Accueil > Monde | Reportage par Mathilde Goanec | 23 septembre 2011

Un féminisme au poil ?

En Ukraine, les militantes du mouvement Femen ont fait
de la provocation leur marque de fabrique. Flirtant avec
un nationalisme parfois nauséabond, s’opposant au féminisme
traditionnel, l’organisation est pourtant devenue un acteur
incontournable de la défense du droit des femmes dans le pays.

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Leurs photos ont
fait le tour des
rédactions web
occidentales alléchées
par ces
belles ukrainiennes à la poitrine
découverte, brandissant des
pancartes rageuses. Les militantes
de Femen « font du clic »,
de l’audience, en langages Internet
et médiatique. « L’Ukraine
à poil
 », sur Libération, « Striptease
militant
 », pour Le Figaro
ou encore « Les seins nus font
de la politique
 », pour La Libre
Belgique
. Sans parler de la
presse anglophone, friande elle aussi
des photos de ces jeunes
et jolies féministes.

Créé à Kiev
en 2008, le groupe Femen a
réussi le tour de force de s’imposer
comme l’une des principales
figures médiatiques ukrainiennes,
au sein d’une société
civile assez peu visible à l’international.
Inna
Shevchenko,
l’une
des meneuses du mouvement,
qui a récemment fait trois jours
de prison pour ses activités, en
explique la genèse : « Personne
ne nous protège dans ce pays,
nous avons donc voulu créer
un mouvement de femmes
indépendant, qui agit dans la
rue et qui ne se contente pas
de théorie.
 »

Au début du mouvement, un
slogan choc squatte les pancartes
de Femen : « L’Ukraine
n’est pas un bordel.
 » En ligne
de mire, le tourisme sexuel,
légal dans le pays. Prostitution,
agences matrimoniales
douteuses, tours organisés
pour hommes en manque de
filles et de sexe dans les principales
villes du pays, l’Ukraine
est en effet un eldorado pour
le business du sexe et le trafic
d’être humains. Convaincues
par ces mots d’ordre, attirées
par le côté pop et sexy du mouvement,
300 jeunes femmes
sont venues grossir les rangs
de Femen. Le groupe compte
depuis cette année cinq antennes
dans le pays. Ses revendications
vont aujourd’hui bien
au-delà de la dénonciation du
tourisme sexuel et s’éparpillent
désormais dans le champ du
politique, du sport, ou encore
de l’écologie. Femen dénonce
ainsi en vrac les 4 X 4 dans les
rues de Kiev, le tremblement
de terre au Japon, le président russe Dmitri
Medvedev,
son
homologue ukrainien Viktor
Ianoukovitch,
la tenue de l’Euro
2012 dans le pays ou encore
la corruption à l’université... Le
mode opératoire est, lui, resté
inchangé. A moitié nues, une
dizaine de jeunes femmes font,
selon le propos du jour, le pied
de grue devant des bâtiments
officiels ou s’allongent sur les
boulevards, leurs slogans écrits
à l’encre noire sur des pancartes
de fortune. Toujours entourées
d’une nuée de photographes,
les militantes prennent des
poses provocantes et crient
devant les caméras pendant
une dizaine de minutes, avant
d’êtres chassées par la police,
le plus souvent conciliante. Les
campagnes sont relayées ensuite
sur le web, via les réseaux
sociaux et les blogs, très actifs
dans le pays. Les médias traditionnels
se chargent du reste.

Le corps comme moyen d’action

Montrer ses seins pour dénoncer
le tourisme sexuel, utiliser
son corps pour servir la cause
des femmes, la méthode est
ambiguë. Femen est d’ailleurs
sévèrement critiqué par une
partie du mouvement féministe
ukrainien, hostile à cette
« profanation du féminisme et
de la question des genres
 »,
selon Olena Suslova, membre
du Conseil consultatif d’information
sur les femmes
d’Ukraine et féministe reconnue.
« Femen
est médiatique,
car ses membres "font l’image"
en étant sexy, jeunes, et en utilisant
des attributs ukrainiens
très stéréotypés,
décrypte la
chercheuse. Bien sûr, nous
pouvons avoir des positions
communes, notamment en
ce qui concerne le trafic des
femmes, mais je ne suis pas
sûre que le féminisme soit le
cœur de leur action. Et je ne me
sens pas proche de leurs méthodes,
qui conduisent à l’exhibitionnisme
et à la victimisation,
sans apporter de résultats.
 »
Non moins virulente, la célèbre
écrivain Evgenia Kononenko
s’emporte contre la symbolique
mise en action par Femen : « Le
féminisme, c’est le respect de
soi-même. Femen
appelle les
femmes et les hommes à ne
pas se vendre, alors même
que ses activistes se déguisent
en prostituées bon marché !
 »

