Accueil > Monde | Par | 1er octobre 2004

UN HORIZON BUSHÉ

George W. Bush sera-t-il réélu ? Quelle que soit l’issue des élections américaines le 2 novembre, le bushisme a déjà gagné une manche en imposant sa vision du monde, mélange de logique binaire, de cynisme et de sécuritarisme. L’alternative à ce monde-là existe. Mais où en est l’autre amérique ?

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Dossier réalisé par Roger Martelli, Cécile Raimbeau et Chakri Belaïd

La cause est entendue. George W. Bush est un fruste dont les bourdes font le bonheur des journalistes et des éditeurs. Un dirigeant dont la pensée politique est d’un tel simplisme que, par contraste, Ronald Reagan lui-même finirait par nous paraître plus proche de Thomas Jefferson que de lui. George Bush est un menteur, qui a délibérément trompé l’opinion et le Congrès pour obtenir l’engagement américain en Irak. C’est un cynique qui, oubliant sa jeunesse protégée, envoie les « boys » à la mort, justifie celle de dizaines de milliers d’Irakiens, menace des millions d’autres, puissants ou misérables, au nom du droit imprescriptible des Etats-Unis à l’hégémonie. Mister President est l’homme des ligues de vertu et des intégrismes les plus brutaux, qui croient que vont advenir les prophéties de l’Apocalypse et qui voient partout l’Antéchrist. Bush junior, enfin, est le président qui, à son profit et à celui de son entourage, a confondu allègrement l’intérêt public et l’intérêt privé.

George W. Bush, le mal élu de l’automne 2000, est tout cela. Et pourtant, ses chances de l’emporter sont intactes. Et pourtant, même s’il est battu en novembre, nous persistons à dire ici qu’il a d’ores et déjà gagné quelque chose. Parce que, de fait, il est devenu un modèle. N’avons-nous pas entendu Vladimir Poutine exalter son homologue américain, après le massacre terrible de Beslan ? Sa diatribe sur les forces du mal, son choix immédiat de la terreur pour répondre à la terreur, son absence de compassion à l’égard du peuple tchétchène, son orgueil « grand-russe »... Tout ce qu’il a dit était une réplique parfaite, paroles et musique, de la rhétorique de Bush au lendemain du

11 septembre. Ne voilà-t-il pas que W. le primaire est devenu le maître d’école des puissants de ce monde !

La « Team B »

Au temps de la guerre froide, il y avait en Amérique des croisés au front bas, des McCarthy de bas étage, des cyniques méchants comme le jeune Richard Nixon, des délateurs zélés comme le cow-boy hollywoodien Ronald Reagan. Mais il y avait aussi, face à l’autre camp, des ébauches de pensée structurée, souvent réactionnaires, mais qui respectaient au moins les canons de la pensée rationnelle, parfois même démocratique. Quand le Républicain : par ailleurs maladivement anticommuniste : Richard Nixon parvint à la Maison Blanche, il avait dans ses bagages Henry Kissinger, moralement douteux mais tellement subtil et brillant. George Bush n’a autour de lui que des intellectuels d’Inquisition, qui font du cynisme politique une philosophie et de la brutalité une valeur. On est passé de Salinger et Kissinger à Paul Wolfowitz et à ses amis du « Team B » qui, depuis le milieu des années 70, à coup de rapports mensongers, ont forgé l’idéologie brutale de l’actuelle administration, celle qui a fait passer, sans discernement, l’Amérique de la puissance qui compose à la puissance qui frappe.

L’idéologie Bushiste

Malgré tout, trop souvent ceux-là mêmes qui se moquent de l’homme George Bush s’inclinent devant son administration et les valeurs qui la fondent. Elles sont une boussole pour le travailliste Blair et pour le conservateur Aznar, un Eldorado pour la Pologne post-communiste, un mythe pour une part non négligeable du tiers-monde. Quand bien même il serait battu, George Bush a imposé « sa » vision du monde. Dans un monde où l’ONU est vouée à jouer les utilités, la lutte contre les nouveaux barbares est devenue un principe régulateur planétaire, tout à la fois un objectif et un critère d’appréciation de tout acte. Un critère d’une simplicité déroutante : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes avec les terroristes » (20 septembre 2001). Et gare à ceux qui sont avec les terroristes, donc contre l’Amérique, car « alors la justice de ce pays s’appliquera également à eux » ! L’horizon ainsi défini, le moyen de l’atteindre coule de source : l’ordre policier est la seule réponse possible à un désordre du monde dont il est évident que les ressorts profonds ne sont pas dans la dictature de la marchandise, mais dans l’action perverse de « l’axe du mal ».

La France à l’écart ?

