Accueil > Nos sélections | Par Guillaume Liégard | 17 septembre 2013

Avec Marx, contre le « mauvais  » Marx

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La Révolution selon Karl Marx est
un livre important, utile pour toutes
celles et ceux qui n’ont pas renoncé à
transformer en profondeur cette société
et sur les moyens d’y parvenir. L’auteur
nous invite à repenser la révolution en
des termes nouveaux. Le parti pris n’est
pas de renouer le fil avec une pensée
marxiste inachevée, voire dénaturée,
mais d’explorer le corpus théorique des
fondateurs du marxisme en se posant
cette question : n’existe-t-il pas depuis
le début des failles, des impensés qui
ont pu nourrir les échecs des différentes
révolutions ? La problématique est
ainsi précisée dans l’introduction
d’Isaac Johsua : « Ce livre est une
interrogation sur la révolution, celle
à faire, mais surtout celle qui aurait
déjà dû être faite. Que s’est-il passé,
qui a empêché un tel aboutissement ?
Pourquoi tant d’échecs, de tentatives
révolutionnaires avortées ? En cas
de succès, pourquoi ensuite tant de
déceptions ? »
L’approche qui se révèle
extrêmement féconde ne consiste donc
pas à réhabiliter le « bon » Marx mais
plutôt à débusquer le « mauvais ».

Abordant des sujets aussi vastes que
« les forces productives ne sont pas le
moteur de l’histoire »
, « la paysannerie
ou la classe en trop »
, arrêtons-nous ici
à deux aspects étroitement imbriqués et
qui sont parmi les plus problématiques
dans la pensée de Marx : « l’escamotage
de la politique »
et « l’illusion du
dépérissement de l’État »
. Au terme
d’une argumentation convaincante,
Isaac Johsua montre que la vision du
communisme, de la société idéale
développée par Marx est en réalité, à
peu de chose près, inchangée depuis le livre de Thomas More, Utopie paru…
en 1516. Pourtant, cette utopie avec
son ordre moral, dirigé par des sages
(donc des vieux), ignore le droit, les
libertés et la politique. En arrière-plan,
c’est bien cette approche « remplacer
le gouvernement des hommes par
l’administration des choses »
qui fait
problème. Pas de contradiction dans la
société, pas de débat et donc pas de
politique, et finalement la conclusion
logique s’impose : pas d’État. Or la
disparition des contradictions même
dans une société sans classe est un
leurre. Il y aura donc de la politique,
c’est-à-dire de la stratégie consciente
par nature discutable. Cela suppose
des débats, des procédures de
décisions, la protection des minorités
jusqu’aux individus, donc un État.

Cette question, comme bien d’autres
sujets abordés par l’auteur, fait et
fera débat. Mais le livre contribue à
réorienter les discutions stratégiques
non dans la recherche d’un Éden perdu
et illusoire du marxisme mais vers un
projet émancipateur tourné vers l’avenir.
C’est déjà beaucoup.

La Révolution selon Karl Marx, d’Isaac
Joshua, éd. Page Deux, 298 p., 17€.

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Vos réactions

  • Il me semble que la thèse essentielle développée par le livre d’Isaac Johsua et soutenue par Guillaume Liégard dans son commentaire - la thèse du caractère éronné de la théorie du dépérissement (ou du dépassement) de l’Etat - souffre d’une confusion entre Etat et politique, confusion dont le corollaire pratique est l’assimilation de la politique à la question de l’Etat. La discussion doit se poursuivre !

    Laurent Lévy Le 17 septembre 2013 à 14:06
       
    • C’est un débat au long cours et la discussion mérite d’être poursuivie et approfondie.

      Mais, il ne me semble pas qu’il y ait confusion entre politique et Etat. Mais le maintien de contradictions dans la société implique l’existence de droits et donc d’institutions garantissant ces droits. On pourrait ajouter qu’il n’y pas de choix économiques partagés sans organisation de ces choix.

      Politique, économie, justice amène plutôt à penser un "Etat allégé" plutôt que le dépérissement de l’Etat

      Guillaume Liégard

      Guillaume Liégard Le 21 septembre 2013 à 10:42
  •  
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