Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er septembre 2009

Thierry Machuel/ Sur la terre simple

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//« De la musique avant toute chose »//, disait Verlaine. A cette exhortation, l’auteur-compositeur Thierry Machuel semble répondre, avec ses nouvelles œuvres profanes pour chœur a cappella : « De la poésie avant toute chose ». Ce magnifique instrument qu’est la voix humaine trouve avec lui l’union originaire du chant et du poème dans une communion respectueuse des singularités, un échange où l’autre s’enrichit de toi et t’enrichit.
« L’étranger te permet d’être toi-même, en faisant de toi un étranger » . C’est sous le signe de ce syllogisme d’Edmond Jabès que le mystère opère à la lisière frémissante où parole et son oublient leurs différences et où seule l’humanité s’impose. Un exercice musical qui semblait oublié, et que les entrées successives dans le poème dit et chanté nous remet à l’oreille, dépoussiéré des préjugés anciens. Comme ces « Elégies romanes », cinq pièces en cinq langues romanes, du portugais au roumain en passant par l’espagnol, le français et l’italien. Sophie de Mello Breyner, Lucien Blaga, José-Angel Valente, Yves Bonnefoy, Daniela Attanasio.

Pour vous inviter à enrichir de votre écoute cette magnifique œuvre de vie, de mort, de passage « sur la terre simple » , ces vers d’Yves Bonnefoy : « A ce flocon/Qui sur ma main se pose, j’ai désir/D’assurer l’éternel » . J.M. 

Thierry Machuel , Sur la terre simple, œuvres profanes pour chœur a cappella , solistes du chœur Mikrokosmos, Loïc Pierre, direction, Label inconnu, contact@label-inconnu.com

ENSEIGNE TANT CONVOITÉE
« Encore me souvient d’un matin/ Où nous mîmes fin à la guerre :/ Et où m’accorda si grand don/Son amour avec son anneau./ Dieu me laisse encor vivre assez/ Pour que j’aie les mains sous sa cape ! » Mais alors, la « fin amor » n’était pas que jeu spirituel et quête d’une perfection ? En mettant en exergue ces vers (traduits de l’occitan) de Guilhem de Poitier, trublion troubadour dévergondé et courageux guerrier d’un Moyen Age plus libertin qu’on ne le croit, Francis Pornon nous livre une clé de son poème-livre : animé par son illustre ancêtre, il en fait le calice de ses douleurs, attaché, dans ses transports amoureux, à un vocabulaire de la guerre : « Elle se renverse en soi/ Espérance de défaite victoire » . Entre sa supplique aux « Frères humains » et son « envoi » final, il officie avec cette assurance, cette prestance masculine qui transforme l’homme en dieu et la femme en réceptacle : « La voilà gisante/ Chevilles et poignets liés/ Quand elle voit se dresser/ L’objet de sa terreur/Sujet de ses désirs/L’arme depuis jamais haïe/Enseigne tant convoitée/ (...) Phallus phallus phallus » ... Heureuse qui peut inspirer le poète, fier, lui, de l’être, comme Ronsard...

Au-delà, le venin d’un réel assombri par une humanité décevante. Un rituel poétique qui va du sublime au banal, beaucoup de citations. Une certitude : le climat toulousain fait du bien au poète, érotise le politique et politise l’érotique.... J.M. 

Francis Pornon , Midi , Encres vives, coll. Encres Blanches, n° 375, 6,10 euros

Paru dans Regards , n°64, septembre 2009

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