Mais, me direz-vous, qu’importe, puisque la France, elle, est à l’écart. Est-ce si sûr ? Il y a bien entendu, en France comme ailleurs et jusqu’aux Etats-Unis, des forces qui contredisent la poussée irrépressible de ce nouvel ordre américain. Il y a la France de ceux qui, sans hésiter, depuis le début des années 90 et la première guerre du Golfe, ont choisi de dire non au chantage de la puissance. Il y a, heureusement, la France officielle qui refuse de suivre l’administration américaine sur le dossier irakien. Il y a enfin la France qui, musulmans en tête, se dresse pour réclamer la libération des otages, sans céder à la frénésie anti-islamiste, sans s’abandonner à la peur aveugle et au désir de vengeance. Cette France-là donne à espérer.

Mais elle ne saurait nous faire oublier une autre face, plus trouble. La France officielle est aussi celle des deux frères Sarkozy, l’un au Medef, l’autre à Bercy et bientôt à la tête du principal parti de la droite gouvernementale. Or, que ne cessent de clamer les deux hommes ? Leur fascination pour l’Amérique. Non pas celle du demi-million de manifestants contre la guerre, mais celle de l’ordre moral et sécuritaire et des think tanks néolibéraux. Dans sa désastreuse simplicité, c’est bien l’Amérique de George W. Bush qui attire les Sarkozy Brothers. Contre l’esprit originel du gaullisme, la succession de Chirac est ainsi, pour l’instant, réservée à une variante locale de ce que l’Amérique conservatrice nous a donné de plus inquiétant. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Une gauche sous influence

Quel que soit le futur président américain, l’idéologie « bushiste » a gagné et, avec elle, l’Amérique des lobbies et de l’Empire. Mais elle a gagné par défaut. Le néolibéralisme de l’époque reaganienne s’était installé à un moment où la crise du soviétisme commençait à obscurcir l’avenir. Depuis, le soviétisme s’est effondré. Or avec sa chute, avec l’échec des grandes tentatives d’alternative anticapitaliste du

XXe siècle, l’espérance s’est bel et bien érodée. Nous sommes aujourd’hui, dans une sorte d’entre-deux. Partout dans le monde, les représentations anciennes de l’avenir social sont inopérantes. Mais si de nouvelles sont en germe dans le mouvement social et l’altermondialisme, leurs pousses n’ont pas encore pris force politique. La fuite en avant conservatrice, dont George Bush est l’expression la plus brutale et la plus parfaite, s’appuie sur cette situation d’incertitude : celle-ci inquiète tous les conservatismes, mais elle les nourrit en même temps. Jusqu’à ce jour, on ne juge concevable que le face-à-face d’une droite libérale arrogante et puritaine et d’une gauche molle, qui ne sait pas ou ne veut pas revenir sur la « contre-révolution » conservatrice amorcée à la fin des années 70. Une gauche qui, aux Etats-Unis, comme le montre bien Alain Gresh, est prête à reprendre à son compte, non seulement la vulgate néolibérale, mais encore les visions binaires du monde de ses adversaires républicains.

Là est, à ce jour, la grande victoire de facto de Bush et de ses semblables. Peut-être Kerry l’insipide parviendra-t-il, grâce à l’apport sans enthousiasme de la gauche américaine, à abattre l’équipe des faucons de Washington. Mais le ton général aura été donné par l’Amérique de Bush. Comment s’en étonner ? On le sait depuis longtemps et les Américains eux-mêmes le savent depuis Washington, Lincoln et Roosevelt : il n’y a pas de parole forte et audible sans grand rêve émancipateur. Mais ce rêve n’est pas possible si l’horizon social est bouché pour l’immense majorité de ceux qui ont peu, alors qu’un petit nombre a tout. Qu’il ne soit pas facile aux Etats-Unis, au cœur même de l’Empire, de dégager les voies d’une alternative anticapitaliste est une chose : Ralph Nader l’a cruellement expérimenté (voir l’article de Cécile Raimbeau) ! Mais que la difficulté existe partout ailleurs est une autre chose, et elle pèse sur l’ensemble de la réalité, y compris celle des Etats-Unis.

Voilà... Quoi qu’il arrive, George W. Bush n’aura pas tout perdu. Il est vrai que l’esprit du temps est, sur le fond, à la contestation du vieux monde. Il est dans les mouvements « anti-système », chez les anti-guerre ou les anti-G8. Il est du côté des luttes salariales, de celle des « sans », ou du côté des forums sociaux. Même si elle a tant de mal à se faire entendre, aujourd’hui, demain ou après-demain l’avenir est à « l’autre Amérique », celle que notre dossier donne à voir. Mais il n’en reste pas moins que, dans l’immédiat, c’est l’Amérique de Bush, après celle de Reagan, qui marque l’époque. Mieux vaut le savoir, pour mieux combattre et pour être plus ambitieux. En premier lieu chez nous.

Car l’Amérique, nous le savons, c’est si loin et c’est si près...

