Accueil > Société | Par Jean-Baptiste Ferrière | 26 juin 2008

Sanctionné pour « sa liberté pédagogique »

Un instituteur et maître-formateur parisien, militant au sein de RESF, a été sanctionné par l’Inspecteur d’Académie pour « manquement au principe déontologique et à la nécessaire neutralité de l’enseignant » . Ce dernier lui a supprimé sa mission de maître-formateur et signifié sa mutation d’office vers une autre circonscription.

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Convoqué hier au rectorat de Paris, Dominique Piveteaud, maître-formateur depuis 1996, enseignant depuis 2001 en CP à l’école élémentaire d’application Cavé (ZEP, groupe 5) à la Goutte d’Or dans le 18e arrondissement de Paris, vient de se voir signifier par l’Inspecteur d’Académie qu’il ne serait plus autorisé à exercer sa fonction de maître-formateur dès la rentrée prochaine, la conséquence de cela étant l’obligation pour lui d’aller exercer dans une autre école sur un poste ordinaire.

Retour en arrière. Le 14 avril dernier, l’instituteur est inspecté. Problème : l’inspecteur constate la présence parmi les lectures proposées aux élèves d’un article de Charlie Hebdo. Un reportage sur les enfants sans-papiers scolarisés dans cet établissement. Dans son rapport, l’inspecteur considère qu’il s’agit là d’un « manquement au principe déontologique et à la nécessaire neutralité de l’enseignant ». « On reproche à Dominique Piveteaud d’avoir une certaine liberté pédagogique et de ne pas entrer dans la norme fixée par l’éducation nationale », affirme Nicolas Wallet, secrétaire départemental du SNUipp-FSU.

Militer et enseigner

Une délégation intersyndicale SNUipp-FSU, FO et Sud a été reçue ce jeudi au rectorat de Paris. Résultat : l’Inspecteur d’Académie n’a pas joué son rôle de conciliateur. Il est resté campé sur ses positions, prétend aller jusqu’au bout de sa démarche et refuse de négocier. « Ce n’est pas un problème politique, a-t-il déclaré, c’est un problème avec l’institution ». Pour les syndicats cette double sanction est inadmissible car à la fois non fondée et illégale : « Elle vise à faire un exemple de remise au pas, pour que chaque enseignant sache qu’il n’a d’autre liberté que d’obéir servilement aux instructions ministérielles et académiques ».

Se pose alors une question : peut-on à la fois enseigner et militer ? Pas si sûr. Pour Nicolas Wallet, « il y a une volonté très forte de la hiérarchie de l’Education nationale de faire taire les voix discordantes ». Et Clarisse Blanchaud, institutrice et maître-formateur dans le même établissement, d’ajouter : « C’est une décision arbitraire et autoritaire. Dominique Piveteaud n’ a commis aucune faute professionnelle. C’est son engagement global qui lui fait ici défaut, notamment celui au côté des familles sans-papiers de l’école. Quel paradoxe ! ».

Entretiens audio :

Pour écouter l’interview de Nicolas Wallet, secrétaire départemental du SNUipp-FSU , cliquer sur

MP3 - 8.5 Mo

Pour écouter l’interview de Clarisse Blanchaud, institutrice et maître-formateur , cliquer sur

MP3 - 3.7 Mo

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