Accueil > Politique | Par Jon Elizalde | 27 février 2012

Tout un programme

Il sera bien difficile pour le Président sortant
de proposer sérieusement des mesures
destinées à redresser le secteur de la santé,
qu’il a méthodiquement mis en pièces
ces cinq dernières années. À gauche
comme à droite, les autres candidats à la
présidentielle dressent le même constat
d’une santé à deux vitesses et d’une inégalité
croissante de l’accès aux soins, et
cherchent le remède. Petit tour d’horizon
de leurs préconisations.

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Mois après mois, le baromètre de
TNS Sofres le confirme : la santé
est la deuxième préoccupation des
Français après l’emploi. Pourtant, les candidats
à la présidentielle n’en ont, apparemment, pas
fait leur principal cheval de bataille. On les a
du moins peu entendus sur le sujet. Chacun a
toutefois élaboré des propositions précises, qui
sortent parfois du lot.

Un désir commun, d’abord, pour les partis de
gauche : la rigueur, l’austérité ne doivent pas
s’appliquer à la santé. On ne touche pas à ce
secteur, vital par définition. C’est aussi ce que
désirent les Français qui, à 82 %, ne souhaitent
pas que l’État dépense moins dans ce domaine,
d’après un sondage Harris Interactive publié en
novembre. Un désaveu pour l’UMP, qui ne voit
pas les choses de la même manière : le plan de rigueur
annoncé le 7 novembre prévoit une économie
de 700 millions d’euros dans les dépenses
de santé.

Oui mais, réplique l’UMP, si le système de santé
tel que nous le connaissons (« où l’accès aux
soins pour tous les citoyens est une chance
exceptionnelle
 ») est en danger, c’est notamment
« parce qu’il est miné par des abus ou par des
fraudes
 ». La conclusion s’impose : « Si nous
voulons sauvegarder les fondements de notre
modèle, si nous voulons le transmettre à nos
enfants, il est vital de le réformer !
 » Tout un programme…

Côté Front national, on ne dit pas vraiment autre
chose. Il s’agit là aussi, avant tout chose, de « lutter
sans merci contre les abus
 », ce qui permettrait,
selon le FN, de diviser le coût de la santé
par quatre en cinq ans, « soit 15 milliards d’économies
 ». Tout cela suivi de près par un alléchant
« Secrétariat d’État à la lutte contre la fraude ».
Tant qu’à faire, Marine Le Pen propose aussi la
suppression de l’aide médicale d’État (AME), qui
permet aux étrangers résidant en France de pouvoir
se soigner, ce qui rapporterait « 588 millions
d’euros par an
 ».

État -providence

L’AME, c’est aussi un sujet essentiel au Front de
gauche, qui promet, à l’inverse, de la rendre à
nouveau gratuite – depuis l’an dernier, 30 euros
sont exigés pour bénéficier de cette aide. Question
santé, Jean-Luc Mélenchon veut « supprimer
tout ce qui nuit
 », notamment la Loi HPST, dite Bachelot, ainsi que le « reste à charge » : les
franchises médicales et le forfait hospitalier. En
outre, la santé s’inscrit dans la fameuse « planification
écologique ». «  Nous voulons mener
une réflexion sur ce que l’on produit, pour lutter
contre la malbouffe et l’obésité
 », détaille Catherine
Jouanneau, l’une des responsables du secteur
Santé du Front de gauche. Surtout, ce dernier
a un objectif : le remboursement des soins
de santé à 100 % par la Sécu. «  C’est la seule
solution pour que les gens puissent se payer des
lunettes, se faire soigner les dents, etc.
 »

