Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 31 mai 2013

Le pays d’Aubagne contre la métropole

Ils s’opposent au projet de loi Lebranchu sur la décentralisation actuellement en débat au Sénat. Rencontre avec trois élus de l‘agglomération d’Aubagne-Pays de l’Etoile.

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Jeudi, sous un ciel franchement maussade, débutait l’examen du projet de loi dit « Décentralisation Acte 3 ». Le texte du gouvernement a finalement été coupé en trois morceaux. La première partie, actuellement en discussion, porte sur l’instauration d’un nouvel échelon institutionnel, celui de métropoles. A Marseille la loi créerait une métropole regroupant 90 communes et les 6 intercommunalités. Problème : 110 maires sur 119 s’opposent au projet gouvernemental ainsi que 8 présidents d’agglomération sur 9.

Le pays d’Aubagne est à la pointe de la contestation. 80 élus et cadres territoriaux sont venus à Paris dire leur opposition. Nous retrouvons dans un café à deux pas du Sénat Daniel Fontaine maire d’Aubagne, Gilles Aicardi maire de Cuges-les-pins ainsi que Magali Giovannangeli, la présidente de l’agglomération.

C’est le premier jour de débat au Sénat. Et pour les élus des Bouches-du-Rhône ca commence mal. Lors de la présentation du projet, Lyon et Paris ont eu droit à de longs développements. Le cas de Marseille a été expédié en quelques minutes. Mépris pour le sud ? Signe d’une gêne politique ? Quoi qu’il en soit Magali Giovannangeli n’est vraiment pas contente. « Marseille va mal. Mais ce n’est pas en nous faisant les poches qu’on va solutionner le problème. Ce projet de loi est une pure construction institutionnelle sans projet politique. Ce n’est pas comme cela qu’il faut s’y prendre ». Daniel Fontaine use d’une métaphore « Quand le ferry-boat, rendu célèbre par Pagnol, est tombé en panne, on la remplacé par un bateau en plastique. Cette embarcation ne faisait pas le poids et se retrouvait projetée sur les autres bateaux du port dès que le vent se levait. Il a fallut le remiser, ressortir le vieux Ferry-Boat et le réparer. Il marche très bien. C’est ainsi : on ne peut pas construire l’avenir en se coupant de ses racines. Penser que l’on va inventer l’avenir de Marseille en déstructurant ce que nous avons construit est une vue de l’esprit. ». Gilles Aicardi précise « ce projet est sous l’influence de ceux qui veulent réduire à néant la place du département des Bouches-du-Rhône où nous avons un travail de coopération apprécié de tous les élus. ».

Daniel Fontaine rappelle l’histoire de ce pays : « l’Huveaune a creusé une vallée qui structure nos villes et villages. Il y a peu cette vallée était un cœur industriel qui a créé la densité des échanges entre Marseille et notre territoire. Les entreprises, les habitants s’y rejoignaient pour le travail. Aujourd’hui 50% des habitants de notre agglomération travaillent à Marseille et 50% travaillent au sein de l’agglo. Et nous recevons autant de Marseillais… » Dans cet équilibre des échanges les élus y voient autant la force de leur bassin de vie que la réalité d’une aire métropolitaine. « Notre département est celui où l’intercommunalité a le plus de réalité » précise encore Daniel Fontaine. « Nous ne nions absolument pas l’existence d’un espace métropolitain, insiste Magali Giovannangeli. Mais nous ne voulons pas qu’on nous impose de disparaître pour constituer sa gouvernance, nous sommes d’accord pour renforcer les coopérations pas pour être sous la conduite d’une entité sans légitimité. Si cette institution voulue par le gouvernement s’imposait nous savons déjà que nous devrions renoncer au transport gratuit, à notre politique de logements sociaux qualitatifs, à la préservation d’une agriculture urbaine… autant de choix politiques auquel nous tenons. Mais je veux être encore plus précise : même si nous partagions les mêmes options politiques que Marseille nous ne voudrions pas de cette intégration. Nous voulons garder une autonomie de décisions. Question de proximité et de vitalité démocratique. Notre position n’a donc rien à voir avec une question politicienne ou d’équilibre entre forces politiques. C’est notre vision sur le fond ». « Nous savons qu’il faut sauver Marseille. Mais nous n’avons pas moins de légitimité pour y contribuer que les élus de Marseille qui depuis plus de trente ans ont laissé la ville décliner ». Daniel Fontaine rappelle qu’ « historiquement c’est la grande bourgeoisie, notamment les armateurs, qui a dirigée la ville en tirant des rapports avec les colonies les bases de sa puissance. Depuis 1962, aucun projet alternatif n’est venu se substituer. Les forces politiques, alternativement de droite ou socialistes, ont prit la main mais ont été incapable de construire un projet pour Marseille. De notre côté ou autour d’Aix, dès les années 80 nous avons lancé une dynamique nouvelle. Nous sommes aujourd’hui les territoires en expansion parce que nous avons eu une politique en faveur de l’emploi. Si une entreprise veut s’implanter dans la région, nous l’accueillons. Si elle s’adresse à Marseille, on ne l’aidera guère ».

« Leur projet est de faire une politique de spéculation foncière. De vider le centre ville de Marseille des classes populaires. Nous ne voulons pas de cette nouvelle ségrégation spatiale » insiste Magali Giovannangeli. Gilles Aicardi précise que cette ségrégation sociale et spatiale est en route « Le 93 chez nous est dans les quartiers Nord. Et autour de l’avenue de la République on voit l’éviction des classes populaires ».

Les trois élus sont autant déterminés à défendre leur autonomie - « nous avons été élus, quand même ! » glisse Magali Giovannangeli - qu’à ne pas participer à la centrifugeuse qui écarte des centre villes les classes populaires. « Nous voulons une vraie mixité sociale, conclut Magali Giovannangeli. Et pour cela il faut un projet politique pas une construction institutionnelle chimérique. Nous sommes disponibles pour travailler, coopérer avec tous ».

« L’approche qui prévaut ne tient pas compte de l’histoire, de la géographie, expose le maire de Cuges-les-pins, Gilles Aicardi. Alors que Cuges est fondatrice de l’agglomération d’Aubagne-Pays de l’Etoile, on entend nous rattacher dès 2014 à l’agglomération Marseillaise parce que la ville de droite Gemenos n’a pas voulu rejoindre notre agglo et qu’il y a donc discontinuité territoriale. Ce qu’autorisait pourtant la loi Chevènement, ce qui correspond à notre géographie - nous sommes sur le même versant qu’Aubagne. Et surtout cela correspond à la réalité des habitants : notre bassin de vie est de ce coté de la montagne. »

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