Accueil > Société | Par Emmanuelle Cosse | 1er juillet 2008

Sexualité (1). Quand la sexualité nous raconte

Parcours sexuels, pratiques, désirs, violences, représentations, poids des conditions de vie, identité sexuelle : l’enquête Contexte de la sexualité en France (CSF), dirigée par Nathalie Bajos et Michel Bozon, permet de comprendre les évolutions des quarante dernières années. Une somme.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

L’apparition de l’épidémie de sida avait mis en évidence dans les années 1980 le manque d’informations sur la sexualité dans la population alors qu’on commençait à avoir des données fiables sur des groupes particuliers, comme les homosexuels masculins. Ce qui a conduit certains chercheurs à défendre la nécessité d’avoir des connaissances sur la sexualité et sur son contexte, afin de mener à bien une bonne politique de prévention du VIH. En 1992, l’étude intitulée Analyse des comportements sexuels en France (ACSF) répond ainsi à plusieurs questions à partir d’entretiens téléphoniques réalisés auprès de 12 000 personnes. En 2003, l’idée de lancer une nouvelle enquête de cette échelle s’impose. Mais « entre la première et la deuxième enquête, le contexte a changé. Du fait de l’arrivée de traitements du VIH, l’objet même de l’enquête a été modifié, pour s’intéresser plus généralement aux comportements sexuels » , explique Michel Bozon. Le questionnaire (100pages pour 50 minutes d’entretien) est donc élargi aux conditions de vie et aux violences sexuelles. L’enquête est menée auprès d’un échantillon important (12 364 hommes et femmes, de 18 à 69 ans).

RAPPROCHEMENTS

Les premières analyses publiées au printemps vont être précieuses. Car au-delà de données sur les pratiques et le répertoire sexuel, qui montrent un rapprochement important du parcours des femmes d’avec celui des hommes, c’est-à-dire une plus grande diversification, l’enquête CSF permet d’analyser le poids des conditions de vie et des inégalités sociales sur l’histoire sexuelle. Cela a été rendu possible par la méthodologie choisie (long questionnaire) qui a conduit à retracer une sorte de « biographie » de l’interviewé, permettant de mesurer des évolutions sur une quarantaine d’années.

On retient que les femmes sont passées d’une sexualité uniquement tournée vers la reproduction à une sexualité du plaisir, ce qui explique un âge d’entrée dans la sexualité qui se rapproche de celui des hommes. On déclare plus facilement qu’auparavant des relations avec un partenaire du même sexe (surtout chez les femmes), sans qu’on y associe obligatoirement une orientation sexuelle.

REPRÉSENTATIONS MENTALES

Pourtant : et il y a là matière à interpeller les mouvements féministes : malgré une émancipation de la sexualité féminine, les représentations mentales qui y sont liées demeurent celles de l’âge de pierre. Pire, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à défendre l’idée que ces derniers auraient des « besoins sexuels » tandis que les femmes devraient être « disponibles » . L’égalité n’est pas encore là. Surtout que, comme le souligne Nathalie Bajos, « les politiques publiques qui autonomisent la sphère de la sexualité, par exemple quand on fait des trainings pour apprendre aux femmes à « dire non », sont remises terriblement en question par ces résultats. Car c’est avoir une vision erronée de la sexualité que de la penser comme une sphère autonome, ce qu’elle n’est pas » . Cela pourrait même avoir des effets pervers, poursuit-elle. « Car former les femmes à être capables de refuser un rapport, de négocier le port du préservatif, en ignorant que structurellement, elles sont de toute façon dans une position socialement inégalitaire, fait peser sur elles encore plus la responsabilité de la prévention, et donc, le cas échéant, son échec. » Voilà, même émancipées, les femmes demeurent dans leur sexualité assujetties à une domination masculine forte, et elles peinent : en cela peu aidées par les hommes : à contrer la tendance reproductrice de l’objet sexuel. Des pistes sont néanmoins avancées grâce à cette enquête et c’est déjà en soi une bonne nouvelle.

E.C.

Paru dans Regards n°53, été 2008

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?