Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er octobre 2006

Sexe, tabous et homophobie

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Le mouvement sportif associatif s’est toujours au départ développé sur des bases affinitaires. Qu’elles soient sociales (les premiers clubs bourgeois et étudiants), religieuses (les patronages catholiques, les Maccabis, etc.), politiques (le sport ouvrier) et évidemment sexuelles. Le sport féminin a ainsi tenté à plusieurs reprises de s’émanciper de la tutelle de fédérations « phallocrates ». Il reste encore aujourd’hui relégué au second plan, aussi bien dans les clubs amateurs que dans la haute performance (quand on ne lui demande pas d’épouser les critères machistes les plus imbéciles pour percer, par exemple en suggérant aux volleyeuses de mettre des cyclistes moulants plutôt que des shorts larges pour attirer les médias). En effet, le sport, « fief de la virilité », mise en scène du corps et apologie de la musculature masculine, n’a guère laissé de place à la féminité dans la construction de ses valeurs et de ses codes (n’oublions pas la mysoginie radicale de Pierre de Coubertin).

Quant à l’homosexualité, inutile de préciser qu’elle était non pas un tabou, mais une ignominie fondamentale, à récuser d’autant plus que le culte du corps masculin risquait de lui laisser une « porte d’accès ». En effet l’éveil du corps parmi un public adolescent poussa les promoteurs du sport (et pas seulement chez les catholiques) à étouffer toute résurgence de sexualité, même euphémisée, dans les pratiques, voire à le présenter comme un antidote aux mauvauses pulsions des jeunes gens. Il s’agissait également de cliver fondamentalement les sexes, donc d’attribuer une étiquette à chaque discipline (la compétition « guerrière » aux garçons, l’hygiène « maternelle » gymnique aux filles, etc.). Dans ce cadre, la visibilité homosexuelle dans le sport a non seulement mis du temps à se frayer un chemin, mais a accumulé énormément de retard sur le reste de la société. L’homophobie revendiquée de la famille sportive, dont les insultes des supporters ne représentent que la forme primitive, bloquait l’outing (1) des sportifs de haut niveau (quel pro de L1 assumerait encore aujourd’hui ? Le cas de Vikash Dhorassoo parrainant une équipe de foot homo demeure l’exception). Toutefois un mouvement associatif s’est progressivement constitué dans la foulée du modèle américain et des premiers gay games tenus en 1982 à San Francisco (les derniers en date, à Chicago, en 2006, avec 12 000 athlètes de 100 pays, avec des problèmes spécifiques comme la libre circulation des athlètes séropositifs). Dans la foulée en 1986 un petit groupe de téméraires fondaient un Comité Gay Paris Ile-de-France qui allait devenir l’actuelle Fédération sportive gay et lesbienne (FSGL), forte aujourd’hui de 26 associations et 33 sports. Les récents Franco-Games de Montpellier, début septembre, ont démontré l’enracinement de la dynamique. La FSGL accueillera pour la première fois l’assemblée annuelle générale de la Fédération des Gay Games à Lyon, l’occasion d’organiser un colloque « Sport, identités, homosexualités et homophobies » avec l’université des sciences du sport de Lyon-I. Cette mouvance se trouve pourtant confrontée à des choix et des enjeux propres à toutes les organisations dites affinitaires ou communautaires : le poids du sport pro (la recherche de parrains prestigieux, la question de l’outing, etc.), le repli ou l’ouverture (concourir « entre soi » dans des compétitions de structures « classiques » comme par exemple le club Contrepied inscrit en volley à la FSGT). Difficile d’exister dans un univers d’hommes qui, à l’instar du rap, perçoit l’altérité sexuelle comme une menace identitaire.

Affaires, bonnes nouvelles

La Fédération française des industries des sports et des loisirs vient de publier Les Chiffres clés du marché du sport en 2005 (cité dans La Lettre de l’économie du sport). En résumé, les importations pèsent 2,78 milliards d’euros (à 54 % d’Asie) contre 1,63 milliard d’exportations, en légère hausse, surtout à destination de l’Europe. Autres bonnes nouvelles pour les affaires, grâce au Mondial 2006 la vente de ballons de football a augmenté de 58 % (30 % pour les chaussures). Demandez-vous juste qui les fabrique et où ?

Gentil ministre

Toujours affable avec le secteur commercial, notre ministre des Sports, Jean-François Lamour, a signé avec Henri Giscard d’Estaing, président du Club Med, un protocole d’accord portant sur la création de 215 emplois d’animateurs et d’éducateurs sportifs

au sein de l’entreprise au trident. Notamment à destination des jeunes issus des « zones urbaines sensibles ». Le Club Med les accompagnera et leur proposera un « emploi » pour 2007 dans ses clubs de vacances. Quand on connaît les conditions de travail des GO, comment douter ensuite de la volonté du gouvernement de lutter contre la précarité ? Le sport, des métiers d’avenir, non ?

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