Accueil > Culture | Par Guillaume Chérel | 1er septembre 2007

Rentrée littéraire : des vertes et des pas mûres

727 romans cet automne. Mais la cuvée est assez fade. Pour vous guider, quelques jalons dans cette déferlante, des nouveautés anarcho-libertaires aux surprises bien huilées, en passant par les nombrilistes de talent. Focus sur L’aube le soir ou la nuit, de Yasmina Reza, le portrait d’un homme : devinez qui : parti à la conquête du pouvoir...

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Record battu : 727 romans paraissent en septembre, dont 493 français. Une déferlante que plusieurs grandes maisons d’édition ont tenté d’endiguer en réduisant leur production. Grasset ne publie ainsi que neuf romans, contre quinze l’an dernier. Le Seuil passe de douze à neuf ; Actes Sud de dix-sept à treize ; Denoël, six au lieu de dix... Seuls Fayard, avec pas moins de vingt et un titres (contre seize) et Gallimard (grand gagnant l’an dernier avec le Goncourt décerné aux Bienveillantes, de Jonathan Littell), qui publie dix-neuf titres au lieu de dix-sept, accroissent leur office. Bonne nouvelle : Christine Angot ne publie pas de livre... Plutôt mauvaise : Houellebecq non plus...

« BUZZ »

Quoi qu’il arrive, même si cette cuvée 2007 semble plus fade (pas d’effet « Littell-Angot-Houellebecq » cette année), ne serait-ce que grâce aux 234 « étrangers » (passé le filtre sélectif de la traduction, ne l’oublions pas), il y a d’excellents livres. Deux sortes de « buzz » (rumeur), pour parler « chébran », ont évoqué une dizaine de livres phares, dès le mois de juillet. Tout d’abord, au registre « pipol-médiatique », deux textes écrits par des femmes se distinguaient : L’aube le soir ou la nuit , de Yasmina Reza, sur Sarkozy (Flammarion, voir article p. 46), et l’autre de Mazarine Pingeot, Le cimetière des poupées , (Julliard) qui fit un mini-scandale cet été pour une phrase évoquant (vaguement) le fait divers des bébés congelés, alors que c’est sans doute le meilleur roman de la fille de qui vous savez... Autre (mini-)événement, la publication en octobre de La Nuit sexuelle (Flammarion) de Pascal Quignard, honoré d’un autodafé en règle avant l’ouverture du Banquet du livre, début août, dans l’abbaye de Lagrasse (Aude).

Enfin, le « buzz » littéraire (pour reprendre le titre d’un site internet de promotion lis-tes-ratures « djeune ») insistait sur quatre ou cinq auteurs masculins. Toujours, dans le registre mode-tendance « name-droping » (citer des noms célèbres) : Fin de l’histoire (Verticales), de François Bégaudeau, autour du personnage de Florence Aubenas, la journaliste de Libération kidnappée en Irak ; Technosmose (Gallimard), de Mathieu Terence ; A l’abri de rien (éd. de l’Olivier), d’Olivier Adam ; Recouvrance (Flammarion), de Frédéric-Yves Jeannet ; et Cendrillon (Stock), de Eric Reinhardt (qui s’autocite allègrement). Dans le genre égocentrique, la palme du ridicule revient à David Foenkinos (le nouvel Alexandre Jardin, en somme, dans le style « vieux-jeune ») qui ose publier : Qui se souvient de David Foenkinos ? (Gallimard). Alors que ça se veut drôle et décapant, c’est lourdement misogyne. Ou quand le nivellement par le bas touche le fond... Pathétique.

BACK IN THE MOIS DE JUIN...

Avant d’aller plus loin, un petit retour en arrière s’impose. Frédéric Beigbeder avait devancé l’appel en publiant, avant l’été, Au secours, pardon (Grasset), que nous avons lu... et plutôt aimé. N’en déplaise aux détracteurs du créateur nombriliste d’Octave, le héros cynique de 99 francs. Devenu « talent scout » (chasseur de mannequins), à Moscou « avidadollarisé », l’ancien publicitaire plonge, avec ravissement puis avec horreur, dans un monde ultralibéral dont le but est simple : que trois milliards de femmes aient envie de ressembler à la même... N’oublions pas, non plus, le récit poignant de Suzanne Bernard, Le Passage (Le Temps des Cerises) où elle évoque sa lutte contre la « grande faucheuse », d’hôpital en hôpital... On est avec toi, Suzanne ! Enfin, Arto Paasilinna, l’auteur du célèbre Lièvre de Vatanen , nous a régalé, une fois encore, avec son nouveau roman iconoclaste : Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen (Denoël).

