Accueil > Culture | Par Sylviane Bernard-Gresh | 1er mai 2000

Vérité du théâtre,théâtre de la vérité

"Le théâtre, une arme pour le futur", ce colloque international se tiendra le 17 mai à Marseille, à l’initiative de l’Institut international du théâtre. Dans ce cadre, sera montré Rwanda 1994, de Jacques Delcuvellerie.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Ce sont 400 délégués venus de plus de 90 pays qui seront réunis à Marseille pour débattre des questions de culture et de paix, et de l’avenir de la scène théâtrale dans le monde. Ces débats publics constitueront l’un des moments forts du 28e Congrès de l’Institut international du théâtre. On y attend des personnalités comme Ariane Mnouchkine, Jean-Claude Carrière, Eduardo Manet, Alfredo Arias, Jean-Claude Grumberg, Jack Ralite pour la France, une délégation importante du Festival du Beseto (Pékin-Séoul-Tokyo), Vigdis Finnbogadottir, actrice et ex-présidente de la République d’Islande, Ioan Caramitru, acteur et ministre de la Culture roumain, Jorge Semprun ; y seront représentés de nombreux pays africains (parmi eux le Burkina Faso avec Jean-Pierre Guinganet) et des pays d’Europe centrale.

L’Institut international du théâtre réunit les artistes du spectacle (théâtre et danse), de tous les pays du monde. Sous l’égide de l’Unesco, son congrès se tient tous les trois ans. L’IIT fut jadis l’initiateur du fameux Festival international de Nancy. Organisme de rapprochement et de discussion, il permet à de nombreux pays en difficulté de rester ouverts sur le monde ; il provoque des rencontres, des échanges, noue des réseaux, crée des synergies, fait connaître différentes approches du métier d’acteur. Le 19 mai, la chaire de l’Unesco proposera dans ce cadre un débat sur les "formations artistiques" et un hommage à Jacques Lecoq. Durant toute la semaine où il se déroulera (du 14 au 21 mai) on pourra voir nombreux spectacles présents à Marseille et parmi eux l’Atelier, de Jean-Claude Grumberg, mis en scène par Gildas Bourdet, la Femme assise, de Copi, mis en scène par Alfredo Arias, les danseurs Marie-Claude Pietragalla et Angelin Preljocaj, Petits contes nègres, spectacle de rue avec Royal de Luxe. Enfin, un spectacle mis en scène par Jacques Delcuvellerie, Rwanda 94, dont la démarche est tout à fait emblématique du sens de ce congrès.

L’avenir de la scène théâtrale dans le monde

Ce spectacle composite et inclassable, écrit par cinq auteurs, joué par une trentaine d’artistes, élaboré pendant cinq ans de recherches, de rencontres et de voyages au Rwanda est né du dégoût de Jacques Delcuvellerie et Marie-France Collard pour l’indifférence que le génocide a suscité en Europe et leur indignation face aux explications raciales données par les médias. Au bout du compte, du théâtre total multipliant les formes : théâtre, musique occidentale, musique traditionnelle rwandaise, masques, marionnettes, danse, vidéo : pour tenter d’approcher l’explication du génocide et la responsabilité qu’en portent, en grande partie, les puissances coloniales (Allemagne d’abord, Belgique ensuite), les puissances néocoloniales comme la France. Un spectacle "culotté" qui montre les choses non pour les faire voir, mais pour faire découvrir comment elles sont vraiment. Un théâtre de grande émotion quand une femme rescapée vient raconter, simplement assise sur une chaise, le martyre que furent la mutilation et le massacre de sa famille.

Un théâtre de deuil et d’espoir avec cette "Cantate de Bisesero" qui rend hommage aux 50 000 Tutsis et Hutus rassemblés, tués pour avoir résisté avec des pierres aux milices armées. Outre l’éthique qui conduit le spectacle, et ses qualités artistiques pour tracer des chemins multiples vers la compréhension de l’innommable, ce travail vaut par la présence sur scène d’acteurs rwandais et constitue aussi une preuve de leur culture riche et raffinée. Un spectacle non pour éveiller notre pitié humaniste le temps de la représentation, mais du théâtre qui, s’adressant à la pensée autant qu’aux sens, met en pièces le puzzle d’un drame humain perpétré par des humains.A Liège, lieu de la création du spectacle, puis à Bruxelles au Théâtre National, où il reçut une ovation prolongée de la part de spectateurs debout, nous avons pu parler avec Jacques Delcuvellerie, metteur en scène.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?