 » Le
collectif gère un petit local dans le stade où il
agrège les vieux fidèles, les anciens joueurs qui
continuent de venir par amitié, les responsables
des diverses sections de jeunes et la
génération des gradins en Fred Perry, samba
et tee-shirt Sankt-Pauli. « Ce que j’apprécie,
c’est le côté football populaire, à l’ancienne,

se confie Mathieu, supporter du Red Star. Rien
que le prix des places, 2,50 euros en tarif
étudiant, c’est appréciable… C’est combien au
Parc des Princes ? Ici, on peut boire sa bière
pépère sans 10 000 caméras de surveillance,
mater un match tranquillement avec un niveau
footballistique pas dégueu.
 »

Certains anciens ultras du PSG, déroutés
par les évolutions récentes, ont même osé le
transfert. «  Avant j’allais au Parc des Princes,
raconte Julien, mais je n’y suis jamais retourné
depuis l’instauration du plan Leproux. J’ai
déménagé à Saint-Ouen et comme j’étais à
côté du stade, je suis allé à pas mal de matchs
en CFA. Dans les gradins, il y a de tout. Des
personnes que je peux voir en manif, des skins,
des vieux qui ont connu la D1, des gamins de
Saint-Ouen qui reprennent les chants du Kop.
Ce n’est pas une enceinte de 40 000 places
avec 20 000 ultras, mais dans ce stade, tu
sens que ta présence peut vraiment changer
un truc.
 » Tout l’enjeu sera d’arriver à conserver
cette alchimie face aux dures réalités et
exigences du foot pro.

Portfolio

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