Accueil > Politique | Par Mathieu Dejean | 26 mars 2012

Tumulte et fracas au NPA

Philippe Poutou, candidat du NPA à l’élection présidentielle, était en meeting à Grenoble le 21 mars. Satisfait d’avoir obtenu ses 500 signatures, mais à la peine pour élargir son champ d’influence. Le lendemain, coup dur pour le parti trotskiste, le courant unitaire du NPA (la Gauche Anticapitaliste) annonçait son ralliement au Front de Gauche. Reportage.

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Ce 21 mars, sur le campus de Grenoble, devant un parterre d’environ 200 étudiants réunis dans un amphithéâtre, le ton est loin d’être professoral. Au pupitre, un homme aux yeux rieurs prononce un discours-fleuve entrecoupé d’applaudissements. « Vous avez connu le simple facteur Besancenot, aujourd’hui c’est le simple ouvrier Poutou », se présente-t-il. Le candidat du NPA revient de loin. S’il stagne à 0,5% des intentions de vote, il fait désormais partie des dix prétendants passés au travers du filtre des parrainages. Une place gagnée de haute lutte, comme il ne manque pas de le rappeler : « C’est une grande fierté d’avoir franchi la barre antidémocratique des 500 signatures. On a maintenant cinq semaines de campagne officielle, qui seront pour nous l’occasion de défendre notre programme ».

Un postulat intangible

C’est ce à quoi il s’est appliqué pendant une heure, énumérant ses objectifs : instauration d’un monopole bancaire public, gratuité des transports collectifs, sortie du nucléaire dans les 10 ans, bouclier social, suppression des niches fiscales... Quant aux moyens, Philippe Poutou part d’un postulat intangible : « Tous nos acquis sociaux sont le résultat des luttes des travailleurs et des ouvriers ». C’est donc logiquement qu’il en appelle à l’auto-organisation de la population.

Mais le procédé laisse sceptique plus d’un étudiant. La révolution ? « Un argument de séduction », prétend l’un d’eux, qui apostrophe le candidat avec dédain. Certains l’estiment davantage, mais ne sont pas convaincus pour autant. Pour Léo, venu par curiosité, «  Poutou ne propose pas assez de mesures concrètes, il ne dit pas comment on fait tout ça. Je vais voter Mélenchon, pas pour l’homme, mais pour ses idées, pour une vraie gauche, qui a les pieds sur terre ».

Ménager la chèvre et le chou

Ce sympathisant met le doigt là où ça fait mal. Les électeurs du NPA semblent avoir été happés par le champ magnétique généré par le Front de Gauche. Le succès de la marche pour la VIème République organisée par Jean-Luc Mélenchon n’est pas passé inaperçu. Philippe Poutou se sent obligé d’y faire allusion : « On se revendique, comme Mélenchon, de la République sociale, celle portée par la Révolution française et la Commune de Paris ; celle qui doit permettre à la population d’imposer les réponses adaptées à ses intérêts. Ça va bien au-delà de la question de la VI ème République ». Poutou, visiblement, botte en touche. La carrière d’homme politique professionnel de Jean-Luc Mélenchon et sa participation au gouvernement de la gauche plurielle inspirent un rejet viscéral chez certains militants du NPA. Pourtant, les masses populaires et militantes opposées aux politiques d’austérité sont derrière lui, et le candidat-ouvrier doit ménager la chèvre et le chou : « Nous sommes pour une riposte unitaire dans la rue avec le Front de Gauche, contre le MES [Mécanisme européen de stabilité], plutôt que de défendre une idée bizarre de VI ème République ». Marcher séparément, mais se retrouver ensuite pour frapper ensemble... Une démarche – léniniste – qui ne fait pas florès.

Départ avec perte et fracas

Le lendemain du meeting de Philippe Poutou à Grenoble, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans les milieux de la gauche de gauche : des cadres du NPA appellent dans une tribune de Libération à voter Mélenchon. Hélène Adam, Myriam Martin et Pierre-François Grond, membres de la « Gauche anticapitaliste » (le courant unitaire du NPA), constatent avec amertume l’échec du NPA à «  rassembler tous les anticapitalistes dans un parti de masse », et viennent renforcer les rangs du Front de Gauche. Ils préfèrent sacrifier la singularité de la candidature du NPA – condamnée à la marginalité – pour « peser réellement dans une situation politique aux enjeux majeurs ». Faut-il s’en réjouir ?

Léo, au meeting de Grenoble, jugeait « important qu’il y ait une candidature indépendante du NPA, car l’extrême gauche se différencie du Front de Gauche ». Philippe Poutou ancre en effet son discours dans la tradition révolutionnaire trotskiste, en multipliant notamment les appels à la « convergence des luttes à l’échelle internationale et à l’échelle européenne, pour opposer à l’Europe des banques et des capitalistes une Europe sociale ». Mais en partant d’emblée du principe que les élections ne changeront rien à l’affaire, y compris au sein de la force électorale et militante du Front de Gauche, le NPA semble être tombé dans le piège du solo funèbre. Le trotskisme est-il voué à finir « dans les poubelles de l’histoire », comme disait...Trotsky ?

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