Roger Martelli

Sommes-nous « au cœur des ténèbres » ?

La paix du monde n’est pas qu’un argument électoral dans le match Bush- Kerry. C’est un enjeu central de l’élection présidentielle américaine.

Et pas seulement pour les citoyens américains. Car c’est bien à New York et à Washington, voici trois ans, que l’état de guerre a été décrété. Sa logique est implacable.

C’est une logique de la peur. L’Amérique électorale est moins mobilisée que terrorisée par un état d’alerte lancinant qui ne « calcule » plus le gâchis humain de l’Irak.

C’est une logique de la force. Les Etats-Unis, la Russie, Israël, le Royaume-Uni : quatre puissances militaires et non des moindres se situent aujourd’hui explicitement en dehors des procédures de droit international.

C’est une logique du délitement. Tandis que l’ONU est peu à peu ramenée au rôle que tenait la vénérable et impuissante Société des Nations avant 1939, la multiplication des gendarmes du monde autoproclamés finira bien par mettre en péril le monde lui-même.

C’est une logique sans fin. La force répond à la force et la « guerre au terrorisme » alimente l’extension de la terreur. Aucune guerre n’a fait reculer le nombre des attentats. Mais cette guerre-là enracine peu à peu une violence barbare dans des pays entiers.

« Les barbares ont-ils gagné ? » se demandait récemment un hebdomadaire français. Cette question est peut-être la seule qui compte. A condition, toutefois, de se mettre d’accord sur ceux que l’on nomme ainsi. Barbares oui, les instigateurs et auteurs du 11-Septembre, des massacres de Djakarta, de la tuerie de la gare d’Atocha, les preneurs d’otages d’Ossétie du Nord. Mais barbares aussi les tortionnaires des prisons d’Irak ou un Etat russe qui, en Tchétchénie comme à Beslan ou à Moscou, répond à l’horreur par l’horreur. Echo

du monologue prémonitoire du colonel Kurtz en final d’Apocalypse now ? Sommes-nous déjà au cœur des ténèbres ?

Les ennemis proclamés partagent au fond une même conception du monde et ont en commun la volonté farouche de l’imposer de force. L’enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot en est une illustration dramatique. Car devant ce geste aux finalités politiques et militaires plutôt obscures, on ne peut que se demander à qui profite le crime et quels sont les effets recherchés dans un pays comme la France. Certainement pas le retrait de la loi sur la laïcité, mais à coup sûr l’exacerbation des haines et des ressentiments.

Le monde musulman ne s’y est pas trompé. De ce point de vue, sa mobilisation en France et dans le monde, en vue de la libération des deux journalistes, quelle que soit l’issue finale de cet épisode où tant de choses restent dans l’ombre, est une des meilleures nouvelles de l’année.

Dans cette sorte de nouveau Moyen Age qui nous guette, des forces humaines, culturelles, politiques au sens large sont en mesure de se mobiliser pour une autre idée de l’humanité. La Palme d’or pour Farenheit 9/11 a été un acte symbolique fort, même si son poids pratique reste à mesurer. La réaction du peuple espagnol après les attentats de Madrid est peut-être d’une autre portée. En congédiant le pouvoir en place et son discours de la peur, l’Espagne a démontré que les barbares de tous poils n’avaient pas forcément la partie gagnée.

Mais il est tard et le mal nous ronge, pervertissant peu à peu, au quotidien, notre regard sur l’autre, sur l’étranger, sur l’étrange, sur le différent. Lutter contre la guerre, ce n’est pas seulement lutter contre Bush ou contre Ben Laden. C’est en toute circonstance, de la plus proche à la plus mondiale, contribuer à leur opposer une conception claire, explicite et partagée d’une humanité solidaire. Tel est sans doute aujourd’hui le cœur de toute question politique. Il y a du pain sur la planche.

Alain Bertho

Alain Gresh

« Ce rapport préfigure la poursuite de la doctrine Bush de guerre préventive »

*Alain Gresh est rédacteur en chef du Monde diplomatique et spécialiste du monde arabe. Il vient de publier L’islam, la République et le monde, éd. Fayard, 20 e

Publié le 22 juillet, le rapport de la commission d’enquête sur les

attentats du 11 septembre 2001 s’attache à la définition d’une « stratégie globale » contre le terrorisme. Alain Gresh analyse ses conclusions.

Composée de cinq démocrates et de cinq républicains (gouverneurs ou hauts fonctionnaires), la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre a jugé que l’ennemi n’est pas « le terrorisme » en général, mais le terrorisme « islamiste », voire l’islamisme en tant que « mouvement idéologique radical » dans le monde musulman.

