Accueil > Politique | Par Clémentine Autain | 1er juillet 2008

Socialiste et libéral ? Mais que fait la gauche du PS ?

Rester, jusqu’où et jusqu’à quand ? Sortir, pour faire quoi et avec qui ? Tel est le choix cornélien auquel est confronté Jean-Luc Mélenchon qui semble bien isolé au PS. Malgré des convergences de fond, le courant ne passe pas avec ses alliés potentiels, Henri Emmanuelli et Benoît Hamon. Quant aux fabiusiens, ils ont choisi Martine Aubry. L’aile gauche n’a pas le vent en poupe.

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Social-libéralisme de Ségolène Royal versus libéralisme et socialisme de Bertrand Delanoë : le ton est donné sur l’identité politique du PS d’aujourd’hui. Mais que fait la gauche du parti ? Réduite à une peau de chagrin, elle peine à se rassembler et à faire la démonstration qu’il est possible de peser de l’intérieur. Déplorant la surenchère libérale, Jean-Luc Mélenchon veut « empêcher le centre de gravité du parti d’être aspiré dans un trou noir » et en a récemment appelé à la « responsabilité de la gauche du parti »  : il « adjure » le NPS, courant animé par Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, de faire cause commune avec lui et les siens. Car, écrit-il encore sur son blog, « il n’y a pas de PS ancré à gauche sans gauche du PS qui s’assume et se bat » . Le militant du « non » au référendum européen, qui a partagé des tribunes avec les collectifs antilibéraux en vue d’une candidature unitaire introuvable à la gauche du PS pour la présidentielle de 2007, serait-il définitivement rentré au bercail ? Sa non-signature du récent appel lancé par Politis , visant à créer un cadre de discussion permanent au sein de la gauche d’alternative, pourrait le faire penser... Ou tout simplement, le sénateur socialiste peine-t-il désormais à maintenir deux fers au feu : un pied dedans, un pied dehors ?

JOUER LE JEU

La menace de sortie du PS, ainsi que ses relations avec les communistes, les républicains ou la galaxie altermondialiste, lui servent depuis un moment à maintenir une influence et un espace à l’intérieur de son propre parti. Jusqu’où et jusqu’à quand ? Là est la question. Et l’on imagine le choix cornélien... Sortir, mais pour faire quoi et avec qui ? Rester, au risque de se compter : et donc donner à voir la faiblesse de ses forces, ou d’avaler une énième synthèse ? Force est de constater que Mélenchon a choisi pour l’heure de jouer le jeu du congrès de Reims du Parti socialiste qui aura lieu à l’automne. Ses alliés potentiels viennent, eux, de publier un texte : « L’appel de reconquêtes. » Hamon et Emmanuelli y déclarent que « seule une gauche résolue et déterminée peut remettre la justice sociale au cœur de l’art politique » et proposent « un Etat régulateur et innovateur » . Pour les deux ténors, « l’avenir du PS ne peut pas être le passé de la social-démocratie » . Enfin, rejoignant le point de vue exprimé notamment par Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, membres du club de réflexion Gauche Avenir, ils plaident pour un grand parti de toute la gauche. « Selon des rythmes et des étapes à discuter avec nos partenaires mais qui nécessitent de se mettre au travail tout de suite, nous lancerons un processus de rapprochement de nos partis (PS, PCF, Verts, Radicaux, MRC, républicains, altermondialistes, etc.) dès le lendemain de notre congrès » , écrivent-ils.

En attendant, le NPS ne semble par partant pour un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon et son PRS... En dépit d’évidentes convergences de fond, Benoît Hamon les a pour l’heure envoyés sur les roses : « Pour avoir une chance crédible d’empêcher les déchirures, a-t-il déclaré à l’AFP, il faut que la gauche du PS soit en capacité de se dépasser » , en s’alliant « avec ceux qui veulent porter une alternative politique et « construire une nouvelle majorité . A qui pense-t-il ? A Martine Aubry, la dame des 35 heures, qui vient de sceller un accord local avec le Modem, susceptible d’être ralliée par le NPS. Car ses mots « sonnent doux » aux oreilles de Benoît Hamon. En discussion : le dépôt d’une motion commune pour le prochain congrès. Les fabiusiens, avec lesquels Jean-Luc Mélenchon est allié depuis la bataille contre le traité constitutionnel européen et la synthèse du Mans (1), sont partants derrière la maire de Lille. Bref ! La gauche du PS n’est pas sortie de l’auberge... C.A.

 [1]Paru dans Regards n°53, été 2008

Notes

[11. Synthèse entre les différents courants socialistes autour de François Hollande, à l’exception notable d’Arnaud Montebourg, converti à Ségolène Royal.

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