Accueil > Culture | Par Martin Cazenave | 1er juillet 2008

Téléchargement. Pris dans la toile

Un projet de loi européen prévoit une coupure de l’accès à Internet à tous les contrevenants au droit d’auteur, après deux mails de mise en garde. C’est la « riposte graduée ». La résistance s’organise. Point de vue.

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La « riposte graduée » , préconisée par le rapport de Denis Olivennes, ex-PDG de la FNAC, pour tenter d’endiguer le téléchargement illégal sur Internet, est tout d’abord une expression lourde de sens. En se plaçant d’entrée dans une logique guerrière, elle ne pouvait que faire face à une levée de boucliers des défenseurs de nos libertés. Mais si ce terme fait couler beaucoup d’encre en ce moment, c’est aussi parce qu’il est le dernier râle d’une industrie vieillissante qui joue là son va-tout, sans grands espoirs.

Si guerre il y a, elle est plutôt mal engagée pour l’industrie de la culture : en annonçant un énième plan social il y a quelques semaines, EMI et SonyBMG, deux des principales maisons de disques internationales, montraient une nouvelle fois des signes de faiblesse. Stigmatisés jusqu’à l’extrême, les « vilains pirates du net » (autrefois « gentils consommateurs » ) seraient selon elles la cause principale de cette défaite cuisante et mériteraient amplement de subir ce dernier baroud d’honneur. Et cela même, alors que de nombreuses voix s’élèvent, dans toute l’Europe, pour dénoncer les dérives évidentes d’un projet de loi écrit sous la pression des lobbies.

RIPOSTE GRADUÉE

Mais que cache cette « riposte graduée »  ? C’est une coupure pure et simple de l’accès à Internet à tous les contrevenants au droit d’auteur sur Internet, seulement précédée de deux avertissements par mail. Le Parlement européen ayant voté début avril une résolution plaçant l’accès à Internet comme un droit impératif pour l’inclusion sociale, la loi Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur l’Internet), qui découle du rapport Olivennes, part ainsi sur de très mauvaises bases. Mais ce qui suit est plus grave, et justifie le battage médiatique autour de cette « mauvaise » loi. Pour faire la chasse aux pirates, une surveillance pernicieuse du réseau doit être mise en place. Pour cela, le gouvernement préconise de faire appel à des sociétés privées balayant Internet et dénonçant les contrevenants à la fameuse Hadopi, dont les membres sont nommés par le ministère de la Culture, qui décideront, en totale indépendance par rapport à la justice, de couper l’accès Internet aux fautifs. Est-ce qu’une guerre justifie de telles atteintes aux droits ? Ces capacités de surveillance et d’action, jusqu’à présent uniquement réservées à la lutte contre le terrorisme, font peur à plus d’un titre.

Face à ce projet de loi, le Web français est en ébullition. Depuis le projet de loi Davdsi, version antérieure de la loi Hadopi qui a donné lieu à une forte mobilisation des internautes, le Web fait ainsi entendre sa voix sur ce qui pourrait être son probable futur. Sous forme d’associations ou par des initiatives personnelles, en prenant la parole dans les médias traditionnels ou sur les blogs les plus spécialisés, la résistance s’organise.

CYBERMILITANTS
« Selon nous, il est impossible de contrôler efficacement la circulation de l’information à l’ère du numérique par le droit et la technique, sans porter atteinte aux libertés publiques et freiner le développement économique et social »  : aux avant-postes de cette bataille, les cybermilitants de la Quadrature du Net sont l’exemple type de ces nouvelles formes d’activisme à l’heure du numérique. Se décrivant comme « un collectif de citoyens qui informe sur des projets législatifs menaçant les libertés individuelles » , la Quadrature du Net est menée par un redoutable et médiatique orateur, Christophe Esperne.

Derrière cette figure de proue, une multitude d’associations, de blogueurs, de politiques et même d’artistes prennent position, relancent le débat et tentent d’attirer l’attention sur l’enjeu. Dernièrement, c’est l’une des références de la presse informatique, SVM qui a initié en ligne une pétition au succès retentissant contre le projet de loi. La couverture du magazine, pour l’occasion, plagiait la fameuse affiche du festival Woodstock, où une colombe fait son nid sur un manche de guitare.

Bande de hippies ? Pas vraiment : d’autres solutions sont envisageables et ces défenseurs des libertés numériques comptent bien les faire entendre au niveau européen. A quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, où notre gouvernement fera logiquement pression sur ces sujets, les luttes d’influence risquent bien d’être féroces. M.C.

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