Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 1er juillet 2008

Socialiste et libéral ? (1)

Un long cycle politique se termine. Les élections présidentielle et législatives passées, militants, élus, partis se sont rapidement engagés dans la préparation des élections municipales et cantonales. Les enseignements de cette séquence vont être tirés par les partis lors de leurs congrès programmés pour la fin d’année. Zoom sur le parti socialiste.

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La préparation du congrès du Parti socialiste est engagée sur fond de rivalité pour le poste de premier secrétaire. Car sur le fond des débats politiques, la messe est dite. Comme l’écrit François Hollande dans son long texte de contribution publié dans le Monde du 29 mai : « la déclaration de principes (cf. article suivant, NDLR) qui est soumise au vote des adhérents du PS a été élaborée et approuvée par l’ensemble des sensibilités qui le structurent. Bel acte de rénovation. Depuis le temps que l’on nous sommait de faire notre aggiornamento ou notre Bad Godesberg, voilà qui est fait. » Première traduction assumée de cet aggiornamento, la contribution de François Hollande s’ouvre sur cette ébouriffante question : « Comment être plus fort dans la mondialisation » Suivie du diagnostic qui en dit long sur la normalisation des termes : « Depuis au moins cinq ans, la France décroche. Le déficit extérieur atteint 40 milliards d’euros quand l’excédent allemand dépasse 200 milliards. La modération des coûts salariaux et la déréglementation du droit du travail n’y feront rien. La cause tient au retard pris dans l’investissement productif. (...) La réponse passe par la définition d’un pacte de croissance et de compétitivité associant Etat, partenaires sociaux et collectivités locales, dont l’objet essentiel serait de mobiliser les financements pour relever le niveau d’investissements privés et publics du pays. » Ça fait rêver...

ÉCONOMIE DE MARCHÉ

Le livre de Bertrand Delanoë, De l’audace (1), candidat non déclaré à la succession de Hollande, ami de Martine Aubry, de filiation strauss-kahnienne et jospinienne assumée, est de la même veine. François Hollande a raison de se réjouir : « Le PS est plus uni sur l’essentiel qu’il ne le laisse paraître. » Qu’on en juge. Le maire de Paris définit dès l’introduction de son livre le parti socialiste comme « le parti de la croissance au service de la justice sociale » . Amateur d’histoire, il inscrit son propos dans le récit plus vaste de la France et de la gauche. Il écrit : « Après François Furet, nous proclamons que « la Révolution française est terminée ». Elle demeure l’âme de notre République, elle nous a fait ce que nous sommes mais elle est derrière nous. La Révolution de 1789 a proclamé les droits de l’Homme. Il nous reste à les appliquer. On peut y parvenir dans le capitalisme ? Oui, et d’ailleurs on n’y est pas parvenu dans les autres systèmes économiques. » Pour Bertrand Delanoë, « l’économie de marché n’est pas un débat, c’est un fait. » Quand son sympathique interviewer, le directeur de Libération, Laurent Joffrin, lui rappelle les temps où le PS proclamait son désir de rupture avec le capitalisme, il répond : « Dans la vie du parti, cela ne jouait pas. Nous étions une grande organisation démocratique et réformiste. Comme Lionel Jospin, je suis hostile à la société de marché. Mais pour ce qui est de l’économie, le débat est derrière nous. L’histoire montre que toutes les expériences progressistes réussies ont intégré ou se sont intégrées à l’économie de marché. Les socialistes ont compris cette réalité très tôt, même s’ils ne l’ont pas toujours traduite dans leur discours. (...) Seule l’économie de marché crée des richesses nécessaires au progrès social. Cela ne veut pas dire que l’économie de marché n’a pas de conséquences négatives, voire cruelles sur la santé, les conditions de travail, les inégalités, la précarité... Mais c’est le cadre dans lequel nous évoluons. Il faut l’accepter comme un fait, tout en le réformant. » Avec cette politique assumée vient la question des alliances. L’option affirmée dans la déclaration de principes est claire et se termine ainsi : « Le Parti socialiste veut rassembler toutes les cultures de gauche. Il ne se résigne pas aux divisions de l’histoire. »

LONG RECENTRAGE

Pour une part, la messe est dite. Les socialistes entérinent le caractère structurant et indépassable des normes du marché ; mais, à la différence des libéraux « purs » , ils considèrent que le social est une condition de l’efficacité et de la rentabilité. Politiquement, toutes les rencontres sont donc possibles : avec une partie de la droite autour de l’acceptation de la rentabilité marchande ; avec une partie de la gauche pour obtenir une meilleure répartition des fruits de la croissance.

Qu’on le veuille ou non, sous une forme ou sous une autre, le PS parachève la mue qui le rapproche du cœur de la social-démocratie européenne. C’est évidemment très regrettable. Peut-on contredire ce long recentrage, entamé il y a vingt-cinq ans, en 1983, et dont Jean Luc Mélenchon retrace avec lucidité les étapes dans En quête de Gauche (2) ? L’histoire n’est pas finie. Mais pour contredire cette évolution il faut comprendre ce qui l’a rendue possible : les socialistes ont accompli une mue, en contredisant le keynésianisme originel, commun à l’essentiel de la gauche française. Mais la gauche la plus critique, elle, n’a pas su accomplir sa propre mue. Or il ne suffit plus aujourd’hui de revenir aux équilibres keynésiens d’hier. La répartition de la croissance ne peut être notre seul passeport de gauche : il faut en interroger les finalités, les moteurs, les formes et les modalités. En bref, il faut penser d’une autre manière la société que l’on veut et que l’on objecte aux ultralibéraux. Ce travail reste encore très marginal. Il nous manque. A défaut, on se retrouvera pauvre et digne carré d’irréductibles...

Citons, pour se donner le courage de faire ce nécessaire travail de reformulation, un extrait d’un article de Slavoj Zizek paru dans le Monde (3). Loin de chercher l’efficacité et la redistribution dans le système, le philosophe slovène reformule les enjeux d’aujourd’hui qui contredisent le capitalisme et mettent en péril les sociétés : « Ces contradictions sont au moins au nombre de quatre : la menace d’une catastrophe écologique ; l’inadaptation de la notion de propriété privée appliquée à ce que l’on appelle la « propriété intellectuelle » ; les implications socio-éthiques des nouveaux développements techno-scientifiques (notamment en biogénétique) ; enfin, et ce n’est pas le moins important, l’apparition de nouvelles formes d’apartheid, de nouveaux murs et bidonvilles (...). » C.T.

 [1] [2] [3]Paru dans Regards n°53, été 2008

Notes

[11. Bertrand Delanoë, De l’audace, Robert Laffont 20 euros

[22. Jean-Luc Mélenchon, En quête de gauche , Balland 19,90 euros

[33. Slavoj Zizek, « La véritable leçon de Mai 68 » , Le Monde , 3 juin 2008.

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