Christelle Gérand
Accueil > Monde | Par Christelle Gérand | 30 octobre 2012

USA : Ouvriers en lutte, à l’école des ex-Samsonite

Le fonds d’investissement créé par Mitt Romney délocalise une usine américaine en Chine. Résultat des courses : 170 licenciements. Mais pour la première fois de leur vie, les employés ont décidé de lutter.

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Mitt Romney a promis la guerre économique à la Chine, mais c’est contre l’ouvrier américain que son fonds d’investissement Bain Capital la livre. L’entreprise passée maître dans l’art de la délocalisation a racheté l’usine Sensata de Freeport près de Chicago en janvier 2011. La sentence n’a pas tardé à être rendue : ses 170 employés seront licenciés le 5 novembre. Non pas que les 500 millions de dollars de bénéfices réalisés au second trimestre par l’usine de fabrication de composants automobile ne permettaient plus de les payer, mais l’attrait d’ouvriers chinois payés 99 centimes de dollars par heure et travaillant 75 heures par semaine, 7 jours sur 7, a été trop grand.

Aucun des ouvriers de l’usine n’est syndiqué. Mais pour la première fois de leur vie, les employés de Sensata ont décidé de lutter. Depuis le 12 septembre, ils se relaient nuit et jour en face de l’usine, où ils ont monté un camp. Ils ont mis Mitt Romney au défi de venir les soutenir, sans résultat. Le candidat Républicain n’est plus à la tête de Bain Capital, mais il profite des millions investis dans ses filiales. Ainsi en 2011, il a fait virer 405 000 dollars (313 000 euros) de ses bénéfices depuis Sensata vers une fondation qui lui appartient, évitant ainsi de payer des impôts.

Maintenant que les employés de Sensata ont formé les ingénieurs chinois qui les remplaceront à moindre coût, la direction a menacé d’une fermeture anticipée si les protestations ne cessaient pas. Quand les ouvriers ont essayé d’arrêter les camions conduisant leurs machines en Chine, la direction a appelé la police, qui a arrêté 23 manifestants.

Le combat des ouvriers de Freeport est « l’essence même de la lutte des Américains », a lancé le révérend Jesse Jackson, figure des droits civiques, lors de sa venue, le 22 octobre. « Lorsque ces travailleurs perdent leur emploi, ils perdent leur maison, ils perdent leur voiture. Leurs enfants ne peuvent étudier, ils perdent espoir [...] Nous nous battons pour l’ensemble des travailleurs américains ; nous nous battons pour lutter à armes égales. »

Tom Gaulrapp, qui passe la majeure partie de son temps libre sous le chapiteau, ne se bat d’ailleurs plus vraiment pour lui et ses collègues. « Au début on voulait sauver nos emplois. Mais on est réalistes : on sait maintenant qu’à moins d’un vrai miracle, cela n’arrivera pas. Par contre, si d’autres travailleurs suivent notre exemple ou que d’autres dirigeants se disent ‘est-ce que je veux vraiment attirer autant de mauvaise presse sur le nom de mon entreprise ?, ils pourraient décider de ne pas délocaliser. Et si nous pouvons sauver ne serait-ce qu’un emploi quelque part dans le pays, alors tout ce que nous avons fait aura été un franc succès. »

« Je n’avais jamais rien fait de politique, jamais protesté pour quoi que ce soit, poursuit-il. On a tous grandi dans un environnement où on ne se plaint pas, on ne proteste pas. Pour nous c’est une grande première, mais ce ne sera pas la dernière. »

Leur détermination a été renforcée par la visite des anciens employés français de Samsonite, venus les soutenir le 13 octobre. Leur usine d’Hénin Beaumont, dans le Pas-de-Calais, a elle aussi fait les frais de la politique de délocalisation de Bain Capital. En juillet, la cour d’appel de Paris a condamné les deux repreneurs de l’usine d’Hénin-Beaumont à un et deux ans de prison ferme pour avoir sciemment provoqué la faillite de l’entreprise. Déterminés à faire payer les vrais responsables, ils sont maintenant venus porter plainte pour liquidation frauduleuse contre Bain Capital à Boston, et ont tenu à apporter leur soutien aux ouvriers de Freeport au passage.

Tom Gaulrapp se souvient : « C’était une journée magnifique. Ils nous ont montré un soutien total. De nombreuses personnes nous ont rendu visite, mais c’est les seules que l’ont ait invitées à signer notre bannière. Ils nous ont transmis une part de leur courage et de leur résolution. Et de voir qu’ils sont en train de gagner leur combat, ça nous donne de l’espoir. »

Portfolio

Le campement.
Les ouvriers français venus soutenir les Américains.
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