Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 20 mars 2013

Le Parti de gauche à la croisée des chemins

Le Parti de gauche (PG) tient son congrès du 22 au 24 mars 2013. Pas si facile de définir les fondements d’un parti encore jeune et en pleine mutation
depuis l’élection présidentielle... Après avoir affirmé son
écosocialisme et généré une dynamique, le parti de
Jean-Luc Mélenchon peut-il transformer l’essai ?

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L’évolution politique de Jean-Luc Mélenchon traduit bien le
processus de radicalisation de
ce courant politique. Militant
actif du « non » au TCE en 2005
,il fait néanmoins parti des signataires de
la synthèse au congrès du PS la même
année, avant de quitter ce parti avec
pertes et fracas à l’automne 2008 pour
fonder le PG et constituer dans la foulée
le Front de Gauche.

Le passage sémantique de « la révolution
par les urnes », initialement défendue, à
la « révolution citoyenne », avancée lors
de la campagne présidentielle, est un
marqueur puissant de cette évolution
politique. Si la signification réelle de la
révolution citoyenne demeure largement
floue, le passage d’une démarche essentiellement
institutionnelle à une conception
qui inclut l’irruption nécessaire du
mouvement de masse trace une perspective
politique bien différente.

Le projet de résolution mis en discussion
pour le congrès du PG indique :
« La vieille stratégie dite de « l’aiguillon »
devient dès lors inopérante…La politique
du gouvernement tranche le débat qui a
existé un moment au Front de Gauche :
non, nous ne sommes pas dans sa majorité.
Oui nous sommes l’opposition à
sa politique d’austérité ». On mesure le
chemin parcouru depuis la participation
au gouvernement Jospin en 2000/2002.
A l’heure où les tenants des politiques
d’austérité en Europe sont les uns après
les autres balayés par la colère des
peuples, ce positionnement est un point
d’appui précieux.

Plus fondamentalement encore, l’ensemble
du projet soumis aux militantes
et militants du PG est marqué par une
conviction écosocialiste. Ce parti est
d’ailleurs à l’initiative d’assises pour l’écosocialisme,
parfois coorganisées avec
d’autres forces du Front de Gauche. La
prise en compte du paradigme écologiste
avec ses conséquences en terme de positionnement
anti-productiviste structure
désormais toute la réflexion de ce parti quant à la vision du monde à construire.
L’adhésion au PG d’un courant issu des
Verts, « Gauche écologiste » de Martine
Billard, en décembre 2009, était bien de
ce point de vue le signe d’une mutation
profonde.

Des ambiguïtés non levées

L’évolution à gauche du PG n’est guère
contestable. Il n’en demeure pas moins
que certaines thématiques ne peuvent
que froisser dans l’espace de la gauche
radicale. A commencer par une référence
que Mélenchon rappelle à satiété, celle de
François Mitterand. On ne voit pas bien ni
dans le passé de l’ancien président de la
République, ni dans son bilan ce qui pourrait
justifier une telle admiration. Bien au
contraire.

Mais au-delà des appels aux mânes de la
République dont on ne sait pas bien s’il
s’agit d’une référence à la France révolutionnaire
de 1793 ou à une troisième
République pour le moins mythifiée et fantasmée,
c’est la conception de la France
comme puissance (impériale ?) qui fait débat.
Car si le PG est clair sur la sortie du
nucléaire civil, ses réponses sur la force
de frappe et donc le nucléaire militaire
sont pour le moins ambiguës. En toile de
fond, c’est bien le rapport à l’Etat tel qu’il
est qui cristallise les interrogations sur le
projet du PG.

Un Parti d’avenir ?

Si le PG a démontré une capacité d’attraction
dans la gauche radicale, il a aussi
déjà connu de nombreux départs, pour
ne pas parler des exclusions, depuis sa
création, pourtant récente. Pour l’essentiel,
ces départs ont traduit une résistance
sur la « droite » à l’évolution politique du
PG mais ce ne fut pas toujours le cas.
Surtout, chaque départ ou presque s’est
accompagné d’une critique souvent virulente
du climat interne dans ce parti et
des difficultés – pour le moins – à faire
coexister les différences d’appréciation et
les désaccords politiques.

Derrière la volonté affichée de constituer
un « parti creuset », c’est-à-dire un parti
où viendrait se fondre diverses traditions
politiques produisant une nouvelle entité,
c’est bien le reproche du fonctionnement
en petit noyau autour de Mélenchon qui revient bien souvent. Plus qu’à un parti
creuset, le PG semble bien faire partie
de cette catégorie qu’on appelle parti
fraction ou pour être plus explicite un
parti cohorte de fer. C’est une situation
bien connue dans la gauche française qui
s’inscrit dans la tradition blanquiste, celle
d’une conception de la transformation
de la société qui s’appuie certes sur des
mobilisations de masse mais des masses
encadrées et dirigées par un parti structuré,
discipliné, un parti guide en quelque
sorte.

Dans un monde qui ne dispose plus de
méta-récit équivalent à ce que le socialisme
ou le communisme ont pu représenter
au XX° siècle, il est évident que
dominera une pluralité de visions du
monde au sein même de la gauche radicale.
S’il n’existe pas de solutions faciles
pour construire un parti large il n’y a pas
de doute que celui-ci devra être pluraliste.
A bien des égards, par la place qu’il occupe
dans le champ politique français,
par sa composition, par les problèmes
politiques qui lui sont posés, le PG ressemble
beaucoup au NPA à ses débuts.
Etre capable de faire coexister des traditions
politiques diverses est plus que
jamais indispensable pour construire une
véritable alternative politique. Le PG saura-
t-il s’inscrire dans ce mouvement ou
connaîtra-t-il la même involution météorique
que le NPA ? C’est bien là tout
l’enjeu.

PG / EELV : c’est du concret ?

Avant d’apprendre par voie de presse que « Jean-Luc
Mélenchon ne [servait] à rien » (propos extrait d’une
interview de Pascal Durand), le Parti de gauche et
EELV – Les Verts avaient lancé les ateliers de l’écologie
politique concrète, sur la base de « convergences
politiques ». L’un participe au gouvernement et ne
bronche pas. L’autre affiche sa totale indépendance
du gouvernement et n’a de cesse de dézinguer chacune
de ses initiatives. Jean-Luc Mélenchon semble
pourtant bien déterminé à renforcer ses liens avec
EELV-Les Verts – et singulièrement ses militant-es.

Officiellement, l’objectif est de « maintenir le dialogue
 » avec l’ensemble des forces de gauche. Et malgré
des divergences assumées (à la fois en termes de
contenus et de stratégie), les ateliers de l’écologie
politique concrète doivent conduire à « structurer une
réflexion afin d’élaborer des propositions communes ».
En filigrane, même s’ils assurent ne pas en avoir parlé,
on se demande si l’objectif n’était pas ailleurs. Comme
si l’enjeu de cette tentative de rapprochement s’établissait
dans un hypothétique accord politique en vue
des municipales de 2014. Au cas où, sait-on jamais,
le PCF - l’allié historique, manquait à l’appel de listes
autonomes de premier tour.

Mais si Mélenchon caressait secrètement l’espoir
d’un accord rouge-vert, il ne semble aujourd’hui plus
du tout d’actualité. Où peut-être à la marge, dans
quelques collectivités. Alors il restera toujours les
ateliers de l’écologie politique concrète. A quelles fins
déjà ? Pour élaborer des propositions communes.
Et quid de la concrétisation de ces propositions ?
Désolé ça va couper, je suis sous un tunnel...

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