Accueil > Economie | Par Michel Husson | 15 septembre 2011

Spéculation et lutte de classes

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Ce qui se joue aujourd’hui, aussi bien aux Etats-Unis qu’en
Europe, est un billard à plusieurs bandes.
Les banques
craignent pour leurs bilans, les Etats balancent entre désir
d’austérité et menace de récession (ou d’explosion sociale),
les entreprises reconstituent leurs profits, les spéculateurs
spéculent et les actionnaires dépriment. Ni les institutions
européennes ni Obama ne sont capables de faire le tri et de
définir une orientation précise : ils parent au plus pressé,
au bord du gouffre. La dette publique devient le lieu où se
polarisent ces intérêts divergents et contradictoires.
Qui décide aujourd’hui, sinon Standard & Poor’s, l’agence
de notation qui a dégradé la note de la dette des Etats-
Unis ? C’est assez « dur à avaler » de la part du « gang qui
avait noté AAA des milliers de titres toxiques
 », comme
l’écrit Doug Henwood dans Left Business Observer. Mais,
cette décision n’a aucun sens économique, et il faut plutôt
l’interpréter comme une injonction adressée aux gouvernements
d’avancer plus résolument sur la voie de
l’austérité. L’OCDE est là pour préciser les cibles qui sont
clairement désignées dans ses dernières Perspectives
économiques : « relèvement de l’âge de la retraite » et
« adoption des pratiques optimales en matière de prestations
de soins de santé et d’enseignement
 ». Traduisez :
réduction des dépenses sociales. Tel est le programme
que les marchés financiers entendent imposer aux gouvernements.

Et ils y réussissent : « rassurer » ces fameux
marchés financiers équivaut exactement à se coucher devant
eux, tant il est clair aujourd’hui qu’aucune mesure
n’a été réellement prise pour les mettre au pas.
L’enjeu de la crise de la dette est au fond le suivant : des
couches sociales étroites ont, pendant deux décennies
au moins, accumulé une richesse financière aujourd’hui
menacée. C’est ce magot qu’il s’agit aujourd’hui de préserver,
en le gageant sur la régression sociale. Derrière
les dettes, il y a donc un nouvel épisode de la lutte des
classes, sous une forme dérivée, mais non moins violente.
Mais, du côté des classes dominantes, elle se mène dans
une assez grande désorientation : la défense forcenée des
intérêts à court terme fait obstacle à la recherche d’une
régulation du capitalisme relativement stabilisée. Et la
généralisation des programmes d’assainissement a déjà
commencé à bloquer la reprise.

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