Accueil > Société | Par Catherine Tricot | 1er janvier 2014

Portrait d’une génération, 150 000 jeunes répondent à 143 questions

Génération quoi ?, l’enquête réalisée
par France 2, passe les 15-35 ans
au scanner. Décryptage.

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Sur plusieurs mois,
France 2 a organisé
une exceptionnelle
enquête sur
les jeunes de 15 à
35 ans. Génération
quoi ?
se compose de
143 questions mises en ligne sur le site
de France 2. Élaborée par des sociologues,
l’enquête est mise en scène de
façon extrêmement interactive : chacun
peut voir la totalité des réponses ou
celles du segment qui l’intéresse. Près
de 150 000 jeunes ont pris le temps de
répondre à cette enquête (82 500 filles
et 52 500 garçons). Avec une telle participation,
on ne peut plus parler d’échantillon
et on possède une photographie
très affinée de cette génération. Ces
données sont enrichies de formidables
petits films qui recueillent les paroles
de jeunes remplissant l’enquête, jeune
seul, en couple ou en groupe. Un
commentaire qui donne sa chaire à
l’esquisse au fusain.

Parmi les nombreuses vidéos, l’une
d’elle rassemble les réponses ouvertes
pour « définir sa génération ». Un bon
coup de décapage aux simplifications
de la génération Y. Sans surprise, les
jeunes hésitent et cherchent leurs mots.
Parmi les définitions qu’ils proposent
on retiendra : perdue, fun, Internet,
Peter Pan, blasée, Digital native, argent,
optimiste, positive.

Argumentant sa réflexion l’un d’entre
eux dira « on ne vit pas dans un village
mondial mais dans des huttes connectées
 »
. Un autre insistera sur le fait que
sa « génération n’est plus définie par
un but commun, contrairement aux
générations précédentes »
. L’ouverture
d’esprit revient dans la bouche de plusieurs
 : « On se moque de connaître
les origines, la sexualité, le métier. »
Un
autre parle de la connexion des crises.
Le contexte apparaît comme moins heureux
mais l’optimisme prévaut.

Demain sera pire

Le sondage va fouiller. Ainsi à la question
« Tu penses que par rapport à la
vie qu’ont menée tes parents, ton
avenir sera : Plutôt meilleur, plutôt
pire ou pareil ? »
, les résultats sont
25 % plutôt meilleur, 47 % plutôt pire et 27 % pareil. Les filles ont systématiquement
une vision plus pessimiste
de l’avenir. Et les jeunes actifs aussi.
Ainsi 55 % des filles qui travaillent pensent
que leur avenir sera pire que celui
de leurs parents.

La question des représentations de
genre a fortement évolué. Seuls 3 % des
jeunes pensent qu’en temps de crise
les hommes devraient être privilégiés
dans l’emploi. Que la question même se
pose rend dubitatif la plupart d’entre eux
qui ne la comprend même pas. Elle en
fait rire beaucoup. En 1980, près d’un
quart des Français le pensait. De quoi
surprendre la nouvelle génération. À ce
titre la situation ne leur convient pas.
86 % des filles et 64 % des garçons
pensent qu’on est encore loin de l’égalité
homme/femme dans notre pays.

Trop de pauvres

Par contre la percée des idées xénophobes
ne s’exprime pas dans un racisme
de base mais se retrouve dans
la réponse à la question : « En période
de fort chômage, les emplois devraient-
ils être réservés en priorité
aux Français ? »
37 % des 15-35 ans
sont d’accord. L’enquête révèle que les
jeunes Français sont les moins influencés
par ces idées en Europe. S’en réjouir
et/ou s’en inquiéter ?

49 % des jeunes pensent qu’un jour
peut-être ils partiront vivre à l’étranger.
Et 85 % pensent qu’ils pourraient être
heureux sans vivre en France.

Le couple reste une valeur forte
et 75 % pensent que la fidélité lui
est indispensable.

Pour réussir dans la vie, on ne peut
compter que sur soi-même est la question
qui a reçu le plus de réponses. Avec
un partage exact à 50/50.

37 % des jeunes pensent être maîtres
de leur destin, aux commandes de leur
vie. Pas si mal.

La question sociale est présente dans
le questionnaire. 92 % des jeunes
répondent qu’ « aujourd’hui, l’argent
tient une place trop importante dans
notre société »
.

85 % pensent qu’il y a de plus en plus
d’inégalité dans notre société. Le chiffre
monte à 87 % chez les jeunes actifs.
Trop de pauvres (93 %) mais seulement
55 % pensent qu’il y a trop de
riches. On notera que plus on est jeune
plus on pense qu’il y a trop de riches
(les 15/20 ans qui sont déjà au travail
le pensent à 63 %).

Tous âges, tous sexes, toutes situations
sociales (étudiants ou actifs), 61 % des
jeunes se disent prêts à participer à un
mouvement de révolte de l’ampleur de
mai 68. Et 58 % déclarent s’être déjà
investis dans un projet extraprofessionnel
ou extrascolaire… et aimer ça.

Motivés les jeunes !

Sans surprise chez les 15/35 ans les
trois priorités sont l’emploi (51 %),
l’environnement (31 %), et l’école (29).
Chez les filles la question de l’emploi requiert
même 56 % des votes. Parmi les
actifs, l’école sort du trio et le pouvoir
d’achat prend la seconde place.

Pourrais-tu être heureux
Sans drogue : oui à 93 %
Sans fast food : oui à 90 %
Sans alcool : oui à 76 %
Sans télé : oui à 73 %
Sans voiture : oui à 66 %
Sans téléphone portable : oui à 59 %
Sans Internet : oui à 50 %
Sans pratiquer un sport : oui à 46 %
Sans série télé : oui à 41 %
Sans contraceptif : oui à 37 %
Sans livre : oui à 22 %
Sans musique : oui à 13 %
Sans amis : oui à 7 %.
Cette enquête est un puits sans fond.
Une mine.

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