Accueil | Par Marion Rousset | 5 octobre 2012

Des mineurs Roms entre rue et refuge

L’association Hors la rue s’adresse aux mineurs étrangers
en danger. Rien n’est épargné aux jeunes Roms qui ont
déjà une vie d’adulte. Ils retrouvent dans cet espace conçu
pour eux une part d’enfance.

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Ils bavardent en grillant une
cigarette devant la porte
d’entrée. C’est le matin, le
cours de Français va bientôt
commencer. Les mineurs
Roms accueillis à l’association Hors La
Rue, implantée à Montreuil-sous-Bois
(93), vivent dans des bidonvilles – des
cabanes faites de bois et de bâches, sans
eau ni électricité, sans tout-à-l’égout ni
ramassage des ordures. Dispersés dans
toute la région parisienne, ils bougent
sans cesse, changeant de campement
au gré des expulsions. L’errance, la
manche, le vol aux distributeurs ou aux
terrasses, la prostitution font partie de
la vie de ces jeunes âgés de 10 à 18
ans. Sans compter des séjours toujours
plus longs à la prison de Fleury-Mérogis :
« Un gamin de 13 ans a pris 4 mois
ferme pour vol de portable »,
raconte
le directeur, Jean-Philippe Legaut. « À
part quelques-uns qui sont vraiment
en situation d’exploitation, la majorité
de notre public participe à l’économie
familiale. S’ils pratiquent la mendicité,
c’est pour survivre. »

Ce sont aussi des adolescents qui,
dans le temps qu’ils parviennent à
arracher au quotidien, aiment flirter,
acheter des fringues, jouer au billard…
L’école ? L’instabilité géographique est
un premier obstacle à leur scolarisation.
Les exigences administratives, comme
celle d’un carnet de vaccination à jour
ou d’une attestation de domiciliation que
les mairies refusent de fournir, en sont
d’autres. Et puis, faute de maîtriser les
codes institutionnels, souvent les familles
n’y songent même pas. L’association
voudrait être un tremplin. Difficile. « On
les accompagne, mais vers quoi ? »
,
soupire Jean-Philippe Legaut. Non
seulement la liste des métiers auxquels
ils ont accès est restreinte, mais les
employeurs doivent s’acquitter d’une
taxe obligatoire – 1 000 euros environ
pour un CDI. Enfin, un délai de 3 à 4
mois peut s’écouler entre la promesse
d’embauche et l’autorisation accordée par la Direction départementale du
travail. De fait, Hors la rue est donc
d’abord un refuge. Ici, les mineurs sont
libres d’aller et venir. Et de participer aux
activités : visites de musée, sorties au
cinéma, parties de football…

Ce matin-là, l’attention baisse avec
l’heure qui tourne. La bénévole qui
anime le cours de Français trouve des
astuces pour motiver le groupe de plus
en plus dissipé. Nommer les couverts et
verre, tasse et assiette, ouvrir et fermer
la fenêtre, mettre et retirer un pull. « Que
suis-je en train de faire ? » L’un d’eux :
« Un strip-tease ! » Il pouffe, tout content
de sa blague de potache.

Hors la rue,
87 bis/ter rue de Paris
93 100
Montreuil
Tél. 01 41 58 14 65
www.horslarue.org

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