Accueil > Société | Reportage par Jessica Ibelaïdene | 28 août 2011

Un mondial de foot pour reprendre pied

La neuvième édition de la Coupe du Monde de foot des sans-abris s’achève ce dimanche 28 août à Paris. Organisée chaque année depuis 2003, cette compétition permet à des personnes en difficulté de sortir de leur isolement, et parfois de la précarité. Cette édition a été marquée par la participation d’une équipe française féminine, pour la première fois.

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Paris. Le Champ-de-Mars. Ses touristes déambulant le cœur léger au pied de la Tour Eiffel. Un peu en retrait, une installation inhabituelle : trois petits terrains de football et leurs tribunes. Ils voient évoluer des joueurs qui eux ne sont pas vraiment en vacances, bien qu’ils en aient l’air. C’est ici que se déroule la 9e édition de la coupe du Monde des sans-abri. Environ 500 personnes venues de 53 pays y participent. L’occasion pour beaucoup de découvrir Paris, pour tous d’oublier leurs problèmes le temps d’une semaine. Parmi eux et pour la première fois, une équipe de jeunes femmes représente les couleurs de la France. Avec leurs marinières et leurs crampons, elles sont là « pour s’amuser et rigoler avant tout », explique Tania, 21 ans.

Elles ont entre 19 et 23 ans et sont toutes en situation de grande précarité. Michelle Dreyfus, leur manager membre du collectif Remise en jeu, raconte que « certaines vivent avec leurs parents dans des conditions difficiles, d’autres sont en foyer d’hébergement d’urgence à Paris », comme Anum, jeune Pakistanaise, arrivée en France il y a quatre ans. Cet événement lui permet de sortir de l’isolement dans lequel elle se trouve au quotidien : « C’est une très bonne expérience. Avec les autres filles de l’équipe, nous sommes solidaires et unies. J’ai beaucoup de copines maintenant ! » Comme si elle avait trouvé une deuxième famille... Et elle espère que cela durera.

Sur le terrain, face au Kenya, les filles se battent avec force. Et même si elles sont sévèrement battues (9 à 1), l’enjeu est ailleurs. Elles ont essayé, ont travaillé ensemble et ont partagé un bon moment avec les joueuses de l’équipe adverse. Pour Michelle, il s’agit d’un bon apprentissage pour ces jeunes femmes. Elle considère le sport comme un « outil à la réinsertion voire à l’insertion tout court ». L’exercice d’un sport et la compétition leur fournit un cadre, des règles – comme être à l’heure ou respecter les autres –, des valeurs et un courage qui pourront les aider dans la vie. « Et à aller au bout des choses », ajoute Tania, visiblement ravie et pleine d’espoir.

Un aspect social

Qu’espèrent ces « vedettes d’un instant » ? Qu’on les accompagne dans leur combat de tous les jours. Tania cherche actuellement du travail et une formation, pour pouvoir s’en sortir. Anum, elle, rêve de trouver un appartement et de suivre des études de droit, pour devenir avocate. Et Michelle leur a promis de les aider à y parvenir. « Il y a un aspect social clairement inscrit dans les objectifs de cette compétition , assure-t-elle. Nous n’y avons pas encore travaillé, mais nous aborderons ces problématiques avec elles, après la coupe du Monde  ». Développer des partenariats avec des entreprises, notamment dans le sport, préparer des dossiers pour trouver un logement et un emploi, trouver des financements pour faire naître des projets communs... Tels sont les chantiers qui les attendent.

Mais une participation à la coupe du Monde des sans-abris peut-elle vraiment permettre de faire évoluer des situations individuelles ? C’est ce qu’affirme Moussa, bénévole sur le site. Il est parti au Brésil l’an passé en tant que joueur de l’équipe de France. Habitant de Laval, ses conditions de vie se sont très vite améliorées après cela : « J’ai pu être médiatisé et avoir des contacts qui m’ont été très utiles. J’ai désormais mon propre appartement et un emploi stable dans l’industrie ». Une expérience qu’il vient transmettre pendant ses vacances.

Tout ne se fera pas dès la fin de la compétition. Il va falloir du temps et toutes n’auront peut-être pas la chance de Moussa. Après une semaine de divertissement, de vie en communauté, de rencontres, presque de liberté, le retour à la réalité risque d’être difficile pour Tania, Anum et leurs camarades. Michelle se veut rassurante, car elles reprendront les entraînements rapidement. Avec en ligne de mire, la coupe du Monde 2012 qui se tiendra au Mexique. Et le recrutement de nouvelles joueuses, à intégrer d’abord. Et à aider ensuite.

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