Accueil > N° 41-42 - juillet/août 2007 | Par Sandrine Issartel | 2 juillet 2007

Relogés définitivement... d’ici six mois.

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//Voilà trois ans qu’un différend oppose la mairie de Poissy dans les Yvelines aux habitants de La Coudraie. En cause : la démolition prochaine des immeubles de ce quartier populaire. Jeudi 28 juin, l’association des habitants de La Coudraie a obtenu quelques promesses lors d’une réunion à la préfecture de Versailles.//

Trois grandes tentes blanches au pieds des immeubles aux volets clos des barres de la Coudraie. Trente huit familles y vivent depuis le 27 mai dernier, bien déterminées à rester dans leur quartier. C’est la cas de Yamina, dont le fils diabétique peine à suivre son traitement au vue des conditions d’hygiène défavorables dans ce logement de fortune. "Je resterai jusqu’au bout", proclame-t-elle malgré tout. L’affaire a commencé il y a trois ans lorsque le maire UMP de Poissy, qui, soit dit en passant a fait les frais d’une condamnation judiciaire pour "corruption passive", annonce sans ménagement aux habitants de ce quartier populaire la démolition de tous les immeubles au nom du Plan de Rénovation Urbaine initié par Jean-Louis Borloo. Et par "rénovation urbaine", entendez "démolition". En l’occurrence ce sont 608 logements sociaux qui sont destinés à être détruits à la Coudraie, alors que la ville de Poissy compte actuellement plus de 1300 demandes de logement social insatisfaites. A la place des immeubles est prévue la construction d’un hôpital, qui aurait du initialement voir le jour sur le terrain d’en face. "C’est du chantage, s’insurge Danièle, militante de la Lige des Droits de l’Homme, on ne peut pas contester la construction d’un établissement d’utilité publique !". C’est le troisième projet de reconstruction exposés aux habitants en trois ans, on peut effectivement mettre en doute les motivations philanthropiques de l’initiative.

Quoi qu’il en soit la mairie de Poissy mène la vie dure aux plus récalcitrants, de concert avec le bailleur des immeubles, France Habitation. Depuis trois ans, tout est fait pour que les riverains quittent d’eux-mêmes leurs logements. En 2001, la Coudraie comptait déjà 30% de logements vacants. Petit à petit, les commerces et les cabinets médicaux ont mis la clef sous la porte, les familles ayant contracté des dettes de logement ont été expulsées, et, la mairie a annoncé récemment la fermeture de l’école Robert-Fournier, qui compte 63 enfants, à la rentrée prochaine. Un processus que les 129 familles concernées qualifient d’"épuration sociale". La plupart sont parties d’elles-mêmes ou ont été relogées dans des quartiers encore plus dégradés et voués au même sort que la Coudraie à court terme. Restent ces 38 familles qui résistent et préfèrent encore camper devant "chez eux" plutôt que d’accepter un relogement provisoire dans un hôtel. Soutenue par l’association Droit au Logement (DAL), elles réclament la réquisition et la réhabilitation des logements inoccupés, ce que France Habitation ne voit pas d’un très bon oeil. Ainsi, le 6 juin dernier, elles étaient assignées au Tribunal de Grande Instance par le bailleur en vue de leur expulsion. Mais le procès, renvoyé au 13 juin, a finalement donné raison aux "campeurs".

Dernière avancée en date, la tenue de deux réunions en deux jours, les 28 et 29 juin, entre les associations d’habitants et la préfecture et sous-préfecture - épisode inédit en trois ans d’opacité et d’absence totale de communication - en vue de l’élaboration d’un protocole d’accord pour mettre fin au conflit. De leur côté, les habitants de la Coudraie réclament l’ouverture des logements vacants pour les familles sans-logis, l’arrêt du processus de démolition totale au profit d’une réhabilitation du quartier, et le maintien de l’école à la rentrée. Et l’on peut dire qu’ils ont été entendus sur certains points. Certes, les représentants de l’Etat s’opposent encore fermement à la réouverture des logements. "Pourquoi ne réhabilite-on pas ces tours au lieu de les détruire ?", s’interroge Jean-Baptiste Eyraud, président du DAL. "L’Etat ne veut pas créer d’antécédents sur la question de la réquisition des habitats vides," suppose-t-il. Toutefois la promesse de réétudier tous les projets de rénovation a été faite. Rollon Mouchel-Blaisot, le sous-préfet s’est même montré ouvert à la prise en compte de scénarios alternatifs. Pourquoi pas la construction d’un hôpital, mais à laquelle on intégrerait une centaine de logement ? "Ils entrouvrent la porte à des projets alternatifs. C’est plus positif que de dire comme l’a fait le maire en 2003 : "On va raser la cité"", reconnaît Jean-Baptiste Eyraud. Par ailleurs, Christian de Lavernée, le préfet des Yvelines, s’est engagé à proposer une offre de logement définitifs dans les six mois aux sans-logis, et l’école de la Coudraie ouvrira ses portes à la rentrée, avec les mêmes moyens humains et financiers qu’auparavant. "Nous nous félicitons de l’esprit d’ouverture des représentants de l’Etat et des différents partenaires", se réjouit Mohamed Bouznada, le président du collectif des habitants de la Coudraie. "Comme quoi, la lutte paye", se félicite de son côté Mohamed Ragoubi, porte-parole du collectif, "mais nous devons rester vigilants." Et si tous sont d’accord pour reconnaître les avancées dans les négociations, une inquiétude persiste : que va-t-il advenir des 38 familles sans-logis pendant les 6 prochains mois ?

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