Ainsi, l’interprétation du monde au travers des critères religieux qui sont au fondement du discours manichéen de « guerre des civilisations », qu’on pensait être l’apanage de l’administration néo-conservatrice de Bush, est reprise par le camp démocrate. La commission fait sienne la politique de maintien de l’alerte maximale sur le sol américain, soumettant les citoyens aux lois liberticides comme le Patriot Act. Elle invite d’ailleurs le futur président à reconnaître publiquement qu’il ne peut « promettre qu’une attaque catastrophique, comme celle du 11 septembre, ne se reproduira pas ». Pour éradiquer cette

« catastrophe qui menace » l’Amérique et qui veut « débarrasser le monde du pluralisme religieux et politique », le rapport préconise une stratégie en trois volets : offensive, préventive et défensive.

L’intervention armée ne suffit donc plus. Le renseignement, la police, la politique économique, la diplomatie, l’aide au développement et la communication à l’égard des pays musulmans doivent désormais être mis au service de cette lutte. Une nouvelle période doit s’ouvrir, affirme la commission, et cela quel que soit le président élu. A travers ce rapport, on assiste à une redéfinition consensuelle des finalités de tous les axes de la politique internationale américaine.

Ce rapport révèle le manichéisme de la perception américaine du monde musulman et l’aveuglement politique qu’il produit. Bush et Kerry, candidats en lice pour la présidence, ont souscrit aux recommandations de ce rapport.n Ch.B.

Le rapport désigne comme ennemi de l’Amérique, non pas le « terrorisme » mais le « terrorisme islamiste ». Que signifie cette nouveauté lexicale ?

Alain Gresh : Ce tournant lexical était prévisible. Cuba et la Corée du Nord n’en restent pas moins des ennemis traditionnels. Mais depuis le lancement de cette guerre contre le terrorisme, il était clair pour beaucoup de commentateurs qu’on visait le terrorisme islamique. Avec l’idéologie sous-jacente, copieusement véhiculée par l’administration Bush et dans les médias, qu’il s’agit d’un conflit entre les civilisations judéo-chrétienne et islamique. L’opinion a aujourd’hui intégré largement ce concept. Jusqu’à présent, la prudence dans le langage était de mise, il s’agissait de ne pas s’aliéner des alliés dans la région, notamment l’Arabie Saoudite. Mais, reconnaître aujourd’hui que l’ennemi est le « terrorisme islamiste » n’est que la continuation de ce qui est pensé depuis longtemps.

Cette désignation de l’« ennemi » a-t-elle des conséquences pratiques ?

Alain Gresh : Oui, dans la mesure où elle accrédite davantage l’idée de choc des civilisations. Or, il y a un danger à s’inscrire dans cette logique, d’autant qu’en face il y a un discours en miroir tenu par Ben Laden qui désigne l’ennemi comme étant l’Occident, les juifs, les croisés. Le risque est que des deux côtés, on perçoive chacun des actes politiques, comme une espèce d’affrontement entre deux civilisations. Par exemple, en interprétant le conflit israélo-palestinien, non pas comme un conflit politique qui met en jeu un peuple occupé et un occupant, mais comme un duel sans fin entre l’islam et le judaïsme. L’aide inconditionnelle de Washington au gouvernement d’Ariel Sharon confirme ce parti pris. Idem pour le conflit en Irak, qu’on peut lire de deux façons : soit comme celui entre la civilisation et la barbarie terroriste tel que Bush s’ingénie à le faire croire, soit comme un conflit politique, à savoir l’occupation d’un pays dans des conditions particulières que ses habitants refusent.

Pendant la guerre froide, l’identification de chaque conflit à un affrontement Est-Ouest relevait de cette même vision en noir et blanc. Le renversement de la dictature de la famille Somoza au Nicaragua, en 1979, par la révolution sandiniste, respectueuse des libertés et du pluralisme, ne s’était-il pas résumé pour les Etats-Unis à une avancée du communisme et de l’URSS ? A coup de sanctions économiques et en réarmant d’anciens gardes somozistes, les Américains finirent par faire chuter les sandinistes. Tout l’enjeu politique et de société que représentait le conflit entre les protagonistes locaux avait été nié. Il faut rappeler, cependant, que le refus de la guerre en Irak par la France et le Vatican a été un démenti à cette logique de guerre de civilisation.

Le rapport préconise notamment le recours à la « force » pour priver les organisations terroristes de « sanctuaire » ? Quel genre d’opération cela annonce-t-il ?