C’est aussi l’une des propositions phares de
Philippe Poutou : « Plus les mutuelles prennent
de place, plus c’est inégalitaire
 », dénonce Jean-
Claude Laumonier, de la commission santé du
NPA. Du coup, les mutuelles seraient réduites
à un simple rôle de conseil. Pour financer cette
réforme d’ampleur, le parti entend récupérer
« 30 milliards d’euros » en supprimant les exonérations
de cotisations sociales, « qui n’ont jamais
créé d’emplois
 ». Autre proposition drastique :
l’expropriation des laboratoires pharmaceutiques
car «  les médicaments doivent être un bien
commun, public. On ne produira que des médicaments
dont on peut prouver qu’ils ont une
utilité.
 » Le NPA prévoit aussi un « plan emploi-formation
 » avec la création de 120 000 emplois
pour l’hôpital. Et pour lutter contre les déserts
médicaux, le parti veut créer des centres publics
de santé, gratuits, partout où il y a des déficits,
« avec des médecins hospitaliers qui travailleraient
en partie dans les hôpitaux et en partie
dans ces sortes de dispensaires.
 » Dans chaque
structure, au moins une maternité, un service de
chirurgie et un d’urgences. Idem pour le Front de
gauche, qui entend lui aussi multiplier les centres
de santé, déjà présents dans certaines communes.

Du côté d’Europe écologie - les Verts, la prévention
est au coeur du projet. Pour que les Français
soient en meilleure santé, et pour réduire
les inégalités en la matière, EELV veut prendre
le problème à la racine : « encadrer strictement
l’utilisation des pesticides
 » mais aussi « développer
l’éducation alimentaire, généraliser le
bio
 », etc. Plus original, les Verts souhaitent faire
« reconnaître les médecines non conventionnelles
et leurs limites
 ». Et fidèle à son combat
de toujours, Eva Joly veut, là aussi, « affronter les
lobbies
 ». « Entre protéger les Français et protéger
les bénéfices de l’industrie du médicament,
du sucre ou des pesticides, j’ai fait mon choix !
(…) Le gouvernement exclut les plus précaires
de la solidarité nationale : moi, je préfère que
l’on taxe les industriels responsables
 », déclarait
la candidate en octobre.

Lutte contre la désertification

Bien difficile, sur ce sujet comme sur tant
d’autres, de savoir ce que pense et propose
François Bayrou. Tout juste le candidat centriste
explique-t-il que la lutte contre la désertification
médicale passe notamment par « la mise en
place de stages obligatoires dans le cursus des
futurs médecins, qui se dérouleraient dans les
cabinets de médecins expérimentés, installés en
zones rurales ou en zones urbaines difficiles
 ». Ou encore par «  la revalorisation des bourses
pour financer les études en contrepartie de
l’engagement de s’installer dans un endroit qui
en a besoin
 ». Si Bayrou est peu bavard quant
aux inégalités d’accès aux soins, il peut d’ores
et déjà compter sur le soutien des professionnels
 : d’après un sondage publié le 12 janvier par
l’hebdomadaire Impact Médecine, le Béarnais
arrive en tête des intentions de vote au premier
tour chez les médecins (27 %) et les pharmaciens
(28 %).

Et François Hollande ? Lui aussi très discret sur la
santé, il a pourtant l’intention d’en faire une priorité
de sa campagne avec l’organisation de deux
jours d’atelier : accès aux soins pour tous, réforme
de l’hôpital public… Le PS, dans son projet, prévoyait
de contraindre les médecins, surtout les
jeunes, à s’installer, dans les zones de déserts
médicaux ? Le candidat Hollande est en désaccord
et préfère « un mécanisme d’incitation »,
comme le confirme Marisol Touraine, chargée de
la santé dans son équipe. Le socialiste compte
également « encadrer et plafonner strictement
les dépassements d’honoraires
 », mais aussi
« revoir le système de financement de l’hôpital,
aujourd’hui traité comme une entreprise privée,
au mépris de sa mission de service public.
 »
Encore un peu vague.

A-t-on encore le droit d’être malade ?

Report de soins faute de moyens, dilution du
principe de solidarité, logique individualiste et
réformes néolibérales… Le fameux système à
la française prend l’eau et laisse de plus en plus
de patients au bord du chemin. La santé est
devenue l’une des priorités des Français et sera
au coeur de la campagne présidentielle.

Portfolio

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