Accueil > Leïla Chaibi | Chronique par Leila Chaibi | 29 décembre 2013

Billet doux

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Pour faire entendre leurs
coups de gueule contre la
crise, des Espagnols ont eu
cette idée géniale d’écrire
des messages sur des billets
de banque. « Le peuple
a faim »
. « À l’attention des
politiciens et banquiers je sais que ce
message atterrira entre vos mains. J’en
profite pour vous laisser un message
privé : vous êtres des voleurs et des fils
de p… »
Quelques photos diffusées sur
les réseaux sociaux, et la méthode a fait
des émules. Quelques semaines plus
tard, les Tunisiens ont repris le flambeau
et ont écrit sur des centaines de billets
leur révolte à l’encontre du gouvernement
d’Ennahda. Le mouvement a pris
de l’ampleur, au point que la banque centrale
de Tunisie, dans un communiqué,
lance un appel à ne plus utiliser les billets
comme moyen d’expression.

En France, contre la politique du ministre
de l’Intérieur, un collectif a choisi il y a
quelques jours d’apposer un coup de
tampon « Manuel Valls, démission » sur
des dizaines de billets.

Quand le billet de banque devient un
support d’expression de la contestation,
il est bien plus efficace qu’un tract.
Un tract a malheureusement de fortes
chances de finir, au pire, à la poubelle
ou dans le caniveau, au mieux, plié en
quatre dans le fond d’un sac à main sans
que trois lignes n’aient été lues. Tandis
qu’un billet de banque ne se range pas
au vide-ordures. Sa circulation est infinie,
et avec elle, le nombre de lecteurs du
message qui y est inscrit. Un jour dans
les mains du vendeur de légumes, deux
heures plus tard dans celles d’un client
de la boulangerie, le lendemain chez le
garagiste. Et le surlendemain, dans les
paluches du banquier ou de l’actionnaire,
dont on imagine la tronche énervée à la
lecture du message qui lui est – souvent
– destiné. On le voit résister à l’envie de
déchirer le bout de papier comme il le fait
d’ordinaire avec les tracts que lui distribuent
les gauchistes le dimanche matin
au marché. Mais il se retiendra. Il pensera
à Serge Gainsbourg, et laissera finalement
son briquet tranquille dans la poche
de sa veste. Puis il dépensera son billet,
et en même temps, deviendra malgré lui
le porteur d’un discours insurrectionnel.
Jouissif.

Il vous nargue, ce billet de 10 euros dans
votre porte-monnaie… Ne résistez pas
plus longtemps, attrapez un stylo.

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