Alain Gresh : Cela préfigure la poursuite de la doctrine Bush de guerre préventive : là où l’administration estime qu’il y a un danger, elle pourrait intervenir, comme elle l’a fait en Irak. Si Bush est réélu, on peut imaginer des bombardements ponctuels sur l’Iran, la Syrie, le Pakistan entre autres, mais rien de plus. L’expérience irakienne n’encourage pas l’administration à recommencer une invasion ailleurs. Le cas de l’Arabie Saoudite reste en revanche à part. Depuis le 11-Septembre, chez les parlementaires et les médias, il y a en effet une forte campagne contre ce pays. Mais Bush souhaite-t-il vraiment déstabiliser le régime en place ? Qu’est-ce qui viendra après ? En tout état de cause, des incursions armées seraient stériles. Il y a, certes, une mouvance islamiste qui s’appelle Al-Qaida, une organisation terroriste qu’il faut combattre. Mais son élimination relève de l’action policière et politique et non d’une logique militaire, Al-Qaida n’étant pas un ennemi fondamentalement stratégique comme l’a été l’Union soviétique. Mais pour les Américains, l’idée est là que nous sommes dans une guerre mondiale !

Le rapport préconise, pour éradiquer l’islamisme, idéologie sous-jacente du terrorisme selon lui, de favoriser l’état de droit, la liberté

d’expression, celle des femmes,

l’aide au développement, l’ouverture politique et économique dans les pays musulmans. Qu’en pensez-vous ?

Alain Gresh : D’abord, les mouvements islamistes sont très divers : il y a des organisations, type Al-Qaida, qui sont sur la logique de guerre de civilisations, et ceux qui ne sont absolument pas terroristes et s’inscrivent dans la légalité. Récemment, les Frères musulmans égyptiens ont même adopté une charte qui inclut l’alternance, les libertés politiques !

Ce qui apparaît, en revanche, c’est une prise de conscience aux Etats-Unis, depuis le 11-Septembre, qu’une partie de la crise qui a lieu dans les pays arabo-musulmans est liée à un blocage des structures politiques avec lesquelles les dirigeants se sont longtemps accommodés. Pour autant, ce discours sur la démocratie ne se traduira pas dans les faits. Pour cause, il n’a aucune crédibilité dans le monde arabe, car il apparaît comme hypocrite. Quand, toutes les heures, les gens regardent sur Al-Jazira ce qui se passe en Palestine et dans la prison d’Abou Ghraib et qu’un responsable américain vient parler des droits de la personne, l’opinion rigole. Ce que les Américains n’ont pas compris, au sens concret, c’est que tant qu’ils n’auront pas résolu le conflit israélo-palestinien, ils seront perçus comme ennemis des peuples arabes. Et à l’intérieur d’eux, autant des islamistes que des modérés ou des laïcs. La haine des Etats-Unis est si généralisée dans ces pays qu’elle atteint même les élites qui collaborent avec les Américains. Et ce n’est pas un anti-américanisme qui relève d’une hostilité envers la démocratie et la liberté, comme Bush veut le faire croire. Au contraire, ces valeurs ont justement tendance à fasciner les peuples arabes. Cette haine vient précisément de la politique américaine au Proche-Orient dont la remise en cause est totalement absente du rapport.

Entretien réalisé par Chakri Belaïd

Tout sauf Bush ?

Après les sondages de l’automne, favorables à Bush, toute action à gauche susceptible de prendre des voix au Parti démocrate est bannie. « Tout sauf Bush », la devise est claire. Mais les anti-Bush sont trop divisés...

Par Cécile Raimbeau

« Si je me rends compte, plus tard, que c’est une marche en faveur de Ralph Nader, je pleurerai ! », doute une manifestante new-yorkaise, fin août, pendant la Convention nationale des Républicains. Le cœur de Manhattan est alors envahi de milliers d’Américains mobilisés contre la réélection de leur président (400 000 selon les organisateurs, 100 000 selon les autorités). La plupart de ces opposants, d’ailleurs, refusent à juste titre le terme de « réélection », considérant que le scrutin de 2000 leur a été volé. Comme cette manifestante, nombreux responsabilisent aussi le candidat Ralph Nader. Lors de la dernière présidentielle, sous la bannière des écolos, le fondateur du réseau altermondialiste Public Citizen était devenu un enjeu. Cet avocat progressiste avait recueilli 97 000 voix en Floride où seulement 537 votes avaient manqué au démocrate Al Gore. Bien que lâché par les Verts, Ralph Nader a décidé, pour l’heure, de défendre son droit à exister sur la scène politique de 2004. « La gauche lui en veut. Il a une image désastreuse ! », commente François Vergniolle de Chantal, chercheur associé au Centre français d’études sur les Etats-Unis.

« Anybody But Bush ! »

Comme les mouvements anti-guerre, la mobilisation anti-Bush est extrêmement hétéroclite. Elle rassemble de très nombreux électrons libres modérés et les militants traditionnels : pacifistes, altermondialistes, activistes communautaires, des homosexuels aux minorités raciales ; sans oublier la vieille gauche (très minoritaire) dont certains groupuscules semblent trouver un regain de vitalité, comme l’organisation trotskiste Workers World et la cellule maoïste Revolutionary Communist Party, actifs dans les coalitions anti-guerre, Answer et Not in our name. Puisque seule l’hostilité à Bush leur sert de ciment, beaucoup se sont unis sous la bannière ABB : « Anybody But Bush ! » (Tout sauf Bush !). Un mot d’ordre qui offre aux Démocrates une unité jamais égalée depuis cinquante ans.