Nullement troublée par ces
attaques, Inna Shevchenko
oppose cette « nouvelle idéologie » au mouvement féministe
classique, qui lutte en
Ukraine à coup de pétitions,
de textes dans les journaux et
d’attaques en justice. « A l’origine,
nous n’utilisions pas les
corps nus, mais nous jouions
avec l’érotisme et la sexualité
,
rappelle Inna Shevchenko. Puis
nous avons compris que notre
corps était notre arme et nous
nous battons désormais avec.
Nous utilisons notre nudité,
non pas pour vendre quelque
chose, mais pour défendre nos
droits.
 » Femen, en happening
permanent, s’inscrit dans cette
jeune société civile ukrainienne,
un peu brouillonne, qui crée ses
propres codes pour exister. Oksana
Lutsyshyna, jeune écrivain
ukrainienne et chercheuse en littérature,
vivant actuellement aux
États-Unis, y voit un pur produit
de l’après-révolution orange de
2006. « Premièrement, Femen
n’est pas une émanation de
l’académisme occidental, c’est
vraiment un mouvement populaire
qui fait un travail formidable
,
estime la jeune femme.
Et je ne pense pas que ce soit
un mouvement "antiféministe",
comme certains tendent à le
penser, mais plutôt une tentative
pour redéfinir le féminisme,
dans une approche plus globale.
Le problème, c’est que le corps
d’un homme est vu comme un
instrument de résistance, mais
celui de la femme est consumérisé,
érotisé... Donc, quand
les femmes de Femen se déshabillent,
elles ne dévoilent pas
seulement leurs seins, elles
posent aussi la question de la
représentation du corps féminin
dans l’espace politique.
 »

Un message flirtant avec la xénophobie

Pour assurer son financement
et pérenniser le mouvement,
Femen s’est lancé récemment
dans le marketing, en créant une
série de tasses, de t-shirts, de
posters portant son logo, deux
seins stylisés peints en jaune et
bleu, couleurs du drapeau ukrainien.
L’organisation réalise aussi
régulièrement des empreintes
en peinture ou en plâtre des
seins des militantes et les mets
aux enchères sur Internet. Un
business qui a pour slogan :
« Clique sur un sein, achète Femen.
 » Le procédé choque Natacha
Tchermalykh, membre de
la toute jeune organisation Offensive
féministe, plutôt ancrée
à gauche et lancée l’an dernier :
« Même si je suis d’accord avec
leur revendication de départ,
Femen opte sans scrupules
pour un autre échange symbolique,
celui de la marchandisation
du corps.
 »

Selon Offensive
féministe, Femen
n’est pas à
une contradiction près, et ses
membres ont également souligné
les amalgames xénophobes
dont ses militantes se seraient
rendues coupables, en filigrane
de leurs campagnes. « J’ai été
particulièrement choquée par
leur protestation contre la venue
des supporters de l’équipe de
football turque Galatasaray
dans
la ville de Lviv, lors d’un match
contre l’équipe du « Karpaty »,
confie Natacha
Tchermalykh.
Femen proposait d’interdire la
présence des Turcs à Lviv au
niveau municipal, considérant
qu’ils représentent un danger
majeur pour les femmes ukrainiennes.
Le discours de Femen
dans ce cas-là rejoint clairement
le discours de Svoboda, un
parti d’extrême droite ukrainien,
particulièrement hostile aux
mouvements migratoires et à la
présence des étrangers sur le
territoire de leur pays. Les Turcs,
quand à eux, sont stéréotypés
par Femen comme une horde
"hyper-virile" de "barbares" ne
sachant pas contrôler leur pulsions
sexuelles...
 » Les images
postées en ligne lors de cette
campagne médiatique sont en
effet assez éloquentes : une
jeune femme, complètement
nue et les seins peints aux couleurs
du club Karpaty, est encadrée
par deux supporters ukrainiens
aux mines patibulaires
qui protègent son sexe de leurs
mains. « En dehors de l’esthétique
très douteuse de toute la
scène, une autre interprétation,
plus politique, est possible
, estime
Natacha Tchermalykh.
Ici, la
féminité stéréotypée de Femen
fait alliance avec une masculinité
exacerbée de la micro-société
très patriarcale des supporters
de football, cette dernière étant
censée "sauver" la femme ukrainienne des hommes turcs...
Pour ma part, un mouvement
de femmes qui combinerait un
discours libertaire et égalitaire
avec un discours xénophobe
est insoutenable.
 »

