Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er juin 2004

Un héros sans auréole/ Gabriel Ferrater

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//« T’aimer ? oh, cela va bien plus loin !/Quand la vermine fera un froid souper/de mon corps mort, elle y trouvera/un arrière-goût de toi. Et n’est-ce/pas toi indécemment qui t’es/éprise de moi jusqu’au dégoût ? »//

Le ton est donné, c’est ainsi que Gabriel Ferrater, poète catalan, écrivait dans les années 50-60 à Barcelone. Là où sa vie prit un autre cours, entre amours déçues et rencontres intellectuelles enthousiastes. Comme celle du « groupe de Barcelone » chez Carlos Barral ou, plus tard, du « gang » du poète Jaime Gil de Biedma et Jaime Salinas, influencé par la poésie réaliste de l’Américain Robert Frost et de l’Anglais Wyston-Hugh Auden. Influence majeure, car ce qui suit dans la création de Gabriel Ferrater est une fascinante illustration de cette poésie « de l’expérience » (figurative), mais qui n’exclut pas de manière brutale l’influence surréaliste. D’apparence narrative sans vraiment l’être. D’un individualime lucide teinté d’ironie. Un concret de la déchirure, de l’intermittence, dans ce monde léthargique de l’époque franquiste. Une « poésie sans majuscule » qui regarde d’un œil distant le phrasé médiéval d’un Chrétien de Troyes, ou cite distraitement Wittgenstein, qui abonde donc en références d’une érudition non ostentatoire car ce n’est que le vécu d’une superbe intelligence. Un « héros sans auréole » , mais qui a « passé (son) Freud » , tel se veut-il par moments. « Ce sera un héros bien de mon temps,/ un temps pour moi qui s’est fait vieux,/ Helena, avec tristesse je le dis » On le verrait bien errer dans les films d’Antonioni ou flamber comme Essenine, la fièvre au corps. Sa poésie passe en cascade à travers ses dents serrées. Entre faiblesse et génie, abrités ou chassés par les alcools, Ferrater est un point de départ pour beaucoup de poètes catalans contemporains. Un incontournable.

Julia Moldoveanu

Gabriel Ferrater , les Femmes et les Jours ,

traduit du catalan et présenté par William Cliff,

éditions du Rocher, collection Anatolia, 25 ?

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