Accueil > Société | Bloc-note par Christelle Gérand | 26 juin 2012

Un dessin contre un scanner

Choisir entre payer le loyer, se nourrir ou
aller chez le médecin, c’est le quotidien
de la majorité des artistes new-yorkais.
Stacey Ann Ellis, une artiste plasticienne
du Bronx, multiplie les contrats et les
employeurs, mais aucun d’entre eux n’est
contraint par la loi à lui fournir une assurance,
au coût exorbitant aux États-Unis.

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Comme 50 millions d’Américains, elle vivait
sans aucune couverture sociale jusqu’en février,
où elle s’est rapprochée du Lincoln Medical
Center, un hôpital du Bronx. Cet établissement
permet depuis trois mois aux artistes aux
faibles revenus d’utiliser leurs compétences
pour gagner des « crédits-santé ». Une heure
de travail à l’hôpital donne droit à l’équivalent
de 40 dollars de soins. Pour pouvoir se payer
une consultation de routine chez le gynécologue
à 300 dollars en moyenne, Stacey Ann
Ellis devra par exemple passer huit heures à
l’hôpital à faire des peintures murales ou des
ateliers de dessin avec les patients.

Les « crédits-santé » sont valables pour
toutes les dépenses de santé, leur nombre
est illimité, et ils n’expirent pas. Les artistes
peuvent donc se constituer une petite cagnotte
virtuelle en cas de gros pépin de santé,
l’une des plus grosses craintes des classes
moyennes américaines.

Trente artistes qui, comme Stacey Ann Ellis,
gagnent un tout petit peu trop pour bénéficier
de la couverture publique Medicaid – qui nécessite
d’être en dessous du seuil de pauvreté
– mais vraiment pas assez pour s’offrir le luxe
d’une assurance privée, ont frappé à la porte
du Lincoln Medical Center depuis l’ouverture
du programme. « Je n’avais pas spécialement
de soucis de santé lorsque j’ai déposé mon
dossier
, précise Stacey Ann Ellis, mais plutôt
que d’attendre une urgence médicale comme
font la plupart des artistes, je renoue avec les
visites de routine et la prévention.
 »

Le Lincoln Medical Center et l’hôpital Woodhull
sont les deux seuls aux États-Unis à proposer
ce programme, mais l’idée pourrait faire des
émules dans ce pays où 16 % de la population
vit sans assurance et où les hôpitaux publics
sont au bord de la faillite. Avec la réduction
des aides fédérales, plus d’un quart d’entre
eux a fermé en moins de vingt ans. Alors, c’est
avec joie que le personnel hospitalier du Lincoln
Medical Center et de l’hôpital Woodhull
voit l’arrivée des artistes qui repeignent gratuitement
des bâtiments vétustes et proposent
des ateliers aux patients que les hôpitaux n’ont,
depuis longtemps, plus les moyens de financer.
Colette Barrow, la coordinatrice du programme
à l’initiative des deux hôpitaux, le qualifie
ainsi de « gagnant-gagnant », pour l’hôpital
et les artistes.

Elle estime qu’« en tant qu’hôpital public,
nous devons nous efforcer de toucher tout le
monde
 ». Ne serait-ce pas plutôt au gouvernement
de s’en assurer ? « C’est une tout autre
question
 », esquive-t-elle. Une question tendue
à laquelle elle refuse de répondre, alors
que la réforme de santé de Barack Obama est
toujours remise en cause.

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