Persistance des discriminations

Par ses revendications permanentes
et sa force de frappe médiatique,
Femen aura au moins
eu le mérite de faire la lumière
sur les attaques faites aux droits
des femmes en Ukraine et sur le
travail des féministes. Dans ce
pays indépendant depuis tout
juste 20 ans, le passé soviétique
brouille toujours la donne, mais
tous les acteurs s’accordent
sur une persistance des discriminations.
« En théorie, sous
l’URSS, les femmes avaient les
mêmes droits que les hommes
,
rappelle Evgenia Kononenko.
Mais, en pratique, il y avait
très peu de femmes dans les
élites communistes. La jeune
fille soviétique été programmée
pour le mariage et le travail,
mais pas pour faire carrière...
Dans l’Ukraine d’aujourd’hui, la
situation est un peu différente,
nous sommes mieux représentées,
mais les problèmes
persistent.
 »

Moins bien payées
que les hommes, les femmes
ukrainiennes fournissent le
gros du bataillon des instituteurs,
professeurs, infirmiers
ou médecins, des professions
dont le salaire dépassent rarement
les 200 euros par mois.
Et même lorsqu’elles accèdent
à des postes à responsabilités
dans le privé, mieux rémunérés,
elles gagnent moins que les
hommes. Souvent seules avec
leurs enfants, les femmes sont
les premières victimes de la
précarité grandissante dans la
société ukrainienne. L’accès à la
contraception est encore limité,
le plus souvent pour des raisons
financières, mais également
à cause du retour d’influence
de l’église, porteuse d’un discours
patriarcal et conservateur.
L’avortement, légalisé très tôt
en ex-URSS, est toujours très
répandu, mais pratiqué dans
des conditions souvent déplorables,
quand il ne remplace
pas purement et simplement
les méthodes contraceptives.
Il est d’ailleurs remis en cause
dans un projet de loi préparé
par le gouvernement actuel, qui
multiplie les signaux négatifs à
l’encontre des femmes. Dernier
coup d’éclat en date, la suppression
des femmes dans les
corps de police, la réforme de la
retraite (sous pression du FMI),
qui touchera prioritairement les
femmes, ou encore celle des impôts,
qui sanctionne largement
les petits entrepreneurs, une profession
là aussi très féminisée.

Les discours officiels sont du
même acabit. Chaque 8 mars,
les femmes reçoivent des compliments
de toute la classe politique,
via les chaînes de télévision
publiques, célébrant la
mère ukrainienne courageuse,
figure tutélaire de la nation. Ce
qui n’empêche pas le Premier
ministre de déclarer, il y a un an,
que « ce n’est pas aux femmes
de mener des réformes
 »... Le
Président lui-même, en voyage
à Davos, en janvier 2011, s’est
illustré en invitant les investisseurs
étrangers à venir faire
des affaires dans son pays et à
profiter par la même occasion
des charmes des belles ukrainiennes...
De quoi faire rager, de
concert, Femen et l’ensemble de
ses détracteurs.

Portfolio

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Vos réactions

  • Le nombre de fautes d’orthographe, dignes du CP, me fait penser que l’auteur de l’article soufre probablement de courts-circuits cérébraux aussi importants que ceux de ces Femen qui, sans en avoir conscience, tuent le vrai féminisme en revalorisant de vieux clichés machistes... sans oublier les préjugés racistes et l’absence totale de subversion, qui peinent à être compensés par leur seule absence de vêtements !

    Karlito Le 4 août 2013 à 16:42
       
    • "souffre" prend deux "F" Karlito... médite donc à ça avant de faire le malin.

      Léa Le 26 août 2013 à 14:41
  •  
  • L’achat en loi Duflot se fait très souvent en VEFA (Vente en Etat Futur d’Achèvement). Cela correspond à acheter un appartement sur plan. un appartement en loi duflot 2014
    Il y a deux questions :
    Le bien immobilier va t’il être bien fini ?
    Quand-est-il de la qualité de construction ? votre loi Duflot avis est utile pour ça.

    Acquérir un logement avec un promoteur renommé ou national vous assurera de la réalisation du projet en loi Duflot.

    Michel Jacquesson Le 26 janvier 2014 à 20:48
  •  
  • Cette loi est elle encore d’actualié ?

    coupe du monde 2014

    greg Le 8 mai 2014 à 01:52
  •  
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    anne Le 25 juin 2014 à 16:47
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