Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 12 janvier 2014

Sharon, portrait d’un soldat obtu

Ariel Sharon est mort samedi 11 janvier à l’âge de 85 ans. Son activité politique avait pris fin le 4 janvier 2006. Terrassé par un AVC, il était entré dans un coma qui aura donc duré huit années. Sharon est mort sans avoir rendu aucun compte à la justice internationale des crimes qu’il a commis de son vivant à l’égard du peuple palestinien. Ce qui n’a pas empêché, dimanche 12 janvier, de nombreux israéliens de lui rendre un hommage appuyé.

En 2008, Arte avait diffusé Le dernier combat d’Ariel Sharon, un film-documentaire de Michael Prazan. A l’occasion de la disparition de l’ancien premier ministre israélien, regards.fr vous propose de relire la critique que nous avions alors fait de ce documentaire.

Article publié initialement sur regards.fr le 19 mai 2008.

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Quel que soit le regard que l’on porte sur son action politique, il faut le reconnaître : Ariel Sharon restera comme une figure marquante de l’histoire d’Israël. Et par là même de celle du Proche-Orient et des relations internationales. Le film de Michaël Prazan qui lui est consacré ne recèle aucune révélation capitale à propos de celui que ses amis appellent Arik. Mais dévoile, au terme d’un travail sérieux, toutes les facettes d’un homme en qui la plupart des personnes interrogées reconnaissent un « stratège très fin » comme le note Leïla Shahid.

La représentante de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, Ehud Olmert, chef du gouvernement israélien, Colin Powell, ex-secrétaire d’Etat de Georges W. Bush, Hubert Védrine ou Joshka Fischer, ex-ministre allemand des affaires étrangères, témoignent dans le film. Mais aussi des proches d’Ariel Sharon, quelques opposants politiques et des responsables palestiniens.
Une diversité d’approche qui évite à ce documentaire de tomber dans l’éloge, souvent entendu au moment du retrait de Gaza en 2005, d’un « vieux lion » un peu bourru mais sympathique et qui serait devenu colombe au soir de sa vie.

Sabra, né en Palestine sous mandat britannique en 1928, Ariel Sharon est au combat dès l’âge de 17 ans dans les troupe de la Hagana. C’est en soldat actif qu’il participe à la guerre de 1948, débutant ainsi une carrière militaire qui lui permettra de s’illustrer dans tous les conflits impliquant Israël au cours de la seconde partie du XXe siècle. Faisant preuve d’une efficacité tout à la fois louée par ses pairs (un véritable « chef de guerre romain » selon l’un d’entre eux) et dénoncée par ses adversaires (un « criminel de guerre », rappelle Leïla Shahid), Ariel Sharon agira jusqu’au bout en soldat et en militaire, y compris lorsqu’il exercera des responsabilités politiques : il n’hésitera pas, devenu premier ministre, à utiliser l’aviation contre la résistance palestinienne en Cisjordanie.

Outre les témoignages et analyses croisés sur le personnage et son action, le film navigue entre son ultime mandat de chef du gouvernement (il est élu le 6 février 2001, quatre mois après avoir déclenché l’Intifada Al-Aqsa lors de sa visite sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem) et de nombreuses images d’archives. On le revoit ainsi en 1982, expliquant, très mal à l’aise, à la tribune de la Knesset que Tsahal n’a rien à se reprocher dans les massacres de Sabra et Chatila... Il sera contraint de démissionner de son poste de ministre de la défense quelques mois plus tard pour ses responsabilités engagées dans cette tragédie.

Farouche défenseur de la colonisation des territoires palestiniens (pour raisons sécuritaires disait-il, mais l’un de ses anciens conseillers souligne qu’il pensait avant tout en faire de la monnaie d’échange lors des négociations), Ariel Sharon est porteur d’un héritage politique travailliste, nous rappelle Michaël Prazan, chez qui, malgré une volonté de ne pas occulter les dossiers qui fâchent, on sent poindre une certaine fascination pour l’homme et son parcours.
Ainsi, si les attentats-suicides perpétrés par des kamikazes palestiniens au début des années 2000 sont régulièrement évoqués, la violence meurtrière qu’ont enduré les Palestiniens lorsque Sharon était au pouvoir entre 2000 et 2005, est, elle, à peine effleurée.

Un documentaire instructif malgré tout, dont on ressort définitivement convaincu, si besoin était, que, comme le dit, amer, Saeb Erekat « Sharon ne nous a jamais fait confiance [aux Palestiniens], ni à l’Egypte, ni à la Jordanie. Il n’a jamais fait confiance aux Arabes... »

Le dernier combat d’Ariel Sharon, film documentaire de Michaël Prazan (d’après l’ouvrage de Luc Rosenzweig, Ariel Sharon, éd. Perrin). 1H30.

Parmi la multitude d’articles consacrés à Sharon à l’occasion de sa mort le 11 janvier, on recommande la lecture de celui écrit par Raoul-Marc Jennar, « Ariel Sharon : une vie comme une traînée de sang », publié sur Mediapart.

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