Accueil > Monde | Reportage par Christelle Gérand | 13 novembre 2012

Seul en piste, Occupy aide les victimes de l’ouragan Sandy

Plus d’une semaine après l’ouragan, des milliers de New-Yorkais sont encore privés d’électricité, de nourriture, voire même de maison. Gouvernement et associations traditionnelles sont aux abonnés absents.

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S’il existait une médaille de l’organisation humanitaire la plus efficace, elle aurait été décernée au mouvement Occupy cette année. Dès le lendemain de l’ouragan qui a détruit des quartiers entiers, ils organisaient des dons en ligne et distribuaient à manger aux sinistrés coupés du monde. « A l’époque du campement à Zuccotti Park, on communiquait nos besoins sur les réseaux sociaux et on gérait énormément de donations. Ça a été un entrainement incroyable ! » explique Pablo, qui coordonne les volontaires ce mardi.

L’église Jacobi, située dans un quartier hispano-chinois du Sud-Brooklyn, est devenue le lieu où se rendre pour toute personne désirant aider. Pas de panneau Occupy, mais les principes phares du mouvement sont à l’œuvre. Avant de donner quelques consignes de sécurité aux nouveaux venus, Yael les informe au pied de l’autel : « On est tous égaux ici. Si vous voulez prendre des responsabilités au sein du mouvement, vous êtes les bienvenus. On manque de coordinateurs pour gérer les volontaires et de personnes pour répondre aux appels des sinistrés et faire part de leurs besoins sur les réseaux sociaux. La seule chose qu’on demande, c’est de s’investir sur la durée. Vu les dégâts, ce n’est vraiment pas l’affaire d’une semaine ! »

Sur le terrain, les sinistrés n’ont encore aperçu ni camion estampillé Croix Rouge ni badge de la FEMA, l’agence fédérale de gestion des urgences. Dimanche dernier, après qu’Occupy a su fédérer plus de 2000 volontaires, le directeur de l’Office of emergency communication (OEC), l’agence gouvernementale de communication des besoins des victimes de catastrophes, a fait son apparition à l’église Jacobi. Il a proposé un partenariat aux 99%, une façon de reconnaître que le réseau de solidarité 2.0 a dépassé celui des institutions traditionnelles.

Le fonctionnement made in Occupy est simple, efficace. Dans un premier temps, ils ont lancé des appels pour trouver des prêtres ou des commerçants voulant bien leur céder leur espace dans les îles et presqu’îles dévastées, toujours coupées du monde et sans électricité. Ces dizaines d’églises, de magasins et de parkings servent de points relais : ils communiquent les besoins des populations en temps réel. Ce matin, un volontaire d’un magasin de surf situé à l’entrée de la presqu’île de Rockaways appelle la hotline d’Occupy Sandy : « Il nous faudrait des produits détergents, des sacs poubelles et des produits pour bébé. »

Elizabeth vient de se garer en double file devant l’église Jacobi. « Vous voulez bien aller aux Rockaways ? » lui demande Pablo. A peine a-t-elle acquiescé que plusieurs personnes lui remplissent le coffre d’eau de Javel et de gants de chantier. Elle partira avec quatre volontaires dans sa voiture, coincés entre des dizaines de sacs poubelles, de couches et de petits pots. Les ports de New York sont encore bloqués, l’essence est rationnée dans les stations service qui en disposent. Elizabeth est venue de l’Etat voisin du Massachusetts pour faire profiter les sinistrés de son réservoir plein. Il faut charger la petite voiture au maximum.

Même sans GPS, Elizabeth, Andrew, Hue et Jessie n’auraient pas eu de mal à trouver le chemin pour les Rockaways. Aux abords de la presqu’île, plus de feux tricolores, et les uniques véhicules croisés sur la route sont des camions de l’armée qui déblayent les routes. A l’entrée des Rockaways, les parkings sont devenus des décharges à ciel ouvert. Devant chaque maison ou presque, des tas de meubles, de matelas, de sacs poubelle. Les éboueurs ont beau passer chaque jour, les habitants n’en finissent pas de jeter toute leur vie.

Au club de surf où des dizaines d’habitants font la queue pour obtenir de quoi survivre, l’équipée conduite par Elizabeth se voit confier la mission d’aller tout au bout de la presqu’île, et de proposer aux habitants ce qu’ils ont dans leur coffre. Ils décident de se garer au moment où ils aperçoivent par les vitres de sa cuisine une femme portant un bébé dans ses bras. Elizabeth brandit un paquet de couches et des petits pots en s’avançant vers la maison. « On a des affaires pour les bébés, vous en avez besoin ? ». Une voix retentit à l’étage du dessus. « Ne sors pas, ils se comportent comme des sauvages ! ». Certains habitants ont encore peur des pilleurs, qui ont profité de l’absence de lumière et d’alarmes pour dévaliser banques et épiceries la semaine dernière.

Une petite fille de 10 ans, Marie, finit par sortir. « Oui, on voudrait bien quelques couches pour mon petit frère. » Elle ne prend que la moitié d’un paquet. « On a tous tout perdu, il faut qu’il y en ait pour tout le monde. » Elle louche sur le paquet de clémentines au fond du coffre mais ne demande rien. Elle n’a mangé que des aliments en boite depuis une semaine mais le ventre à peu près plein, elle ne s’autorise pas à prendre quelque chose qui, elle le sait, pourrait être plus utile à d’autres. Elle frappe aux portes de tous ses voisins. « Venez, ils ont du détergent, du savon, des sous-vêtements ! » Les habitants auraient aussi aimé des couvertures, en prévision de la tempête de neige annoncée pour le lendemain. Les volontaires feront passer le message à l’église Jacobi. « Vous en aurez demain, c’est sûr. »

Les volontaires aideront ensuite Lindsay à « nettoyer » sa maison de plein pied. Il s’agit en fait de jeter tout ce qui s’y trouve. L’eau a déplacé tous les objets, cassé les meubles, tout englué de boue et de merde. L’odeur est difficilement tenable. Personne ne parle, excepté Lindsay, qui dégrène une sinistre litanie : « Bye-bye poussette ! », « Bye-bye baby book ! »

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