Accueil > N° 21 - Septembre 2005 | Par Karine Gantin | 1er septembre 2005

Syndicalistes européens, tous ensemble

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Après sa campagne pour le « oui », la situation de la Confédération européenne des syndicats n’est pas commode : le « non » antilibéral a été largement affirmé par la base lors des référendums français et hollandais. Quelles voies pour dépasser le constat de la crise et faire face à un Tony Blair très offensif ? Tony Blair, actuel président de l’Union européenne (UE), exposait en juin au Parlement européen qu’il comptait, en raison de la « crise profonde » traversée par l’Union, s’intéresser aux citoyens qui « s’inquiètent de la mondialisation, de la sécurité de l’emploi, des retraites et du niveau de vie ». Epoustouflant constat de la part du leader britannique libéral, qui prend acte ici des référendums nationaux sur le traité constitutionnel, au cours desquels les salariés se sont plus largement prononcés « contre » que les autres catégories. En France ont voté « non » 79 % d’ouvriers, 70 % d’agriculteurs, 67 % d’employés... et 81 % de chômeurs ; au Luxembourg, où le « oui » l’a emporté : le Sud industriel et ouvrier du pays a largement opté pour le « non ». Aux Pays-Bas, le « non » a frôlé les 80 % dans les circonscriptions ouvrières les plus pauvres.

Depuis, Tony Blair a poursuivi l’offensive en proposant de réunir un sommet européen informel en octobre afin de réfléchir à un nouveau « modèle social européen ». La Confédération européenne des syndicats (CES) se trouve ainsi aujourd’hui doublement mise au défi : d’abord, alors qu’elle a fait campagne officiellement pour le « oui », elle se trouve plus que jamais en porte-à-faux face aux salariés qu’elle représente ; ensuite, face à l’initiative de Tony Blair, elle est condamnée à suivre le rythme... voire à parer les coups. Certes, les « non » français et néerlandais aux référendums ont été interprétés par la CES comme un signal de lutte. Dans un communiqué de juin, elle annonçait : « La crainte d’un abaissement des normes sociales et d’une politique néolibérale, de l’insécurité et de la précarité de l’emploi, ainsi que d’un taux de chômage élevé, a été un des éléments décisifs » du vote. Les deux journées d’intenses débats nécessaires à la rédaction de ce communiqué signalaient cependant une fois de plus la disparité politique qui prévaut parmi les syndicalistes européens... et aussi l’extrême diversité des attitudes nationales. « Les Italiens et les Espagnols ont protesté que leur « oui » avait autant de valeur que le « non » français », se souvient Joël Decaillon, représentant de la CGT à Bruxelles. « Quant aux nouveaux entrants de l’Est, ils n’ont pas manqué de rappeler qu’ils avaient vécu la polémique autour du plombier polonais comme une mise en cause directe de leur propre capacité à créer un mouvement social. » Une crise multiforme

La crise européenne actuelle est en réalité multiforme, a insisté le président de la CES, John Monks, pendant tout l’été : outre la crise constitutionnelle liée au rejet du traité, il lui faut affronter une crise économique avec 20 millions de chômeurs dans l’Union européenne ainsi qu’une crise budgétaire. Envisageant le sommet européen d’octobre, John Monks a néanmoins promis, lors du congrès de la CISL (confédération italienne des syndicats ouvriers) à Rome en juillet : « Notre voix se fera fortement et clairement entendre lors de ce sommet (...). Nous voulons travailler à une renaissance syndicale à l’intérieur d’une renaissance européenne plus large. » Il a ajouté cet ambigu constat : « Nous devons prendre l’avantage sur les eurosceptiques et développer un manifeste politique pour l’Europe, engagé en faveur de la croissance économique et d’un modèle social nouveau et fédérateur » ; semblant assimiler ainsi une fois de plus ceux qui ont voté « non » à des adversaires de l’Europe. C’est sans détour, quant à eux, que les intervenants syndicalistes au Forum social allemand ont insisté, en juillet à Erfurt, et parfois sous des salves d’applaudissements, sur l’espoir personnel que leur donnait les « non » français et néerlandais du fait de leur interprétation, « pro-européenne et pro-sociale ». Le Belge Frank Slegers, des Marches européennes pour l’Emploi, y a synthétisé l’analyse collective : « Le « non » au Traité est à la fois une victoire et un déclencheur de crise, hélas, à ne pas sous-estimer. A nous de contribuer à surmonter cette dernière. » la bataille d’octobre

Le sommet d’octobre promet une passe d’armes difficile. Un responsable de la CES témoigne en aparté de l’impréparation ambiante : « Nous voulons arriver au sommet avec nos propres propositions. Il ne nous reste qu’à y travailler... » De fait, la CES, historiquement une émanation directe des institutions bruxelloises, souffre de balbutiements persistants, tandis que les représentants syndicaux y font figure parfois d’électrons libres par rapport à leurs bases syndicales nationales. Quand bien même la manifestation de 60 000 personnes organisée par la CES, le 19 mars dernier à Bruxelles, contre la directive Bolkestein a été vécue comme un moment fédérateur marquant, que beaucoup souhaitent renouveler. « Notre première bataille, c’est l’unité », interprète Joël Decaillon. « Nous avons chacun intérêt à mieux comprendre comment nos partenaires fonctionnent dans les pays voisins pour apprendre à travailler ensemble. L’Europe ne peut être simplement un lieu de transfert pour nos lignes d’opposition nationales. Et la lutte pour des droits nouveaux doit s’y juxtaposer à notre travail de contestation. »

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