Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 8 octobre 2010

Sport et patriotisme : le bal des hypocrites

Le sport va-t-il rester le seul moyen d’obtenir rapidement la nationalité française pour les primo-arrivants ? Et risquent-ils de la perdre en cas de contre-performance pour n’avoir pas su honorer leur nouvelle patrie ?

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Sur le grand marché sportif, en effet, il faut savoir briller et cela fait belle lurette que les Etats occidentaux, voire les émirats du Golfe (bref les pays riches), ne s’embarrassent pas de la rigueur qu’ils appliquent par ailleurs à l’ensemble des migrants. En retour, le soupçon s’est généralisé à l’encontre de ces athlètes auxquels on reproche de venir profiter, antienne classique, de la générosité de notre mode de vie privilégié. De la sorte, tout le monde est gagnant au jeu de la démagogie, surtout les politiques réacs et populistes qui peuvent à la fois accumuler le prestige des médailles et, en cas d’échec, stigmatiser la perte du sentiment national.

Autre facette, le chantage au patriotisme dans les stades ne s’applique pas qu’au cas des nouveaux venus. Il vise surtout ces « tricolores » trop colorés qui doivent sans cesse démontrer qu’ils comprennent la bénédiction de courir ou de nager pour le coq.

Dans les colonnes du Figaro du 25 août, David Reyrat, chef du service des sports de la pravda de l’UMP, nous explique ainsi que «  les nouveaux bleus ont joué la carte de la proximité avec les supporters. Mais leur sincérité est douteuse. Tout comme leur patriotisme, Laurent Blanc avouant avoir distribué les paroles de la Marseillaise à ses eunes joueurs qui ne la connaissaient pas . »

Si l’on peut effectivement douter : reste à savoir comment sonder le coeur des hommes, même en crampons : que les joueurs de foot soient désormais transcendés par le maillot bleu (si ce n’est pour sa valeur ajoutée sur le marché des transferts), il resterait à expliquer pour quelle raison les sportifs, même millionnaires, seraient astreints à une exemplarité démonstrative quand le reste de la société s’en passe fort bien (surtout dans les sphères économiques les plus proches du pouvoir en place), hors période de crise évidemment (d’ailleurs les soldats qui meurent en Afghanistan viennent rarement de Neuilly).

A moins évidemment que l’origine des stars du ballon pose problème et demande une attestation manifeste, au risque de passer pour ingrats ? On finirait presque par croire que le climat délétère de ses dernières semaines a effectivement pris racine avec l’affaire de Knysna.

Aux « basanés » et aux « pauvres » le patriotisme obligatoire, pour les autres, ceux qui dînent avec le Président les soirs de victoire, le bouclier fiscal en guise de reconnaissance du vote des expats. A ce propos, le véritable hiatus patriotique d’un Anelka se situe davantage dans son étonnement de « devoir payer des impôts », en gros de rendre : un peu : à son « peuple » l’enrichissement qu’il lui doit, que lorsqu’il pète un plomb dans un vestiaire après un mauvais match.

Nicolas Kssis

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