Accueil > Politique | Entretien par Pierre Jacquemain | 26 septembre 2012

Véronique Dubarry : « Le refus du nouveau traité par les écologistes est un épiphénomène »

Après la décision du Conseil fédéral EELV de rejeter le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), Véronique Dubarry, adjointe au Maire de Paris (EELVA), militante de l’aile gauche des Verts, revient sur les raisons et les conséquences de cette décision.

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Regards.fr. En février 2005, les Verts se sont majoritairement prononcés contre le Traité constitutionnel européen (TCE). Sept ans plus tard, trois quarts des membres du conseil fédéral désapprouve le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Que s’est-il passé entre 2005 et 2012 ?

Véronique Dubarry. D’abord il y a eu des débats organisés dans les régions sur le TSCG, ce qui n’a pas été le cas pour le TCE en 2005 – même si à l’époque dans les régions, les militants étaient majoritairement favorables avec la ligne du TCE. Ce que je note aujourd’hui, c’est le décalage entre ce qui se passe dans les régions et en Ile-de-France singulièrement. Alors que les régions s’opposent au TSCG, l’Ile-de-France, émet un avis plus partagé, voire principalement en faveur du nouveau traité. Je crois qu’à la fois la population francilienne a évolué et que la sociologie des militants écolos, plus proche du pouvoir, porte le mouvement vers la défense d’une ligne plus consensuelle.

Comment concilier ce refus du TSCG avec une participation gouvernementale qui semble destinée à imposer une politique d’austérité ?

On peut participer à un gouvernement sans être d’accord sur tout. En revanche, il faut que le gouvernement accepte le débat et les divergences politiques de fond. Cela dit, je suis prudente sur le sens et la portée politique du refus du TSCG au sein de mon mouvement. Pour moi, la vraie question, c’est oui ou non le mouvement auquel j’appartiens va -t-il accompagner la politique d’austérité du gouvernement Ayrault ? Voter contre le TSCG tout en votant le budget de rigueur que l’on nous prépare ne me parait pas compatible. C’est la raison pour laquelle à titre personnel, je ne suis toujours pas d’accord avec une participation gouvernementale. Cette cure d’austérité nous conduit dans le mur.

Est-ce que le refus du TSCG peut faire évoluer les équilibres politiques au sein d’EELV ?

Non. Je n’y crois pas. Nous allons nous battre en vue du prochain congrès. Mais nous sommes bien seuls pour contester la politique d’austérité dans laquelle nous allons nous inscrire. Ceux qui ont appelé à voter contre le TSCG, tout en dénonçant la politique d’austérité, sont marginaux dans notre mouvement. Il n’y aura pas grand monde pour exiger des parlementaires de ne pas voter le budget. Je crains que ce refus majoritaire du traité soit un épiphénomène. Cela dit, le prochain congrès revêt un caractère unique, il sera sans doute décisif pour l’avenir de notre mouvement. Le point de clivage à gauche sur la question européenne est fondamental mais l’échéance qui nous sépare du prochain congrès est trop courte pour emmener avec nous une majorité contre la politique du gouvernement.

Vous venez de lancer un large appel dit des « 100 écolos ». Est-ce qu’il s’inscrit dans la démarche de la manifestation du 30 septembre prochain ?

Je l’aurais souhaité et nous l’avons même défendu au sein de ma motion. Mais pour que ce soit une mobilisation générale et unitaire, il aurait été souhaitable de s’y prendre autrement. Une concertation avec l’ensemble des formations politiques, avec les syndicats et le mouvement social, était nécessaire. Les revendications qui vont s’exprimer à travers cette mobilisation – que j’espère naturellement la plus nombreuse possible – ne peuvent être le résultat d’une démarche d’un seul parti politique. Je le regrette. Je crois qu’il y a un vrai problème de forme. Je serai évidemment à la manifestation de ce dimanche et plus généralement je souhaite qu’EELV soit aux rendez-vous du mouvement social et lui exprime clairement sa pleine solidarité.

Le Front de gauche sera mobilisé lors de cette manifestation. Quel regard portez-vous sur cet espace en construction ?

Tant que le Front de gauche ne permettra pas aux individus de s’exprimer sans avoir la carte de l’un des partis qui le compose, ça ne marchera pas. Il faut permettre et favoriser l’adhésion individuelle. J’ai des désaccords profonds avec les partis qui structurent le Front de gauche. Je ne suis pas en capacité de prendre ma carte ni au PG, ni au PCF. Par contre, dans le cadre d’un Front ouvert où les débats sont possibles (je pense évidemment au nucléaire ou à la question de la laïcité), alors sans doute que l’élargissement de cet espace, utile à la gauche, deviendra possible.

Véronique Dubarry est une élue et militante écolo, adjointe au Maire de Paris en charge des personnes en situation de handicap, et conseillère du Xe arrondissement en charge des sports.

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