Ce qui fait dire à John Zerzan, l’une des figures de l’anarchisme vert, que le ABB est une expression « totalitaire » : « Il y a sur Ralph Nader des pressions énormes sous prétexte qu’il est susceptible de prendre des voix aux Démocrates. L’alternative au bipartisme : ni critique, ni radicale (1) : se voit totalement écrasée. Ce qui leur importe, c’est d’être tous unis contre Bush, alors que Kerry a voté en faveur d’une augmentation du budget militaire, qu’il réclame plus de troupes en Irak, qu’il a approuvé le liberticide Patriot Act (2) et les accords favorables au libre-échange. » John Zerzan ne vote pas. Mais il pense que ceux qui acceptent le système électoral tel qu’il est, doivent accepter le droit à concourir des « third parties » (les troisièmes options). Derrière cette opinion se profile une question : Bush est-il un candidat républicain comme les autres ? Son entourage ultraréactionnaire met-il particulièrement en danger le pays et la paix dans le monde ?

Le Parti communiste américain (CPUSA) en est convaincu. « Ceux qui disent que la meilleure façon d’exprimer ses sentiments anti-Bush est de voter pour une alternative de « gauche » d’un « third party », sous-estiment le danger que représente le camp Bush et la proximité des intentions de vote », appuie Joelle Fishman, secrétaire du comité d’action politique. Et le secrétaire général, Sam Webb, argumente (3) : « Peu de personnes pensent que Kerry est un candidat de la gauche et du mouvement progressiste... Le plus grand danger de cette élection n’est pas dans le fait que des millions de gens pourraient avoir des espérances irréalistes dans l’administration Kerry, mais plutôt qu’une partie importante des votants croient encore que leur choix le 2 novembre ne fera pas de différence. »

Au programme...

Néanmoins, les différences de programme des deux partis majoritaires sont assez minces. Alors que Ralph Nader et certains démocrates comme Dennis Kucinich se sont prononcés en faveur d’un retrait des troupes américaines d’Irak, le candidat Kerry estime au contraire que l’armée américaine doit rester sur place. Il est même disposé à déployer davantage de troupes (4). Kerry insiste, certes, sur la nécessité d’enrôler la présence américaine sous l’égide des Nations unies et de confier à l’OTAN les opérations de maintien de la paix. Une nuance qui compte face au mépris affiché de la Maison Blanche pour les négociations multilatérales. Cependant, la politique dure prônée par les néoconservateurs a beaucoup perdu de sa crédibilité dans l’opinion suite aux scandales des armes de destruction massive, des tortures et de la mort du millième soldat américain. Si bien que de nombreux analystes pensent que Bush pourrait désormais se montrer plus prudent dans son interventionnisme.

Les « troisièmes options »

Aussi limitées soient-elles, il existe bien des différences entre les candidats, appuie Noam Chomski (5) : « Peut-être plus dramatiquement pour les affaires intérieures. Les gens autour de Bush sont très profondément investis dans le démantèlement des acquis sociaux gagnés durant le siècle dernier. Cette administration est dévouée à un très petit secteur de richesse et de pouvoir, peu importe le coût général pour la population. Cela pourrait être extrêmement dangereux à long terme. » Et l’intellectuel de souligner conjointement son respect pour Ralph Nader.

Mais à l’heure où les sondages effrayent, même les anti-Bush les plus à gauche hésitent à soutenir la tactique Nader. Dénonçant « les grands partis vendus aux multinationales », le candidat indépendant a opté pour une stratégie à long terme : défendre la place d’une troisième option. Historiquement, tout le monde sait qu’une telle place est inaccessible aux Etats-Unis. « Les mécanismes politiques et administratifs sont nombreux et sophistiqués pour empêcher les autres partis d’exister », explique Marianne Debouzy, professeure émérite d’histoire à l’université Paris VIII. Voilà donc Ralph Nader pris dans un piège dont il est difficile de sortir : si Bush gagne, il sera responsabilisé, isolé. Suicidé ? S’il se retire pour Kerry, il abandonne son droit et son devoir de questionner un système sclérosé.

