Accueil > Economie | Par Rémi Douat | 1er mars 2006

Travail pour tous, et si ce n’était pas qu’une utopie ?

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Alors que le gouvernement et le medef cassent le droit du travail, resurgit l’idée, à gauche comme à droite, de sécuriser les parcours professionnels. La violence de l’entreprise inspire écrivains, metteurs en scène et réalisateurs.

En dépit de ses modestes proportions, Nicolas Sarkozy est bien le monsieur muscle du gouvernement. Plus glamour : on l’a vu le torse bombé et ruisselant sur une plage : Dominique de Villepin n’a rien à lui envier. Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, il dégaine à tout va. En plein été, il impose le contrat nouvelles embauches (CNE) à l’aide d’une ordonnance, mesure prise par l’exécutif pour une réforme qui aurait dû relever du parcours législatif. Premier coup de force. Un peu plus tard, en novembre, l’état d’urgence est instauré après que les émeutes se sont calmées. Deuxième coup de force, éventuellement destiné à calmer toute velléité revendicative. En janvier, le concurrent de Nicolas Sarkozy utilise l’article 49-3, dit d’« engagement de responsabilité », pour imposer le contrat première embauche et couper court à tout débat. Ultime coup de force. « On ne peut pas priver plus longtemps les Français de véritables mesures contre le chômage », argumente alors le Premier ministre. Du côté du Medef, on se frotte les mains tout en se cherchant un peu : CNE, oui, inconditionnel. CPE, prudence. Il ne faudrait pas enrayer la machine à casser le droit du travail, objectif assumé de la patronne des patrons Laurence Parisot. On se souvient qu’en 1994, Edouard Balladur avait dû retirer son CIP devant la mobilisation des jeunes. On sait depuis Jean-Pierre Raffarin que « ce n’est pas la rue qui gouverne », n’en déplaise aux manifestants, entre 220 000 et 400 000 personnes selon les sources, qui ont participé à la première journée nationale de manifestations anti-CPE le 7 février dernier. Le gouvernement reste également sourd aux sondages : 58 % des Français et 68 % des 20/25 ans sont hostiles au CPE. Une majorité de Français est donc contre la suppression d’un acquis central du droit du travail : il faut un motif pour licencier, une base reconnue par 140 pays réunis par l’Organisation internationale du travail de l’ONU.

Cette période de destruction de la stabilité professionnelle, où gouvernement et Medef marchent main dans la main, rouvre le débat sur la sécurité sociale professionnelle ou sécurisation des parcours professionnels. L’enjeu ? Comment concilier la légitime aspiration des salariés à la stabilité, à la préservation de leur statut, de leur revenu, de leur droit à la formation, et les besoins d’une économie dite moderne qui se traduit par une adaptation à court terme et par une grande fluctuation de la demande. Partie du Parti communiste, adoptée par la CGT, l’idée a voyagé jusqu’à Jacques Chirac.

Milieux syndical et politiques ne sont pas les seuls en ébullition. De nombreux signes montrent que la société tout entière se transforme sous les coups de boutoir de la précarité montante. Ainsi, quelques opportunistes surfent sur la casse du droit du travail et en font un business. Jobdealer, site Internet inspiré d’une entreprise allemande, propose des annonces d’emploi sous la forme d’enchères inversées, le moins regardant sur son salaire et ses conditions remportant le poste. Bienvenue dans la foire d’empoigne libérale. Tous ne sortent pas indemnes de cette violence économique. On ne saurait trop recommander à Nicolas, Dominique et Laurence de s’offrir un break devant l’excellent documentaire Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Le film ainsi qu’une foisonnante littérature montrent comment la précarité s’immisce au cœur du salariat et transforme les méthodes managériales. On peut se sentir fragile même quand on a du travail.

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