« DÉJÀ CONNUS » INCONTOURNABLES...

Amélie Nothomb publie son « best-seller » annuel, Ni d’Eve ni d’Adam (Albin Michel). Patrick Besson cherche l’inspiration dans une histoire de famille Belle sœur (Fayard, une maison en baisse de qualité qui publie le nullissime Thibault de Montaigu : Un jeune homme triste... On comprend pourquoi). Alain Fleisher continue de raconter sa jeunesse dans Quelques obscurcissements (Seuil, qui, elle, reprend du poil de la bête). Lydie Salvayre poursuit son œuvre aux titres « intello-psyshow » (Seuil) : Portrait de l’écrivain en animal domestique . Philippe Claudel s’intéresse aux laissés pour compte dans Le Rapport de Brodeck (Stock). Charles Dantzig évoque l’art de l’imposture, Je m’appelle François (Grasset). Vassilis Alexakis s’attaque à la religion, Ap. J.-C. (Stock). Et Magyd Cherfi, ex-parolier du groupe Zebda, publie son deuxième livre, La Trempe , chez Actes Sud.

NOUVELLE GÉNÉRATION ENGAGÉE...

Dans la famille anarcho-libertaire, je demande la fille... Lola Lafon, De ça je me console » (Flammarion, voir sélection). Je demande le fils, Camille de Toledo, Vie et mort d’un terroriste américain (Verticales, very dynamique !) ; le grand frère, Pierre d’Ovidio, Les Enfants de Van Gogh (Phébus), ou la génération « Mai-68 », vue par un « gauchiste » sentimental.

PREMIERS ROMANS PROMETTEURS...
Tourville (Diable Vauvert, dans le coup : lire aussi 10 000 litres d’horreur pure, du Belge Thomas Gunzig), de Alex D. Jestaire (voir sélection) ; Héroïque (Stock), de Iris Wong (pas tout compris mais bon, à suivre...). Il y en a d’autres, des « premiers », mais pas tout reçu ni pu tout lire (comment faisait Pivot ! ?).

CRITIQUE DES CRITIQUES ET AUTRES COMPÈRES

Outre Artefact , du déjanté Maurice G. Dantec (Albin Michel), plus lisible, Pierre Bordage propose Porteurs d’âmes (Diable Vauvert, again !) et la Canadienne Karen Connelly, La Cage aux lézards (Buchet-Chastel), sur le même thème (le milieu carcéral) que le roman déjà cité de Mathieu Terence (Technosmose). Et le critique des critiques, Jean-Philippe Domecq, déçoit avec Cette rue (Fayard), où « l’intime sensation des corps » est censée rejoindre « l’infini cosmique »... Pffff, on devrait décerner le prix Pinocchio de la préface... ce serait « jubilatoire », forcément jubilatoire, comme dirait Marguerite Duraille.

NOS CHOUCHOUS
Zoli (Belfond), de l’Irlandais Colum McCann (voir sélection) ; Le Nid du serpent (Albin Michel), du Cubain Pedro Juan Gutierrez ; Les bisons du cœur-brisé , de l’Américain Dan O’Brien (Diable Vauvert) ; Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous (Rivages), de l’Américaine Laurie Lynn Drummond ; Les normales saisonnières (Héloïse d’Ormesson), de Pierre Pelot ; Signe particulier endurance (Castor Astral), de Patrice Delbourg ; L’Ile aux sarcasmes (Flammarion), de Pierre Drachline ; Maquillages (Rivages), d’Eric Halphen, et pour finir, l’étonnant roman de Christophe Ono-Dit-Biot, qui nous surprend agréablement avec Birmane (Plon), roman d’amour romantico-politique sur les traces de la femme-tigre...

G.C.

Paru dans Regards n°43, sept 07

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