Les Verts, persuadés de l’enjeu, ont adopté une stratégie moins kamikaze. Ils ont nommé un prétendant issu de leur rang qui axe sa campagne sur le soutien aux candidatures locales (les Américains ne voteront pas seulement pour le mandat de président) et il ne soutiendra sa candidature présidentielle que dans les Etats déjà acquis aux Démocrates ou aux Républicains. Les naderistes accusent les Verts de faire le jeu de Kerry. Des Verts, en revanche, pensent que Nader a viré dans la mégalomanie. « Nader joue un jeu à la Chevènement ! Il veut défendre une troisième candidature avant de créer un véritable troisième parti », expose le député écolo européen Alain Lipietz. « Les Greens défendent plutôt l’idée qu’il faut conquérir la population avant le système et s’appuyer sur une base socioculturelle. »

Le bipartisme

Sans grand enthousiasme, les Verts et les anti-Bush de gauche serrent donc les rangs derrière Kerry. Dans ce système de bipartisme, toutefois, il est clair que le Parti démocrate n’a qu’une idée en tête : la surenchère droitière pour concurrencer son adversaire. La fade campagne de Kerry en est la preuve. Et on le voit bien depuis les années 1980-1990 : peu à peu, le débat politique est tombé au niveau zéro. Quand Bill Clinton a été élu en 1992, il a déployé tant d’efforts pour dissocier sa politique sociale de celle du New Deal de Roosevelt. Cette surenchère a démantelé le Welfare en 1996, le programme d’aide sociale. Et rien ne laisse présager un changement. Aux USA, 60 % des électeurs ne votent pas et ceux-là sont les plus pauvres ! Si des organisations anti-Bush se sont fixé pour objectif de les amener aux urnes, le Parti démocrate n’essaie pas de les mobiliser. Il cherche à convaincre les électeurs dans l’autre moitié, la plus riche. D’ailleurs, le parti démocrate n’a plus d’aile gauche. « Le pasteur Jesse Jackson : ex-collaborateur de Martin Luther King : a été marginalisé et les rares parlementaires issus des contestations des sixties comme Tom Hayden sont des survivants ! », appuie Marianne Debouzy, doutant que les activistes d’aujourd’hui, sans relais politiques, puissent avoir une quelconque influence sur le projet national. Devenu sénateur démocrate californien, Tom Hayden, lui, affiche un optimisme qu’on ne demande qu’à croire : « L’effet durable de ce mouvement protestataire sera la renaissance d’une conscience progressiste et anti-impérialiste aux Etats-Unis parmi des milliers de groupes locaux capables de s’unir au besoin, grâce à Internet ! » C.R.

1. Ralph Nader défend la discrimination positive, les libertés civiles, une justice pour le consommateur, une mondialisation à visage plus humain. Son pragmatisme peut aller assez loin : il a accepté des financements de sponsors du Parti républicain...

2. Paquet complexe de lois « antiterroristes », voté après le 11-Septembre, le Patriot Act est une atteinte directe aux libertés civiles et individuelles, ainsi qu’aux droits des immigrés.

3. People’s Weekly World, l’hebdomadaire du PC américain (www.pww.org).

4. Le Monde Diplomatique, juillet 2004.

5. Interview publiée dans le webzine

contestataire Znet, (www.zmag.org),

le 21 mars 2004

Une gauche toute petite

Tapez « american far left » (extrême gauche américaine) sur un moteur de recherche Internet. Apparaissent les références de centaines de pages d’une combinaison de quatre mots et non de trois : « anti american far left » ! François Vergniolle de Chantal, chercheur associé au Centre français d’études sur les Etats-Unis, fournit une explication : « Aux Etats-Unis, le communisme est vécu comme une remise en cause des idéaux américains que sont les libertés individuelles et le commerce. »

Tradition anti-communiste

Aux Etats-Unis, l’anticommunisme n’est pas né d’hier. Il a été institutionnalisé après la Première Guerre mondiale par le ministre de la Justice Mitchell Palmer. Le tristement célèbre McCarthy poussa plus loin cette traque aux « Rouges » dans les années 50. Ses comités inquisiteurs n’ont disparu qu’en 1975. Le PC américain (CPUSA), qui comptait 100 000 membres en 1939, ne s’est jamais relevé de cette répression.

Mais tous les mouvements socialistes européens ont été victimes de la répression à un moment ou à un autre de leur histoire. « Pourquoi n’y a-t-il pas de socialisme aux Etats-Unis ? » (1). Les qualités uniques de la vie américaine au XIXe siècle, la réalisation précoce de la démocratie politique, l’absence d’une tradition féodale, la sociologie particulière d’une classe ouvrière composée d’immigrés, sont autant de facteurs qui auraient constitué un obstacle au développement d’une conscience de classe.

