Accueil > Migrations | Par Sabrina Kassa | 1er septembre 2008

Samba Sylla : « Au Mali, le système bancaire n’existe pas »

Peut-on impliquer les migrants dans des projets de développement via les transferts d’argent ? Entretien avec Samba Sylla.

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Les banques multiplient les offres commerciales pour les migrants, les agences de transfert d’argent se multiplient... Pourquoi cet intérêt pour l’argent des migrants ?

Samba Sylla. Compte tenu de notre histoire ici et là-bas, c’est normal... Et ce n’est pas si mal ! D’habitude on focalise sur la clandestinité, la polygamie, la délinquance, les différences culturelles... alors ce n’est pas une mauvaise nouvelle si aujourd’hui on parle de ce que les migrants font en réalité. Le transfert de fonds vers le Mali ne date pas d’hier. Grâce aux 4millions de Maliens qui vivent à l’étranger, surtout dans d’autres pays africains, aux Etats-Unis, en Chine, en Europe... dont « seulement » 100000 en France, près de 12millions d’euros sont envoyés chaque année. Ces transferts se font principalement via les sociétés comme Western Union, qui coûtent cher et ne sont facilement accessibles qu’aux habitants des villes. Alors que les projets des migrants concernent leurs villages. Nous, par exemple, nous transférons notre argent via « des valises ». Nous avons le droit à 5000 euros, sans être taxés. Mais, bien sûr, nous devons les déclarer en douane.

Est-ce que ce ne serait pas plus pratique de passer par une banque ?

S.S. Pour l’instant, ce n’est pas possible, aucune banque ne veut nous prêter de l’argent pour des projets là-bas. Et les taux sont très élevés. Si les banques reconnaissaient le statut de migrant ça pourrait changer, mais ce n’est toujours pas le cas.

En s’inspirant de ce que fait l’Etat mexicain avec l’argent envoyé par les associations de migrants, l’Agence française de développement et la coopération décentralisée ont pour projet d’apporter 5euros pour un euro investi par les migrants africains. Qu’en pensez-vous ?

S.S. L’Agence française de développement essaie depuis plusieurs années de créer un système pour soutenir les migrants qui cotisent ici pour investir là-bas, mais ça ne marche pas parce qu’elle n’arrive pas à établir un partenariat avec une banque locale pour débloquer l’argent sur place. Le problème c’est qu’au Mali, le système bancaire n’existe pas. L’autre problème, c’est que l’Agence française de développement ne s’intéresse pas aux petits projets. Quand on va les voir pour 100000 euros, c’est un refus sec. Pour être pris au sérieux, il faut leur proposer des projets d’un montant minimum de 500000 euros ! C’est un peu énervant après de les entendre parler de leur volonté d’encadrer l’argent des migrants...

Les politiques du ministère de Brice Hortefeux vont-elles changer la donne ?

S.S. C’est de la politique, pas du développement. Il y a des associations, des villages organisés... Mais au jour d’aujourd’hui, il n’y a aucun accompagnement, ni encadrement, seulement de la propagande. Le système bancaire, c’est une coquille vide. Toute cette communication ne sert qu’à faire croire aux gens que l’on s’occupe des migrants et que s’ils restent ici, c’est vraiment parce qu’ils s’entêtent ! Alors que personne ne les aide. Les seuls qui arrivent à concrétiser leurs projets sont ceux qui ont créé leur propre cagnotte. Seul Delanoë, depuis 2006, apporte un véritable soutien en finançant, à hauteur de 50%, les projets d’une valeur de 3000 à 15000 euros. Finalement ! Cela ne fait que 50ans que les migrants du fleuve Sénégal s’organisent pour le développement de leur village d’origine.

Et puis, il y a Western Union...

S.S. Western Union, c’est pratique pour les gens isolés et citadins. Je ne crache pas dessus. Dans la commune malienne de Kayes, ils ont quand même permis un certain désenclavement en installant des telecash, une sorte de poste de retrait. Mais personnellement je ne suis jamais passé par Western Union car c’est trop cher. C’est même du racket !

Propos recueillis par S.K.

Paru dans Regards n°54, septembre 2008

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