Accueil > N° 57 - décembre 2008 | Par Gülay Erdogan | 20 décembre 2008

Rue de la Banque : un anniversaire glacé

Depuis le dimanche 14 décembre dernier, le DAL et les sans logis retournent sur le trottoir de la rue de la Banque pour exiger ce que le gouvernement leur avait promis à la fin de l’année 2007, c’est-à-dire un toit pour 374 familles.

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Il y a un an, des dizaines de familles décident d’occuper la rue de la Banque, à Paris, pour dénoncer leurs conditions de logement et demander aux autorités un relogement immédiat. Un an après rebelote. Même si de nombreuses familles ont été relogées, elles ne représentent qu’un tiers des demandeurs inscrits au près du DAL (Droit au logement). En effet, sur 374 familles sans logis qui avaient occupé la rue de la Banque il y a un an, 70 familles avaient été relogées par les autorités, en échange du démontage du campement. 71 autres été relogées grâce aux aides de plusieurs associations. Il reste donc, un an après la première occupation de la rue de la Banque, 233 familles sans logement.

Une mère de famille qui a obtenu un relogement par l’Etat, est revenue rue de la Banque pour soutenir ses amis toujours en lutte : « l’année dernière, nous avons tous luttés ensemble et nous avons quitté notre campement en pensant tous être relogés. Malheureusement nous sommes loin du compte. Mes cinq filles, mon mari et moi, nous avons passés plus de six ans de notre vie dans une pièce de 18m². Nous sommes enfin installés dans un logement décent, de plus dans un quartier chic de Paris, juste derrière Beaubourg. Mes filles vont maintenant grandir normalement. »

Pour Malika, c’est tout le contraire. Elle fait partie de ces 233 personnes qui vit toujours dans des conditions catastrophiques : « j’ai préféré venir avec mes enfants ici à la rue de la banque que rester à l’hôtel. Car la rue de la banque est plus propre et salubre que l’hôtel où nous restons. Nos enfants attrapent des maladies car les sanitaires sont souvent collectifs et très mal entretenus. Les loyers sont exorbitants. Avec mes deux enfants, nous vivions dans des hôtels depuis 7 ans. Et depuis tout ce temps j’ai fait des demandes de logements partout et rien. Mes enfants ont besoin d’aller à l’école, de se construire comme tous les autres. En une année, ils ont été dans trois écoles différentes car nous étions obligés de changer d’hôtels.. Il arrive aussi comme maintenant qu’ils n’aillent pas à l’école parce que nous n’avons nulle part où aller. C’est très difficile de vivre comme ça... » Marwan, fils de Malika est en primaire : « ma dernière école était à Montreuil. Ça fait, je crois, un mois que je ne suis pas allé à l’école. Ça me manque, mais je travaille parfois le soir avec mon frère et ma mère. Ici il y a beaucoup d’enfants comme moi » , observe Marwan.

Une autre mère est là pour revendiquer un logement décent pour ses enfants qui sont étudiants. « J’ai quatre enfants avec qui je vis dans une pièce de 21m². Mes enfants continuent leurs études malgré la dureté de la réalité. Le gouvernement nous dit de bien éduquer nos enfants pour qu’ils ne deviennent pas des délinquant. Mais est-ce qu’il nous donne les moyens de les éduquer correctement ? Non. Comment un enfant peut travailler dans une pièce de 21 m², qui est son salon, sa chambre qu’il doit partager avec 4 autres personnes pour qui c’est la même chose ? On nous a attribué cet été un logement à Oberkampf. On m’avait même donné l’adresse de l’immeuble. L’administration a dit je n’avais plus qu’attendre la convocation pour aller visiter l’appartement. Un mois, deux mois après, toujours rien. Quand je suis repartie les voir, on m’a dit que l’appartement n’était pas disponible, et qu’il fallait que j’attende qu’on me rappelle. Mais cela fait 9 ans que j’attends. Parfois je passe devant cet immeuble à Oberkampf et je me demande à quel étage nous nous serions installés, au premier, deuxième, troisième... J’essaie de faire de mon mieux pour que mes enfants ne tombent pas dans la rue, continuent leurs études et qu’ils ne dépendent de personne plus tard » , confie :t-elle.

Le DAL qui a été condamné à une amende de 12000 euros pour avoir déposé sur la voie publique des couvertures et des tentes lors du campement fin 2007 est loin d’avoir dit son dernier mot. Cette nouvelle occupation a pour but de débloquer la situation de ces familles. Le DAL demande ainsi « le relogement urgent des 241 familles de la rue de la Banque, et de tous les demandeurs DALO ayant reçu un avis favorable de la commission de médiation » , le retrait du projet de loi Boutin et notamment son article 24 qui régionalise en Ile-de-France les propositions de relogement pour les ménages bénéficiaires du DALO (1). Enfin, le DAL demande l’abandon de toutes les poursuites engagées contre des associations et des sans abris (2). Un appel a été lancé pour une mobilisation le samedi 20 décembre 2008 à partir de 11 heures, au 24 rue de la banque Paris 2è (M° Bourse). Gülay Erdogan

 [1] [2]

Notes

[11. Si cet article est adopté, les Préfet de Paris et des Hauts de Seine pourront renvoyer leurs mal-logés vers d’autre départements, où la crise du logement sévit aussi gravement.

[22. Une pétition de soutien au DAL a été lancée suite à sa condamnation : http://www.daldax.org/petitions/index.php?petition=2&signe=oui

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