Sans oublier les facteurs internes aux partis : les stratégies politiques erronées et une relation trop étroite au PC soviétique. Comme ailleurs, les révélations sur les crimes de Staline en 1956 ont provoqué bon nombre de désistements au CPUSA. Les membres du PC n’étaient plus que 3000 en 1958, soit un déficit de 85 % en deux ans. Et ils ne sont guère plus nombreux aujourd’hui : « Le PC américain, actuellement ? N’y pensez plus ! », ironise Marianne Debouzy. Selon cette américaniste spécialiste des mouvements sociaux, « il y a bien des groupuscules trotskistes localement très actifs, surtout dans le mouvement syndical, chez les camionneurs ou dans l’industrie automobile. Un groupe dynamique édite le bulletin Labor Notes, tentant de fédérer les dissidents du syndicalisme officiel. Mais l’extrême gauche américaine est vraiment toute petite ! »

Années 60, la New Left

Années 60. Une nouvelle gauche se met d’aplomb, mobilisée contre la guerre du Vietnam. Cette New Left ne voulait pas ressembler au PC, était moins doctrinale, en partie libertaire. « Cette génération s’est livrée à des guerres picrocholines : défense d’une communauté raciale, sexuelle, religieuse... chacun s’enfermant dans son combat identitaire, abandonnant le terrain politique face aux Reagan ou Bush », analyse Marianne Debouzy.

Au cours des années Reagan, beaucoup d’universités, y compris Harvard, ont supprimé leurs cours sur Marx. Dans son livre sur l’histoire du PC (2), Guenter Lewy critique aussi l’anticommunisme de la gauche intellectuelle. Il parle même de « prohibition d’identifier les communistes comme tels ». Angela Davis, haut fonctionnaire du PC, était appelée poliment par les médias « activiste noire », pas communiste. « La plupart des « liberals » (réformistes) croyaient que l’anticommunisme était garant d’une intégrité politique et morale. »

Mais aujourd’hui, l’anti-anticommunisme a gagné les intellectuels et il y a des enseignants marxistes dans les plus grandes universités (3). Joelle Fishman du CPUSA sent aussi le vent tourner : « De plus en plus de gens s’identifient à des communistes, et parmi eux, beaucoup se rapprochent du parti. C’est ausi le cas chez les travailleurs, les immigrants, les gens oppressés. Nous entendons dire : j’ai toujours été communiste, sans le savoir ! »

Mais « les think tanks, nombreux à droite, sont fort rares à gauche », précise Marianne Debouzy (4), remarquant que les intellectuels critiques qui s’expriment sur la scène politique ont 70 ans et plus : Noam Chomski, Howard Zinn, Todd Gitlin...

Contestation dispersée

Les manifestations de Seattle fin 1999 avaient déclenché une vague d’espoir, écologistes, étudiants et syndiqués s’étaient distingués comme nouvelle force d’opposition à la mondialisation. A l’époque, on avait spéculé sur un éventuel renouveau du syndicalisme américain, historiquement miné par le corporatisme et la recherche du statu quo. Cependant, les syndiqués présents à Seattle venaient surtout défendre des intérêts conjoncturels et avaient pour instruction de ne pas se mélanger au défilé contestataire... En dépit de l’élection de John Sweeney : plus progressiste que son prédécesseur : à la présidence de la grande centrale syndicale, l’AFL-CIO, en 1995, les espoirs du renouveau du syndicalisme ont été déçus (5). Même si le mouvement a retrouvé une combativité, il est loin de s’être radicalisé et continue à soutenir inconditionnellement le Parti démocrate sans influencer ses décisions. Non seulement le taux de syndicalisation a dégringolé (14 % aujourd’hui contre 35 % dans les années 1950), mais une partie de la classe ouvrière est devenue assez conservatrice : un tiers des syndiqués auraient voté républicain .

« Nous assistons depuis une quarantaine d’années à un déclin des grandes associations populaires et syndicales au profit de petites associations de lobbying et de plaidoyer... dont les sympathisants se trouvent essentiellement dans les classes moyennes supérieures des grandes villes », décrypte la politologue Theda Skocpol (6). Déployée en mille lieux et mille organisations, déconnectée des milieux populaires, l’énergie contestataire pourra-t-elle infléchir les orientations politiques actuelles ?

C.écile Raimbeau

1. « Pourquoi n’y a-t-il pas de socialisme aux USA ? », par Eric Foner, La Revue Socialiste, novembre 2000.

2. The cause that failed : Communism in american political life,

Guenter Lewy, Oxford University Press, 1990.

3. La secrétaire du Parti socialiste américain estime à 10 000 (sur environ 500 000) le nombre de ces universitaires aux Etats-Unis, in « L’avenir du marxisme aux USA », La Pensée, juillet-septembre 1995.

4. « Quelle gauche américaine ? », par Marianne Debouzy,

La Revue Socialiste, novembre 2000.

5. « Ou en est le mouvement syndical aux USA ? », par Marianne Debouzy, Mouvements, novembre-décembre 2003.

6. « Les milieux populaires n’ont plus de voix », interview de la directrice du Centre d’études politiques

américaines à l’université d’Harvard, Alternatives Internationales,

septembre 2004.

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