Accueil > Nos sélections | Par Bernard Marx | 16 août 2013

Les 4 chapelles de l’Éco

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Selon une boutade attribuée à Winston
Churchill, lorsque l’on demande leur avis
à cinq économistes, on obtient cinq avis
différents, sauf si l’un d’entre eux est
Lord Keynes, auquel cas on aura six avis
différents. Pour Gilles Raveaud, cette
dispute permanente et tous azimuts
des économistes s’explique par les
différentes manières de voir et de
comprendre l’économie. L’auteur
propose dans ce court essai un parcours
d’initiation organisé autour de quatre
grandes représentations structurant
les grandes théories économiques. La
première approche libérale toujours
dominante est la représentation de
l’économie comme un grand marché. La
seconde, keynésienne, pense l’économie
comme un circuit. La troisième, marxiste,
la conçoit comme un lieu de rapport
de force et la quatrième comme une
sphère dont le fonctionnement doit être
pensé dans son environnement naturel
et humain. Chacun des courts chapitres
résume l’apport du père fondateur
de chacune de ces grandes théories
(Adam Smith, John Maynard Keynes,
Karl Marx et Karl Polanyi) et évoque les
prolongements essentiels. Le chapitre
conclusif confronte leurs lectures
de la crise actuelle. « Les différentes
représentations présentées dans cet
ouvrage apportent chacune sa pierre à
la compréhension de la crise. Elles sont
pour partie complémentaires. »
Mais
pour partie seulement. L’économie reste
un champ de disputes dans lequel Gilles
Raveaud affirme se situer du côté de la
quatrième approche, celle de « l’analyse
humaine et environnementale »
.

Gilles Raveaud offre une présentation simple et vivante des
analyses et des confrontations théoriques sur le marché,
le chômage, la croissance, la monnaie, l’intervention
économique de l’État, l’évolution du capitalisme. Il réussit
à transmettre le goût de l’économie.

Cela n’empêche pas certaines frustrations. Certaines
simplifications sont parfois abusives. Le chapitre
concernant l’économie comme rapport de force ignore
aussi bien les écrits de Marx publiés après sa mort (rien
moins que les livres II et III du Capital) que les travaux
néomarxistes cherchant à aller au-delà de Marx. (cf.
Paul Boccara : Le Capital de Marx. Ses apports, son
dépassement au-delà de l’économie
, éd Le temps des
cerises, 2012).

Sans de telles simplifications, Gilles Raveaud serait moins
justifié à affirmer que face à la crise actuelle, l’approche
héritée de Karl Polanyi est « la seule alternative cohérente »
à l’approche par le marché. Face à l’originalité de la crise
systémique actuelle, chacune des théories critiques de
l’économie dominante doit relever le double défi
d’avancées nouvelles et de rapprochements avec les
autres.

La dispute des économistes de Gilles Raveaud, éd. Le bord de l’eau, 96 p., 8 €.

Gilles Raveaud enseigne l’économie à l’institut d’études
européennes de l’université Paris 8. Il est membre de l’association
française d’économie politique et tient un blog sur le site de la revue
Alternatives Économiques.

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