Accueil > Culture | Par Charlotte Noblet | 18 février 2012

Une Berlinale révolutionnaire ?

L’Ours d’or de la 62e édition de la Berlinale a été attribué ce samedi à "Cesare deve morire" de Paolo et Vittorio Taviani. Le festival de films de Berlin s’était ouvert sur une révolution costumée avec le film de Benoît Jacquot sur les derniers moments de Versailles en 1789. C’est toutefois aux révoltes contemporaines que la Berlinale a réservé une place de choix : avec des productions consacrées au printemps arabe, aux Indignés ou à la crise de l’Euro.

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« Pouvons-nous avoir une démocratie si nous ne sommes nous-mêmes pas capables de nous écouter les uns les autres ? » Peu après la démission du Président Moubarak, la jeune journaliste égyptienne Heba Afify va à la rencontre des manifestants de la Place Tahrir. Elle veut décrypter la diversité de leurs opinions pour la rédaction internet anglophone du quotidien égyptien indépendant Al-Masry Al-Youm. La documentariste Mai Iskander suit la jeune journaliste jusqu’aux élections parlementaires de novembre 2011. Twitter et Facebook font partie de son quotidien. Certaines vidéos prises par Heba Afify avec son smartphone sont intégrées au documentaire Words of Witness qui gagne en authenticité.

« Share » : les réseaux sociaux et l’image du Printemps arabe

« Le recours aux réseaux sociaux et la diffusion de films amateurs sur les mouvements de révoltes et les violences qui les ont accompagnés ont participé à la prise de conscience de ce qui se passait dans les pays arabes », commente la Berlinale dans un de ses communiqués. « Les images d’amateurs de la Place Tahrir au Caire font maintenant partie de la mémoire collective ».

Les vidéos amateurs qui se multiplient sur internet divisent les cinéastes. Les uns reprochent leur héroïsation de l’auteur et l’anonymisation des sources d’information, les autres louent leur réactivité documentaire par rapport à l’actualité. « Avec YouTube, une nouvelle génération de réalisateurs est née, celle de ceux qui s’emparent de leurs portables comme d’une arme dans leur combat pour la liberté », déclarait pour sa part la réalisatrice syrienne Hala Al Alabdallah lors d’une table ronde consacrée mercredi à la Syrie.

« Do it yourself » : la volonté de documenter sa révolution

Les médias indépendants sont également largement présents dans le documentaire du réalisateur égyptien Bassam Mortada. Six jeunes journalistes relatent leur incapacité à rester neutres devant les violences et les injustices rencontrées lors de la révolution en Égypte. Le documentaire Althawra… Khabar (Reportage … une révolution) révèle le besoin de dignité du peuple égyptien. Les différentes productions consacrées au "printemps arabe" partagent cette même volonté, celle de participer à la définition de l’image de son pays.

« Je ne sais pas quelle direction va prendre le monde arabe, les changements ne se font pas en une nuit, c’est un long processus », observe Hania Mroué, libanaise, productrice et directrice de festival. « Ce qui apparaît par contre clairement, c’est le besoin suscité par "le printemps arabe" de documenter les évènements, du point de vue des personnes concernées et non du point de vue des médias. » Et d’analyser : « Ce sont avant tout les jeunes qui ont démarré les révolutions. Ils veulent raconter leurs histoires de leurs propres points de vue. » Hania Mroué fait partie du jury de la Berlinale récompensant un réalisateur pour son premier film.

« Crise » : se faire l’écho des mouvements de société

« Je voulais absolument faire un film situé dans la continuité du petit livre Indignez-vous de Stéphane Hessel »,explique le réalisateur français Tony Gatlif à la presse lors de la projection de son film "Indignados". « Le tournage avait commencé en janvier 2011, bien avant les mouvements des indignés, d’"occupy" ou de "real democracy now". J’ai donc vraiment eu de la chance lorsqu’au printemps, les jeunes ont commencé à descendre dans les rues en reprenant les mots de Stéphane Hessel. » L’engagement du réalisateur transparaît dans le reste de l’équipe : « Tony a su se mettre au service de la réalité », commente la protagoniste espagnole Isabel Vendrell Cortès. « Il le fait avec un film de cinéma, ce qui montre que les médias qui sont au service de la réalité ne font pas leur boulot. Et ça, c’est vraiment dommage car il y a vraiment beaucoup de personnes qui regardent la réalité à travers une télévision ! »

Un autre appel à réagir défit toute mise en scène : Le cinéaste allemand Romuald Karmakar présente un documentaire de 102 minutes enchaînant dix discours d’intellectuels allemands sur la crise de l’Euro, prononcés à Berlin en décembre dernier. La performance a tout d’un cours magistral à l’ancienne mais le message passe dans les salles de cinéma : les citoyens feraient bien de s’interroger sur la crise de l’Euro et d’arrêter de se réfugier derrière l’idée qu’ils ne comprennent rien aux marchés financiers. Sinon la démocratie leur sera volée !

La Berlinale se fait donc cette année l’écho des révoltes du monde actuel et pointe même du doigt la question du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui du Sahara occidental avec, entre autres, le remarquable documentaire de l’acteur espagnol Javier Bardem. Les derniers jours du festival sont eux-mêmes teintés d’une ambiance fin de règne avec la démission d’un autre président : Christian Wulff, le Président allemand. Et ça, ce n’était pas du cinéma !

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