Accueil > Société | Par Emmanuelle Cosse | 16 janvier 2009

Témoignage sur un « contrôle au faciès »

Un petit texte écrit par plusieurs professeurs du lycée Jean Rostand de Villepinte suite à une intervention de la police le 5 janvier.

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Professeurs au lycée Jean Rostand de Villepinte, nous nous sommes retrouvés sur le quai du RER B de la gare de Sevran-Beaudottes en direction de Paris vers 17h30 le lundi 5 janvier. À l¹extrémité du quai, deux policiers étaient en train de procéder à un contrôle d’identité auprès de deux jeunes hommes. Ceux-ci ont posé leurs mains sur le mur et il a été procédé à une palpation de sécurité. Un troisième policier plus près de nous, avec deux cartes d’identité en main, conversait par téléphone. Une fois ce contrôle fini, parmi les nombreux voyageurs présents sur le quai, les policiers ont choisi de contrôler un jeune homme assis sur un banc. Est-ce car ce jeune homme portait une capuche et un survêtement ? Est-ce parce qu¹il pouvait être perçu comme étant arabe ?

Ils lui ont demandé de se lever, l’ont mis à l’écart et ont procédé à des palpations de sécurité. Ce jeune homme, âgé d’une vingtaine d’années, a été immédiatement tutoyé par les policiers. Il est resté extrêmement calme tout au long de l’épisode. Au bout de quelques minutes, nous avons constaté qu’ils avaient sorti une pièce et tiraient quelque chose à pile ou face. À l¹issue de ce « jeu », les policiers l’ont laissé repartir. Une fois montés dans le RER, nous sommes allés discuter avec lui. Il nous a dit que les policiers avaient constaté qu’ils n’avaient pas de titre de transport, ni de papiers d’identité, et qu’ils lui avaient demandé de dire « pile » ou « face », le hasard déterminant si oui ou non ils allaient procéder à une verbalisation.

Nous avons été choqués de cette pratique assumée d’un traitement inégalitaire entre les personnes qui avait tout d’un "contrôle au faciès". Les policiers, formellement, ne sont pas sortis du cadre que leur fixe la loi : elle les autorisait à contrôler ce jeune homme et à lui demander son titre de transport. Pourtant, avec la mise en scène d’un tirage au sort, ils se sont situés à l’extrême limite de ce cadre. Ce jeu sur les limites est dangereux : que se serait-il passé si, confronté à cette situation, le jeune homme avait perdu son sang-froid ? Une telle mise en scène ne semble avoir d’autre signification que la manifestation humiliante d’un arbitraire et d’un rapport de force, peu compatible à nos yeux avec la mission de représentants de la loi dévolue aux forces de l’ordre.

Vincent Bruand, Sophie Godefroy, Arnaud Guillemette, Caroline Izambert, Sylvain Pattieu, Laure Plassard

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