Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 1er juillet 2008

Socialiste et libéral ? Une mue éclatante (2)

De 1905 à aujourd’hui, de la Révolution au réformisme, les déclarations de principes du PS informent clairement sur l’évolution de son rapport au capitalisme. Document.

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Le 14 juin, les socialistes ont adopté leur nouvelle déclaration de principes. Texte plus intemporel qu’une résolution de congrès, il s’attache à redéfinir, dans son époque, les valeurs et les finalités du Parti socialiste. Les socialistes ont adopté à cinq moments clés de leur histoire une telle déclaration de principes : en 1905, au moment de leur unification dans un seul parti, en 1946, à la sortie de la guerre, en 1969, alors que s’amorce le processus d’Epinay, en 1990, après l’exercice du pouvoir et la chute des pays socialistes d’Europe de l’Est et, enfin, en 2008.

Ces textes relativement concis, de deux à cinq pages, sont de bons indicateurs de la manière dont les socialistes pensent leur rapport au capitalisme, à la révolution et à la réforme. La mue est éclatante. Et le moment de l’inflexion majeure se situe en 1990.

1905 : POUR UNE SOCIÉTÉ COLLECTIVISTE OU COMMUNISTE
« Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le Parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution. (...) Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat. »

1946 : UN PARTI ESSENTIELLEMENT RÉVOLUTIONNAIRE
« Le caractère distinctif du parti socialiste est de faire dépendre la libération humaine de l’abolition du régime de la propriété capitaliste qui a divisé la société en classes nécessairement antagonistes. (...) Le Parti socialiste est un parti essentiellement révolutionnaire : il a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d’un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d’échanges deviendront la propriété de la collectivité et où par conséquent les classes seront abolies. Cette transformation accomplie dans les intérêts de tous les hommes ne peut être que l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Quels que soient les moyens par lesquels elle sera accomplie, elle constitue par elle-même la révolution sociale. C’est en ce sens que le Parti socialiste a toujours été et continue d’être un parti de lutte des classes, fondé sur l’organisation du travail. »

1969 : IL NE S’AGIT PAS D’AMÉNAGER UN SYSTÈME MAIS DE LUI EN SUBSTITUER UN AUTRE
« Parce qu’ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu’il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C’est en ce sens que le parti socialiste est un parti révolutionnaire. (...) Le Parti socialiste propose aux travailleurs de s’organiser pour l’action car l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Il les invite à prendre conscience de ce qu’ils sont la majorité et qu’ils peuvent donc, démocratiquement, supprimer l’exploitation : et par là même les classes : en restituant à la société les moyens de production et d’échange dont la détention reste, en dernière analyse, le fondement essentiel du pouvoir. (...) Il tient à mettre en garde les travailleurs, la transformation socialiste ne peut pas être le produit naturel et la somme des réformes corrigeant les effets du capitalisme. Il ne s’agit pas d’aménager un système mais de lui en substituer un autre. »

1990 : SANS MÉCONNAÎTRE LES RÈGLES DU MARCHÉ

Le parti socialiste se définit désormais comme « un parti de transformation sociale » . « Il met le réformisme au service des espérances révolutionnaires. » //« La faillite des sociétés bureaucratiques ne lui fait pas oublier que le capitalisme développe les inégalités, accentue les déséquilibres mondiaux, exploite les richesses du tiers-monde et maintient dans de nombreux pays chômage et exclusions. Le parti socialiste est donc favorable à une société d’économie mixte qui, sans méconnaître les règles du marché, fournisse à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général. Il agit pour son dépassement par de nouvelles formes d’organisation économique et sociale donnant aux salariés une véritable citoyenneté dans l’entreprise. Dans les secteurs clés qui déterminent la formation du citoyen (l’école, l’université, la télévision), les conditions de vie (logement, santé, environnement), il n’accepte pas que les logiques du marché soient seules déterminantes. Le Parti socialiste ne se veut plus un parti de « lutte de classes mais l’expression privilégiée des « salariés »//.

2008 : POUR UNE ÉCONOMIE DE MARCHÉ RÉGULÉE PAR LA PUISSANCE PUBLIQUE
« Les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités, porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier. Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, un secteur public, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale. Les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché, quand ils concernent des droits essentiels. Les socialistes font de la création durable et de la redistribution des richesses un enjeu majeur de l’action politique. Ils pensent que les politiques participant aux enjeux environnementaux doivent être coordonnées par la puissance publique garante du long terme et de l’intérêt général. [...] Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il porte un projet de transformation sociale radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu’elle résulte d’une volonté collective forte assumée dans le temps, prenant en compte l’idéal, les réalités et l’histoire. Le Parti socialiste veut contribuer à changer la vie avec la société et par la société, par la loi et le contrat [...]. » C.T.

À lire, l’appel lancé par Jean-Luc Mélenchon au rassemblement de la gauche du PS

Paru dans Regards n°53, été 2008

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