Accueil > Culture | Par Guillaume Chérel | 1er octobre 1998

Une bonne image réveille la rétine...

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Les Graphistes Associés (1), sont au nombre de cinq actuellement : Sylvain Enguehard, Odile José, Anne-Marie Latrémolière, Vincent Perrottet et Mathias Schweizer. La plus " ancienne " a 50 ans, deux ont la quarantaine, un, trente ans et le petit dernier la vingtaine. Leur atelier se situe au coeur du Xe arrondissement de Paris, deuxième étage d’un vieil immeuble, dans un quartier cosmopolite et populaire. L’ambiance y est concentrée mais conviviale. Les fenêtres donnent sur une large cour d’où s’échappe le bruit métallique d’ateliers de confection textile. Leur boulot donc, c’est de créer des " images " (représentation d’un être ou d’une chose par les arts graphiques (...), nous dit le dictionnaire). Mais pas n’importe lesquelles. De celles qui disent le monde, qu’elles soient politiques ou culturelles. Citoyennes. Citons, pour exemples : le CRIPS (Centre régional d’information et de prévention du sida), le Centre culturel de Chevilly-Larue, le Parc de la Vilette, le Centre d’art contemporain du Creux de l’Enfer...et l’Association des 4000 fers à La Courneuve.

Fondés en septembre 1989 par Gérard Paris-Clavel, membre fondateur de l’ex-Grapus (2) et Vincent Perrottet, les Graphistes Associés ont souvent été distingués. Récemment, leur travail pour les affiches du Théâtre de Rungis, saison 96-97, et la Fausse suivante ) a reçu les deuxième et troisième Prix aux rencontres internationales de Chaumont (1998). Ils " réalisent et conseillent les messages graphiques de tous ceux qui leur offrent la possibilité (...) de faire réfléchir le public au lieu de l’infléchir à un acte de consommation, même culturel ou politique." Leur credo (puisque pollution d’images, publicitaire surtout, il y a) : une bonne image est une image qui résonne et raisonne. Elle réveille la rétine, donc l’intelligence de celui qui la regarde.

Concrètement, l’un d’entre nous porte le sujet du moment et tous les autres y travaillent, expliquent-ils. On en parle, on s’appelle, on propose une idée. Chacun amène sa pierre, en essayant d’empêcher que l’on tourne en rond. Chacun essaie de voir comment on pourrait améliorer l’image. Cela peut venir d’un accident. On la remet en chantier, jusqu’à ce qu’elle nous plaise. On prend beaucoup de temps. Le temps, ce n’est pas de l’argent. C’est de la qualité de vie... Les Graphistes Associés est une entreprise expérimentale en terme d’organisation sociale et affective. Tous associés, pas de patron, ni de pointeuse : le temps libre de droit... Mais ce n’est viable économiquement qu’à cinq ou six personnes, pas plus."

" Il faut que le lieu de travail soit accueillant. Comme nous sommes quotidiennement ensemble, on évite au maximum les rapports de pouvoir. Nous nous apprécions mutuellement et tentons de créer dans un cadre le moins strict possible. Nous travaillons avec des gens, et sur des sujets qui nous intéressent, du point de vue du sens, de l’histoire. Notre rôle consiste à traduire visuellement une idée." Sous-entendu, pas à vendre des chaussures confectionnées par des enfants exploités au Pakistan, ou une voiture avec l’icône d’une fille sexy...pendant qu’on licencie des milliers de personnes à Vilvorde.

Nous travaillons beaucoup avec des metteurs en scène, des responsables d’association ou d’institutions dont les actions sociales qui nous semblent juste Ce sont des messages qu’on accepte parce qu’il est urgent de les transmettre au public. On se met au service de la commande, tout en essayant de rester relativement autonome. Il s’agit de créer un message assez clair. Il faut avoir la capacité de synthèse. L’intermédiaire du message, c’est l’image. Cela suppose une connaissance des signes...que nous mettons au service de ce message."

Souvent fauchés, les Graphistes Associés sont heureux, malgré tout, dans leur travail, parce qu’ils font ce " qu’ils veulent ". Parfois, des sujets non traités, non commandés, les inspire (partie de leur activité qu’il nomme " autoproduction "). Le fascisme et la xénophobie, par exemple. Une de leurs images les plus connues est celle de Le Pen/Hitler." Ras’l’Front l’utilise très bien sur le terrain... C’est un sujet qui résiste au temps. Des images comme ça on en a plein nos carnets... D’autres sont réalisées à partir de nos réactions à l’actualité, en echo avec des associations comme Droit Devant, le Mouvement des sans-papiers et l’Observatoire international des prisons." Récemment, Mathias Schweizer a travaillé sur la monstruosité des mines anti-personnel." Un travail d’école que nous proposerons éventuellement à des organisations politiques et/ou humanitaires. Il nous arrive d’imaginer une image et de l’éditer sous forme de tracts, seules traces qui restent après les manifestations... On vérifie sur place, la façon dont les gens les regardent. Les tracts des organisations sont généralement mal faits. Le message est souvent fort mais son traitement visuel est faible ; sans parler de la langue de bois."

" Faire de la politique, ça veut dire s’intéresser à la vie de la cité... Une bonne pièce de théâtre, c’est politique. Nous ne calquons pas notre façon travailler sur ce qui se faisait il y a vingt ans dans le graphisme militant. Nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous. Les plus jeunes n’ont pas connu la période où lorsque l’on faisait de la politique on entrait forcément dans un cadre, une structure, un parti, un syndicat, une association. Où l’on acceptait des règles souvent contraignantes et consensuelles...les réunions de cellule, les couleuvres à avaler, le développement de la hiérarchie, le centralisme démocratique..."

Ne pas cataloguer " engagés ", " militants "... Ce serait trop restrictif. Les Graphistes Associés ne sont pas " marxistes " a priori. Certains oui, d’autres non." Nous ne sommes pas figés. Il y en a pour qui le Capital, la dialectique et Politzer ne signifient rien... Par contre, nous avons tous un avis, une vision du bonheur et de l’exploitation de l’homme par l’homme." n G. C.

1. Les Graphistes Associés, 12 rue Martel - 75010 Paris Tel : 01.47.75.12 et Fax : 01.47.70.75.15

2. Grapus est un collectif de graphistes, créé au lendemain de Mai-68.Pierre Bernard, Gérard Paris-Clavel, François Miehe, Alex Jordan et Jean-Paul Bachollet en ont été les principales figures.Par ses créations, comme par son rôle d’animateur et de formateur, cet atelier a eu une grande influence sur l’affiche sociale et culturelle.

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