Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er avril 2006

Un poète de vérité/ Attila József

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Attila József (1905-1937) est un des poètes hongrois majeurs de l’entre-deux-guerres, un poète maudit que l’on peut placer à côté de Trakl ou de Lorca. L’Unesco lui consacre cette année. Mais plutôt qu’une reconnaissance, c’est une renaissance que ce recueil très complet de l’œuvre de József propose.

Salué en France dans les années 1950, ce fut sa fibre prolétaire qui l’amena aussi en Hongrie au rang de poète national à la même époque. Peut-on se limiter à ces poèmes des manuels scolaires hongrois, à ce barde de génie qui chanta l’ouvrier et la République de Bela Kun ? Cet anarcho-communisme étoffé dans le court séjour à Paris et aiguisé dans le parti communiste hongrois des années vingt fut un point de départ pour une aventure poétique extraordinaire, jamais séparée de son aventure humaine.
« Attila József etait un poète de vérité » , disait de lui un ami fidèle. Sa vérité, elle sort de la matière même, mais ne s’arrête pas à cette surface, elle nous mène quelque part au-delà du réel, dans une langue où les brumes champêtres du folklore s’animent par les mouvements de hache du verbe, où surréalisme et dadaïsme sortent de leur isme ordinaire pour transformer amours, souffrances, vocation du suicide et affres psychanalytiques dans une pâte de verre précieuse et unique. C’est l’aura tragique d’un poète qui meurt à 32 ans, fou de Villon et de Verlaine... Une fougue que la traduction française suit en tout honneur, empruntant tantôt le rythme des ballades de Villon, tantôt les structures Renaissance d’un Ronsard ou les cadences d’un Appolinaire. Malgré la difficulté d’une mise en français de l’accent tonique, de cette énorme différence entre les deux langues, c’est une mise en spectacle fastueuse d’une conscience surprenante et rare, bouleversante de modernité.

Voyez comment son besoin d’amour nous revient mille fois enrichi d’intérêts : « Nourris-moi car j’ai faim, borde-moi car je gêle,/ Vois comme je suis bête, occupe-toi... de moi./ Ton absence est un courant d’air qui me flagelle./ La peur me quittera si tu parles, toi. »

Julia Moldoveanu

Attila József , Aimez-moi, L’ ?uvre poétique , Phébus, 27 e/

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