Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 1er septembre 2007

Social-démocrate, rénovateur, post-social-démocrate ? Tutti frutti

La difficulté à faire émerger une alternative au social-libéralisme est au cœur du débat qui s’engage. Elle n’est pas éludée. Les positions en présence.

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LES LIBÉRAUX

Ils sont sans voix. Le transfert de Jean-Marie Bockel, maire de Mulhouse et blairiste assumé, au gouvernement de Sarkozy, prive ce courant de son seul porte- parole identifié. Le discrédit qui entoure désormais Kouchner, Rocard et Strauss-Kahn fragilise les tenants de la voie la plus réaliste avec les impératifs du marché et de la mondialisation et les partisans d’une alliance franche avec le centre. Ils gardent pourtant une influence, en particulier sur ce dernier point.

LES SOCIAUX-DÉMOCRATES

Ils sont sans aucun doute les plus nombreux. Hollande est leur chef de file. Ils sont les orphelins de la gauche plurielle et n’ont toujours pas compris l’élimination de Jospin : il avait un bon bilan et un bon programme. L’échec de Ségolène impose davantage de cohérence, mais pas de remise en cause radicale. François Hollande assure devant ses camarades de la direction du parti : « Nos propositions touchaient de larges domaines de la vie des Français. Je les considère comme justes, bonnes. Mais elles pouvaient apparaître, et c’est ce qui s’est produit, dépourvues de ligne cohérente, dès lors que l’on ne les affirmait pas, justement, dans une vision globale. » Il installe la victoire politique de son camp au sein du PS : « Au Congrès de Dijon, c’est la ligne réformiste qui l’a emporté sur ceux qui nous disaient qu’il fallait aller encore plus à gauche. Il faudra rassembler le Parti socialiste autour d’un réformisme assumé et résolument ancré à gauche. Il est temps de dépasser les affrontements stériles sur cette question. Depuis longtemps, les socialistes ont accepté le cadre de l’économie de marché. Dès lors, la concurrence entre la social-démocratie et le socialisme intransigeant semble anachronique, et ne correspondre ni aux réalités ni aux besoins de notre pays. »

LES RÉNOVATEURS

Ils sont pour l’essentiel des soutiens de la première heure à Ségolène Royal. Une part d’entre eux a voté « non » au référendum sur l’Europe. Ils convergent sur la modernisation des thématiques, sont sensibles à la réforme des institutions, à l’affirmation de l’action politique, au retour de l’autorité. En laissant sous le tapis la question du libéralisme, ils contournent une difficulté cruciale pour le PS.

Ce qu’ils disent :

Arnaud Montebourg  : « Malgré une sévère défaite, Ségolène Royal a réussi à faire bouger le PS par l’extérieur, là où nous, les rénovateurs de l’intérieur, avions échoué : faire entrer dans le projet des socialistes des questions que le parti esquivait, telles que l’autorité républicaine, la reconstruction de la puissance politique face à la toute-puissance des marchés, le projet de VIe République, la conversion à la lutte contre la crise climatique, la réconciliation avec l’entreprise comme lieu de production de richesse et de fabrication négociée du contrat social (1) . »

Manuel Valls  : « Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité, à condition qu’elle nous entende, sur des sujets qui peuvent faire consensus » , citant les « moyens qu’il faut donner à la justice » ,
« la lutte contre la criminalité » ou le « dossier de l’immigration » (2).

Tacle de Jean-Luc Mélenchon sur son blog : « Regardez ce que disent tous ces rénovateurs qui se bousculent au portillon de la modernité. Entre le vide des mots, les gros sabots du blairisme à la française. »

LES POST-SOCIAUX-DEMOCRATES

Ils constatent la panne de projet socialiste dans toute l’Europe. Ils récusent la référence à la social-démocratie et insistent sur la nouveauté de la période. Ils s’inscrivent sans ambiguïté dans la tradition de gauche. Ils posent le défi le plus crucial à la « gauche de la gauche » .

Jean-Luc Mélenchon  : « Nous ne pouvons échapper au devoir de remiser au rayon des archives toutes les formules dorénavant épuisées » (3). Il précise lors du conseil national du PS : « La question du compromis est la suivante : avec qui faisons-nous un compromis ? Le capital financier transnationalisé à qui nous donnons les moyens de marchandiser toujours plus les secteurs de production ? Ou bien est-ce que nous faisons ce compromis avec le capital productif, celui qui a besoin d’ouvriers hautement qualifiés et qui donc a besoin d’éducation nationale, qui a besoin de lois, de règles (...) ? »

Laurent Fabius  : « La gauche doit revendiquer ses valeurs. La gauche moderne n’est pas une gauche droitière. Prôner un « socialisme du réel » est juste mais n’a de sens que si on n’oublie pas en cours de route que le réel est devenu plus libéral et plus brutal. On parle de social-démocratie, celle-ci a apporté de grandes choses, mais je ne la crois pas applicable telle quelle dans un pays comme le nôtre où les syndicats sont faibles et alors que cette doctrine n’a pas pris suffisamment en compte les défis de la mondialisation. (4) »

C.T

Paru dans Regards n°43, sept. 07

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